EZECH. III
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racines; de même que cet arbre se flétrit jusqu'aux branches les plus hautes et que les fruits qu'il porte périssent; ainsi l'âme en état de péché mortel, de quelque genre que ce soit, et tant qu'elle reste dans cet état, est séparée de Dieu et ne porte aucun fruit de salut. L'Apôtre l'a déclaré dans les paroles les plus expresses : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'avais point la charité, je ne serais que comme un airain sonnant et une cymbale retentissante. Et quand j'aurais le don de prophétie, que je pénétrerais tous les mystères, et que j'aurais une parfaite science de toutes choses ; et quand j'aurais toute la foi capable de transporter les montagnes, si je n'avais point la charité, je ne serais rien. Et quand j'aurais distribué tout mon bien pour nourrir les pauvres, et que j'aurais livré mon corps pour être brûlé, si je n'avais point la charité, tout cela ne me servirait de rien. » (i) Ce qui veut dire que si une âme est séparée de Dieu, qu'elle n'ait pas l'amour de Dieu, peu importe sa science; peu importe qu'elle soit capable de faire des prophéties, d'expliquer les mystères, d'opérer des miracles : elle peut donner tout ce qu'elle a en aumône aux pauvres, être martyrisée selon l'opinion des hommes ; si elle n'a pas l'amour de Dieu, tout cela ne lui sert de rien pour son salut. Il y aura, au dernier jour, ceux qui
(i) I Cor. XIII. I. 3.
46 @Bapifre beuxièxne
viendront dire à notre divin Sauveur: « Seigneur, Seigneur, nous avons prophétisé en votre nom; nous avons chassé les démons et accompli de grandes choses en votre nom ; nous avons bu et mangé en votre présence: il leur dira: Retirez-vous de moi, je ne vous connais point. » (i). Le sens de ces paroles est qu'une âme qui a commis un seul péché mortel, une seule transgression, et qui persévère dans cet état, tant qu'elle n'a pas été rétablie en union avec Dieu par la charité et la grâce, est morte devant Dieu, et toutes les actions de cette âme sont mortes. Ceux qui sont dans cet état ressemblent à des hommes qui portent leurs regards vers le sommet d'une haute montagne 011 le soleil brille constamment dans toute sa splendeur: c'est un rayon de la gloire de la céleste cité. Ils voudraient monter vers ces hauteurs; mais, devant eux, s'ouvrent béants les escarpements d'un précipice que nul pied humain ne saurait gravir. Leurs efforts sont vains et s'épuisent en présence de l'impossibilité de cette ascension. Ou bien ils sont pareils à des hommes qui contemplent un beau paysage, la terre promise des vignes, des oliviers et des figuiers, où coulent des ruisseaux de lait et de miel. Devant eux sont les demeures de la paix. Mais à leurs pieds coule un torrent, si profond et si rapide, sans gué ni pont, que les plus habiles
(1) S. }>Iat. vu. 22.
nageurs ne peuvent le passer. Ainsi en est-il du pécheur. Entre l'âme qui est séparée de Dieu, entre rame qui a perdu la grâce et la paix de Dieu, se dresse la loi divine.
4. Ce n'est pas tout : L'âme commence à perdre sa force et sa vigueur. Comme je l'ai déjà dit, toute créature a besoin du secours de la nature et de la grâce. Et les dons surnaturels de Dieu, — la foi, l'espérance et la charité, — sont, par un seul péché mortel, ou détruits ou affaiblis. La charité est entièrement anéantie. L'espérance reste, et la foi reste aussi. Mais l'espérance est affaiblie. Car un homme qui a conscience d'avoir mortellement péché contre Dieu, ne peut pas se faire illusion au point d'espérer son salut, s'il n'a pas des fondements sur lesquels il fait reposer cette espérance: et quels fondements pourrait avoir un pécheur impénitent? La foi qui reste en lui, — que lui montre-t-elle? « Le trône éclatant de blancheur; >? — « la fumée qui s'élève au-devant du trône du Jugement; » la loi de Dieu écrite en lettres de feu : « Il n'y a point de paix pour les impies, dit le Seigneur; » (i) et: « sans la sainteté nul ne verra le Seigneur. » (2) La foi lui montre le jugement futur et les témoins qui se ti-endront devant le trône en ce terrible jour et
(i) Isa. XLViii. 22.
(2) Hhbr. XII. 14.
48 §^apitxe benxième
rendront témoignage contre lui. Par conséquent, la foi qui reste en lui est une lumière effrayante qui l'avertit et torture sa conscience. Tant que la grâce surnaturelle a quelque influence en lui, elle l'aiguillonne et lui inspire des terreurs pour la ramener à Dieu; mais elle ne peut faire plus.
Les puissances naturelles de l'homme sont aussi blessées, quand il est en état de péché. Le cœur est vicié, l'âme devient plus faible. Prenons un exemple qui vous paraîtra peut-être ici déplacé. Vous qui m'écoutez, vous n'êtes pas exposés à la tentation des excès ou de l'ivresse; mais c'est un exemple qui peut expliquer clairement toute espèce de péché. L'homme qui se livre à la boisson perd l'énergie et le contrôle de sa volonté. Elle s'affaiblit et il n'a plus d'empire sur elle. Elle ne peut plus imposer ses ordres à l'homme. C'est un gouvernail brisé auquel le vaisseau n'obéira plus. Cette volonté est frappée de paralysie : un dissolvant en a usé l'élasticité et La force. Ce qui arrive dans ce cas arrive dans tous les autres. Je pourrais prendre le mensonge, la paresse ou tous les autres vices que j'ai nommés. Vous ferez l'application vous-mêmes. Cette même volonté perd jusqu'au pouvoir de se repentir. Oui, et il y a même une pensée plus effrayante. Parfois les péchés que les hommes ont commis depuis longtemps sont cause de leur instabilité, de leur inconstance, de leur égarement et de leur irrésolution
actuelle. Ils ne sont jamais revenus à Dieu. Ils n'ont jamais été réellement rétablis en grâce avec Dieu, et n'ont jamais recouvré la vie et l'union en lui. Ils portent en eux ces germes dont il est parlé au livre de Job. «Les dérèglements de sa jeunesse pénétreront jusque dans ses os et se reposeront avec lui dans la poussière. » (i)
5. Enfin, il y a encore un effet du péché mortel; il fait contracter à l'homme une double dette envers Dieu. Il lui fait contracter la dette du crime et la dette du châtiment; et de toutes les deux il devra s'acquitter. De la dette du crime, il répondra au jour du Jugement. La dette du châtiment, il la purgera avant qu'il puisse voir Dieu, ou ici-bas, ou après la mort, dans l'état de purification, ou en enfer pendant toute l'éternité. En ce monde, toute substance a son ombre. Vous ne pouvez pas séparer l'ombre de la substance. Elle la suit dans tous ses mouvements: ainsi tout péché a son châtiment; que nous y pensions ou non, que nous le croyions ou non, peu importe. Il en est ainsi. Dieu La décrété au moment où il a dit: « Le jour que vous en mangerez, vous mourrez de mort. » Depuis cet instant, il ne s'est pas commis un péché qui n'ait été suivi de sa peine. Il faut l'expier, cette peine, ou en la subissant ici-bas ou en la subissant là-haut, ou bien encore en aimant de telle sorte que
(1) Job. XX. 1 1.
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l'amour et le repentir, demandant grâce devant Dieu en vertu du Précieux Sang de Jésus-Christ, effacent du livre des souvenirs cette grande dette des péchés qui se sont multipliés.
Je ne m'arrêterai pas plus longtemps à ces effets du péché mortel: je me contenterai de résumer ce que j'ai dit. D'abord, un seul péché mortel donne la mort à l'âme. En second lieu, un seul péché de ce genre, en donnant la mort à l'âme,, détruit tous les mérites d'une longue vie, quels qu'ils soient : — plus tard, je montrerai comment tous ces mérites peuvent revivre, comme le printemps après l'hiver. Pour le moment ce n'est pas la question. En troisième lieu, un péché mortel tue et anéantit dans l'âme le pouvoir de mériter le salut, lorsqu'elle agit dans cet état où elle est séparée de Dieu. En quatrième lieu, il affaiblit les grâces surnaturelles qui restent dans l'âme comme aussi les puissances et les facultés naturelles de l'âme elle-même. Enfm, il constitue l'âme dans la double dette du crime et du châtiment. Tels sont les cinq effets du péché mortel.
Il ne me reste qu'à ajouter quelques conseils. Voici le premier : Méditez chaque jour de votre vie sur cette grande et terrible vérité, savoir, combien il est facile de s'éloigner de Dieu ; dites-vous à vousmême : Dieu est ma fni; c'est pour lai que j'ai été créé. Si je m'écarte de cette fm, seulement de l'épaisseur d'un cheveu, si je manque d'atteindre cette fin,
je serai condamné à la mort éternelle. — Une flèche lancée à un point de mire, ne passerait-elle que de l'épaisseur d'un cheveu à côté de ce point, manque son but. Un vaisseau, dirigé par une main confiante et habile, fait naufrage s'il manque le phare flottant, quelque proche qu'il soit arrivé du port. Et une âme qui n'arrive pas ici-bas à l'union avec Dieu dans l'état de grâce, seraséparée de Dieupendanttoute l'éternité. Puis, dites-vous encore : Si je ne corresponds pas à la grâce que Dieu m'a donnée, je manque ma fui éternelle. — Comme je l'ai déjà fait observer, Dieu coopère avec chaque créature. Les attraits de son Esprit Saint et les dons de sa grâce sont comme une chaîne d'or qui rattache à lui toute âme créée. « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et que tous arrivent à la connaissance de la vérité. » Notre divin Sauveur a dit encore : «Pour moi, quand je serai élevé de la terre, j'attirerai tout à moi. » Dieu attire à lui toute âme créée. Il l'attire à la connaissance de lui-même, de son Fils incarné et du précieux sang qui, sur la Croix, a coulé du Cœur Sacré de Jésus. Les grâces, l'amour et les inspirations du Saint-Esprit agissent constamment et attirent les âmes à lui et à l'unité de l'Eglise. Dieu pousse sans cesse les âmes au repentir, et par le repentir à la perfection. D'un degré de la perfection à un autre, il les élève peu à peu jusqu'à l'union avec lui. Cette opération divine ne se ralentit pas : à nous d'y correspondre. Ecoutez
52 §^apitxe beuxième
Dieu, prêtez-lui une oreille docile, répondez-lui. Saisissez cette grâce qui vous est offerte ; serrez étroitement les anneaux de cette chaîne d'or, ne la laissez jamais vous échapper, et prenez garde d'en briser les anneaux.
Nous pensons souvent à la ferveur qu'aurait une âme qui, déjà condamnée à la mort éternelle, pourrait, par la permission de Dieu, reprendre possession de son corps et vivre de nouveau quelque temps sur la terre. Quelle humilité, quelle horreur du péché, quelle sainte frayeur des occasions dangereuses, quelle piété, quel renoncement, quelle abnégation n'aurait pas cette âme qui, ayant déjà goûté de la mort éternelle, retrouverait une occasion de se sauver! Quelle vie de mortification, de profonde dévotion envers Dieu cette âme choisirait ! Vous n'êtes jamais descendus dans les abîmes de l'éternelle mort. Vous avez été l'objet d'une grâce plus grande même que si vous en aviez été délivrés. Vous êtes encore dans la vie, toujours entourés des lumières de la vérité, vous avez encore les grâces de l'Esprit Saint dans toute leur abondance ; vous avez le temps, vous avez les bonnes occasions ; vous avez les sept sacrements ; vous avez le Saint Sacrement de l'autel, le précieux sang de Jésus-Christ, tout ce qui est nécessaire pour la vie éternelle, oui, et tout en abondance, sans restriction et sans mesure. Vous êtes semblables à l'enfant prodigue avant qu'il quittât la maison de
son père ; — vous ne savez pas encore ce que c'est que ce lointain pays, vous ignorez les misères et la condamnation qu'entraîne après elle la séparation d'avec Dieu. Dites donc en vous-même : Dieu soit loué! Je suis encore dans la vie, et mon jour de grâce n'est pas fini. Le soleil brille encore aux cieux : — pour les uns, il est au matin; pour d'autres, à son midi ; pour quelques-uns qui m'entendent, il est à son déclin, près de Thonzon. Dites : Seigneur, demeurez avec nous, car il se fait tard et le jour touche à sa fm. Faites-moi la grâce de vivre en paix avec vous, afm que je puisse être uni à vous et que vous ne me trouviez point séparé devons au jour de votre venue. Telle est la première réflexion que je vous engage de tout cœur à faire chaque jour. En voici une autre qui lui ressemble, mais qui est plus terrifiante. Chaque jour, dites-vous: Si je me sépare de Dieu, — comme cela peut facilement arriver, — je descendrai vivant en enfer. Ke vous offusquez pas. Nous vivons dans des temps où l'on peut parler franchement. Il y a des hommes çà et là parmi nous, comme il y en a dans les autres pays, des moqueurs, des railleurs, des blasphémateurs, ministres de Satan, apôtres de mensonges, qui prétendent qu'il n'y a pas d'enfer. Eternels châtiments: fables du moyen-âge, superstition papiste ! Il est vrai que l'Eglise qu'on appelle papiste soutient rigoureusement qu'il y a un enfer, qu'il y a un châtiment éternel, que ceux qui vivent
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et meurent dans l'impénitence en seront promptement les victimes. C'est une gloire pour l'Eglise de Rome qu'une telle accusation soit portée contre elle. J'accepte l'accusation, oui; et, comme ministre de Jésus-Christ et comme apôtre de son Evangile, je proclame que Dieu a révélé qu'après cette vie il y a des peines sans fm et une mort éternelle. De même qu'il y a un ciel, ainsi il y a un enfer. De même qu'il y a une vie éternelle, ainsi il y a une mort éternelle. Tenez-vous en garde contre toute illusion. Ne soyez pas si peu sérieux ou si crédules. Que nul imposteur, dans sa prétention de philosopher ou de critiquer, ne vous entraîne un seul instant à croire que l'existence de l'enfer et des éternels châtiments est une loi arbitraire, un simple acte de législation divine, pareil à un décret qu'aurait porté un pouvoir tyrannique. La mort éternelle est une nécessité intrinsèque de la perfection de Dieu et de la volontaire apostasie de l'homme. Un Dieu saint, juste, pur, vrai et immuable d'un côté; et de l'autre, un homme impur, injuste, vicié, faux, incapable de changer par le repentir, ne peuvent pas plus exister ensemble que la lumière et les ténèbres : Dieu et cet homme ne sauraient être unis dans l'éternité. Ce n'est pas un décret; c'est une nécessité intrinsèque de la perfection divine d'une part, et de la culpabilité de l'âme humaine de l'autre. Pourquoi cette âme n'est-elle pas revêtue de justice et de sainteté? Parce qu'elle a abusé de la libre
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volonté que Dieu nous a donnée, — comme je Tai dit en commençant, — par la violation réfléchie de la loi de Dieu, par la transgression délibérée de ses commandements, par l'impénitence fniale dans cet état de désobéissance et de séparation d'avec Dieu, séparation qui, de sa nature, est la mort, qui est la mort éternelle dans le temps, qui est l'enfer sur la terre. A moins qu'elle ne se repente, cette âme commence déjà à sentir la condamnation de l'éternité. Par conséquent, n'oubliez jamais que la sainteté de Dieu et la culpabilité de l'homme démontrent assez clairement la nécessité intrinsèque d'une séparation éternelle. Qu'est-ce que l'enfer, si ce n'est être éternellement séparé de Dieu? Et être séparé de Dieu, non pas comme nous le sommes ici-bas, avec notre âme entravée et hébétée par le péché, grisée par le monde, s'ignorant elle-même? Non. Après la mort, les yeux de l'âme s'ouvriront, les écailles qui les obscurcissent tomberont; elle se verra pour la première fois, comme elle verra Dieu pour la première fois à l'heure du jugement. Quand elle verra Dieu au jugement, tout cet instinct de l'âme dans lequel elle fut dès le principe créée par Dieu, — pareil à l'aiguille de la boussole qui, par une loi de sa nature, pendant la plus claire lumière du jour comme pendant les plus noires ténèbres de la nuit, se tourne toujours vers le nord, — cet instinct lui
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fera reprendre sa vraie direction. L'âme perdue qui avait été créée à l'image de Dieu, dont la fm était la vision béatifique de Dieu, dont la vie était l'union avec Dieu, cette âme aura alors faim et soif de Dieu, alors que toute union avec Dieu sera devenue pour elle à jamais impossible. Tout comme la respiration est une nécessité vitale pour le corps, ainsi l'union avec Dieu est une nécessité vitale pour l'âme. Vous éprouvez parfois dans le sommeil un sentiment de raideur et de suffocation dans lequel il vous semble que vous êtes dans une éternelle nuit de tourments : figurez-vous une éternité de cette suffocation, quand l'âme aura conscience de cette nécessité vitale de son union avec Dieu, et que cette union ne sera jamais plus possible. Oui, et je ne dis pas assez: l'âme éprouvera un tourment qui sera le ver éternellement rongeur s'acharnant après elle. Quel est ce tourment? Le remords, le sentiment pour cette âme qu'elle s'est elle-même donné la mort, qu'elle a péri parce qu'elle a commis le péché mortel et qu'elle a commis ce péché par sa propre volonté. Il n'y avait aucune pression, aucune nécessité. C'est avec pleine liberté qu'elle a péché contre Dieu, qu'elle a brisé ce lien qui l'unissait à lui. Dans la mort éternelle, le ver qui ne meurt pas, le constant aiguillon du remords fait sentir à l'âme une torture que nul cœur humain ne saurait concevoir. Il n'est pas
nécessaire du feu pourtorturer : perdre Dieu éternellement est une torture suffisante. Le remords éternel, sans rien autre, c'est l'enfer. Mais il y aura plus. Ceux qui seront réprouvés le seront tous ensemble,
— des multitudes, des myriades de millions, — tous dans l'angoisse, tous séparés de Dieu, tous en proie au remords, tous se déchirant mutuellement, odieux les uns aux autres et se haïssant réciproquement. Je n"ai pas encore dit un mot de ce que je vais ajouter. Il est incontestable qu'il y a un mystère divin que nous connaîtrons ; — Dieu veuille que ce ne soit pas par expérience ! Notre divin Sauveur l'a dit : « Où le ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas. >/ Et ailleurs : ^( Allez, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour le démon et pour ses anges. » Il y a la peine éternelle du feu. Dieu l'a déclaré. Malheur à l'homme qui le nie ! Satan fait de continuels efforts pour enlever cette croyance de l'esprit des hommes ;
— mettant tout en jeu, les subtilités de la philosophie, les raisonnements spécieux, les appels à la miséricorde de Dieu, les merveilleuses grandeurs des perfections divines, les critiques contre l'Ancien Testament, le ridicule, la dérision, le mépris et les moqueries. Bien des hommes, qui affronteraient sans crainte une bataille, reculent lâchement devant ces assauts. Satan ne ralentit jamais ses efforts pour faire disparaître cette croyance de l'esprit des hommes. Je vais vous en dire la raison. C'est que, chez la plupart
des hommes, la faim et la soif de la justice sont si faibles, leurs désirs d'être unis à Dieu si peu ardents, qu'il n'y a que le sentiment de la crainte d'un éternel châtiment qui puisse leur faire éviter le péché. Si Satan pouvait seulement parvenir à enlever aux hommes cette pensée du châtiment éternel, il ne resterait plus rien pour les retenir :c'est à quoi tendent tous ses efforts. 11 n'est rien que Satan aime plus que devoir les hommes se moquer de lui, mêler son nom à des plaisanteries, entrelarder leurs conversations de légèretés moqueuses avec des allusions à lui. C'est ce qui amène bien vite les hommes à ne plus le craindre et à cesser de croire à son existence. D'un autre côté, Dieu s'efforce constamment d'éveiller et de ranimer dans l'âme de chacun de nous le sentiment du danger de la mort éternelle. Il le fait par sa divine parole, par la voie de son Eglise et par les cris de la conscience. Sans cesse il ranime en chacun de nous le sentiment et la croyance qu'il y aura, après cette vie, son jugement et une condamnation au feu éternel. Vivez donc comme vous voudriez mourir ; parce que, comme vous mourrez, vous serez pendant toute l'éternité. Le caractère que vous vous serez imprimé pendant votre vie par les actes volontaires de votre libre arbitre, que ce soit le caractère du bien ou du mal, vous le porterez éternellement devant Dieu. Si Dieu vous trouve revêtus de la robe blanche qui est la justice des saints, soyez heureux ! Vous marcherez
devant lui vêtus de blanc et pour toujours. S'il vous trouve couverts des lambeaux et des haillons de l'Enfant prodigue avant son repentir, vous serez rejetés loin de sa face et tous les hommes seront témoins de votre confusion. Comme vous vivrez, vous mourrez; et comme vous mourrez, vous serez éternellement. Dieu ne change point. Vous changez continuellement. La mort fixera l'état dans lequel vous mourrez, et ainsi il restera à jamais. Tel l'arbre tombera, tel il restera. Trompez-vous, et votre méprise sera à jamais irréparable. Oh ! mes bien chers frères, jetez les yeux autour de vous : Qu'ils sont nombreux les hommes instruits, savants, illustres, éloquents et fortunés que le monde honore! Qu'ils sont nombreux ceux qui sont aimables, affectueux, aimés, et dont leurs voisins ne pensent aucun mal! Ceux-ci ne voient que les beaux côtés du dehors, la dissimulation qui fait croire à leur innocence. Quelque péché mortel — Dieu sait lequel, — et dont ils n'ont pas eu de repentir, est en eux. Sépulcres blanchis ; — les murailles extérieures sont belles. A l'intérieur, c'est un monceau d'ossements humains et de pourriture. Tel est peut-être votre cas. Dites-vous, chacun en particulier : C'est peut-être là où j'en suis ; — c'est là, en ce moment, mon. image devant Dieu. ^< Il est décrété que tous les hommes mourront une fois, et après ce sera le jugement. » (i) Ecoutez quel
( l) HÉBR. IX. 27.
Oo ^^apiixe beuxième
sera ce jugement : « Je vis un grand trône blanc, et quelqu'un assis dessus, devant la face duquel la terre et le ciel s'enfuirent; et il n'en reste pas même la place. Je vis ensuite les morts grands et petits, qui comparurent devant le trône : et des livres furent ouverts ; et puis on en ouvrit encore un autre, qui est le livre de vie : et les morts furent jugés sur ce qui était écrit dans ces livres, selon leurs œuvres. Et la mer et l'enfer furent jetés dans l'étaiig de feu. C'est là la seconde mort. Et celui qui ne fut pas trouvé écrit dans le livre de vie, fut jeté dans l'étang de feu. » (i)
(r) Ai'oc. XX. 1 1, 15.