HÉBR
(2) S. JUDK. 6.
bien ouverts, du plein consentement de sa volonté, et avec entière délibération, — dans une matière légère en soi, comme je l'ai dit, mais grave à cause de la défense de Dieu sous peine de mort éternelle, — dans cette légère épreuve, sans autre tentation que d'avoir prêté l'oreille au tentateur, qui éveilla en lui un esprit de curiosité et de désobéissance, dans un endroit où tout lui était permis et une seule chose défendue, — l'homme pécha contre Dieu, et par ce seul péché fut frappé de mort. Le Saint-Esprit l'abandonna, ce fut le naufrage de toutes ses perfections. La perfection surnaturelle était perdue ; la perfection préternaturelle s'était évanouie ; l'âme se voyait séparée de Dieu, et le corps était blessé à mort. A partir de cet instant, il était déshérité, privé de sainteté et de vie. Un péché séparait de Dieu, lui et toute sa postérité.
Ce qui a lieu pour Adam, se passa également chez les régénérés : c'est notre cas à nous-mêmes. Nous qui sommes nés dans la mort spirituelle, nous avons de nouveau acquis, par la régénération du baptême, la vie de l'Esprit. Sinous péchons mortellement, avec connaissance, et avec le consentement de notre volonté, nous perdons la présence de l'Esprit Saint dans notre âme, la charité de Dieu qui nous unit à lui, la grâce sanctifiante qui nous rend enfants de Dieu, les sept dons du Saint Esprit qui sont toujours inséparablement unis à sa présence. Il reste en nous, il est
40 §^apitve betxxiètne
vrai, la grâce de l'espérance et la grâce de la foi. Ces deux grâces sont semblables au battement du pouls et à la respiration des poumons : c'est juste ce qui nous reste de la vie de la grâce avec la lumière de la foi et les aspirations de l'espérance en Dieu. Mais notre union avec Dieu est brisée. Nous sommes séparés de lui, et en désaccord avec lui. Tel est le premier effet du péché mortel ; car la grâce habituelle et la présence de Dieu sont la vie de l'âme : la perte de cette grâce, qui est la perte de la présence de Dieu, est la mort de l'âme. 2. Allons plus loin, un péché mortel anéantit tous les mérites dont l'âme s'était jusque-là enrichie. Comprenez ce qu'on entend par mérite. Voici la doctrine de l'Eglise Catholique. Il ne faut pas croire qu'une créature peut mériter en ce sens que, en vertu d'un droit propre, elle soit admise à réclamer quoi que ce soit, dans l'ordre de la nature ou de la grâce, des mains de son Créateur, de son Rédempteur et de son Juge. Rejetez bien, et pour toujours de votre esprit, toute ombre de fausse idée sur ce point. Mérite ne veut pas dire que la créature, de par un droit qui lui est propre, peut exiger de Dieu ou lui demander, soit dans l'ordre de la nature, soit dans l'ordre de la grâce, le don ou la possession d'une chose quelconque. Non; le mot mérite se prend donc dans deux sens. Il y a le mérite pour le bien et le mérite pour le mal. Toute bonne action a un mérite, — c'est-à-dire, une certaine conformité avec la volonté de Dieu; et toute
S,c ^écBc lïïorfeC 41
mauvaise action a un mérite, c'est-à-dire, un manque de conformité qui sera suivi d'un châtiment. Par conséquent, mérite est un mot absolument indifférent en lui-même, et tire son sens bon ou mauvais des circonstances qui entourent l'action. Mérite signifie connexion ou lien qui existe entre certaines actions faites en état de grâce et certaines récompenses, et cette connexion ou ce lien repose souverainement et gratuitement sur la grâce et la promesse de Dieu. De sorte que tout homme qui accomplit des actes de foi, de charité, de renoncement, ou de piété^ recevra, dans cette vie et dans l'autre, une récompense relative à ces actes. Quiconque fait des actes de charité reçoit une augmentation de charité et de grâce en cette vie ; et plus tard, comme le définit le Concile de Florence, la gloire des Bienheureux sera proportionnée au degré de leur charité sur la terre. Il y a donc un rapport entre le degré de notre charité ici-bas et le degré de notre gloire là-haut. Voilà ce qu'on appelle mérite.
Et si, pendant toute notre vie, nous sommes fidèles à vivre dans la grâce de Dieu, nous augmentons nos mérites en vertu de la promesse d'une plus grande récompense et d'un plus grand bonheur. Je puis donner, comme exemple, la vie des Apôtres qui, pendant tout le cours de leur carrière, jusqu'à leur martyre, augmentèrent continuellement, aux yeux de Dieu, le trésor de sa bonne volonté, de sa grâce et de sa récompense. Ceci est vrai de vous tous ; et.
42 §Baptfre beitxicme
pendant toute votre vie, tout ce que vous faites conformément à la volonté de Dieu, et en état de grâce, est noté au Livre des souvenirs et a, dans le Cœur Sacré du divin Maître, la promesse d'une récompense qui recevra son accomplissement au jour de sa venue. Un seul péché mortel, à moins qu'il ne soit suivi de repentir, anéantit donc tous les mérites d'une vie entière. Peu importe combien de temps aura duré votre vie de justice, de charité, d'humilité, de générosité et de piété devant Dieu, — un seul péché mortel, et tout ce trésor est effacé du Livre des sounirs. Tout a disparu comme si rien n'avait jamais existé. En voulez-vous des preuves? Prenez l'histoire de David, « l'homme selon le cœur de Dieu. » (i) Vous vous rappelez sa foi, sa patience, sa fidélité, son courage, sa prière, son esprit de reconnaissance. C'est le Psalmiste d'Israël, l'homme qui a eu le plus glorieux des titres, « homme selon le cœur de Dieu. » En un instant, par le double péché du meurtre et de l'adultère, il détruisit aux yeux de Dieu tous les mérites de sa jeunesse et de son âge mûr: tout était mort devant Dieu. Salomon, le fils de David, la figure de notre divin Sauveur, le roi de la Paix, l'homme renommé pour sa sagesse, — non-seulement parce qu'il l'avait reçue comme un don de Dieu, mais parce qu'il avait eu le bon esprit de demander la
(l) AcTE^ XIII. 22.
agesse et non les biens terrestres, — Thomme plus cclairé que tous les autres liommes, eh bienî parce que, dans la suite, il s'était séparé de Dieu par un péché mortel, il perdit tout le mérite de cette longue vie de sagesse, de lumière et de sainteté. Judas, dans son enfance et dans sa jeunesse, était peut-être aussi fidèle à suivre la lumière de sa conscience que vous l'avez été vous-mêmes. Il quitta sa famille et tout ce qu'il avait pour suivre son Maître. Sans doute que dans son cœur il y avait des luttes, des aspirations, des prières et des désirs de marcher sur les traces de son divin Maître; mais en lui aussi se glissait le péché d'avarice. Il portait la bourse et ce qu'elle contenait. Satan le tenta et entra en lui. C'est alors qu'il vendit son Maître. .Ananie avait pareillement renoncé au monde, exposé sa vie pour devenir chrétien, vendu tout ce qu'il avait, tout sacrifié : mais il retint une partie du prix. Démas était le compagnon des Apôtres. Il avait exposé sa vie, avait vécu dans la peine, dans la pauvreté et un danger continuel ; le compagnon de l'Apôtre des Gentils jusqu'à ce qu'il l'abandonnât, après s'être laissé prendre par l'amour de ce monde, (i) Tous les mérites de cette vie de foi et de toutes ces actions qui avaient été relatées au Livre des souvenirs de Dieu, furent anéantis en un instant. C'est pourquoi Saint Paul dit de lui-même : « Je soumets mon corps
(l) 2. TiM. IV. 10.
44 §£^apitve beuxicxne
et le réduis en servitude, de peur qu'après avoir prêché l'Evangile aux autres, je ne sois moi-même réprouvé. ?/ (i) Le prophète Ezéchiel dit : « Que si le juste abandonne sa justice, et s'il commet l'iniquité, il mourra dans son péché et la mémoire de toutes les actions de justice qu'il avait faites sera effacée. » (2) 3. Le troisième effet est peut-être plus terrible: il détruit et anéantit le pouvoir même de servir Dieu. Toutes les actions d'un homme en état de péché mortel sont mortes; elles n'ont devant Dieu aucun mérite ou aucune puissance dont l'homme puisse se prévaloir pour son salut. Tant qu'il est séparé de Dieu, rien de ce qu'il fait ne peut aider à son salut. Tout comme un arbre qui a la vie porte des fruits vivants, et un arbre mort ne porte que des fruits flétris ou entièrement desséchés; ainsi une âme qui est implantée en Dieu, comme nous le sommes tous par le baptême, plonge ses racines, pareille à l'arbre sur le bord du ruisseau, et fait de constants progrès dans la foi, dans l'espérance, dans la charité et dans les sept dons du Saint-Esprit, lesquels se développent d'eux-mêmes comme les feuilles sur la branche: ainsi les douze fruits de l'Esprit Saint se développent et mûrissent. D'autre part, l'âme qui est séparée de Dieu est semblable à l'arbre qui est séparé de ses
(i) I. Cor. IX. 27,