CHAPITRE III
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Si quelqu'un voit son frère commettre un péché qui ne va pas à la mort, qu'il prie; et Dieu donnera la vie à ce pécheur, si son péché ne va pas à la mort. Il y a un péché qui va à la mort,
et ce n'est pas pour ce péché que je dis que vous priiez.
;L y a donc une distinction entre les péchés qui vont à la mort et les péchés qui ne vont pas à la mort, en d'autres termes, il y a des péchés qui sont mortels et des péchés qui sont véniels. Cette distinction n'est point tirée des
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subtilités des théologiens; elle est écrite en toutes lettres dans la parole de Dieu. Dans notre dernier entretien, je vous ai parlé des péchés qui vont à la mort: il me reste à vous parler aujourd'hui des péchés qui ne vont pas à la mort. Voici le résumé de ce que je vous ai dit la dernière fois: Les péchés qui vont à la mort sont mortels, parce qu'ils séparent l'âme de Dieu. Dieu est la vie de l'âme, et toute âme séparée de Dieu est une âme morte. Une âme séparée de Dieu en ce monde, si elle n'a pas été rétablie en union avec Dieu en ce monde, par l'opération de la grâce et par le repentir, cette âme, après la mort du corps, sera séparée de Dieu pour toute l'éternité. Telle est la seconde mort, en d'autres termes, tel est l'enfer. Je vous ai exposé les raisons qui démontrent l'existence et la nécessité de l'enfer: cet enfer, ou la perte éternelle de Dieu est, en stricte vérité, la perpétuité de cet état de séparation d'avec Dieu que le pécheur s'est librement choisi en ce monde. De sorte que l'enfer est lié au péché mortel par une nécessité intrinsèque. La séparation de l'âme d'avec Dieu par le péché mortel est , par une nécessité intrinsèque, le résultat des immuables perfections de Dieu d'une part, et de l'autre, du désaccord obstiné de la volonté créée avec Dieu, et, par conséquent, toute âme qui meurt éternellement meurt par sa propre faute. Il y a là une nécessité intrinsèque de cet état auquel l'âme s'est réduite librement elle-
même, tout autant et plus qu'un jugement prononcé à la barre d'un tribunal futur.
C'est là le résumé de ce que je vous ai déjà dit. J'en viens maintenant à ces péchés qui ne vont pas à la mort, ou qui, selon le langage commun de la théologie, s'appellent péchés véniels. Le mot véniel est pris ici dans le sens de pardonnable. Les péchés véniels sont ceux qui peuvent être pardonnes. Tout péché mortel que l'homme commet, — s'il s'en repent, — peut être pardonné : « Tout péché et tout blasphème sera pardonné, excepté le blasphème contre le Saint- Esprit, qui ne sera pardonné ni en ce monde ni en l'autre. >/ (i) Par conséquent, en un sens, et c'est un sens général, tout péché mortel est de cette manière véniel, — c'est-à-dire qu'il peut être remis au vrai pénitent par le précieux sang de Jésus-Christ. Mais le sens technique du mot véniel est précis et distinct. Il désigne ces péchés qu'on peut rencontrer dans des âmes qui sont unies à Dieu, qui sont en grâce avec Dieu, dans l'amour de Dieu, et dans l'état de soumission habituelle. Ceci demande une plus claire explication. Je sais qu'en vous la donnant, je devrais établir une distinction entre les péchés véniels et les tentations, mais le temps ne me le permet pas aujourd'hui. J'espère trouver plus tard l'occasion de vous parler des tentations comme distinctes du péché.
(i) S. Mat. xii. 31.
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C'est donc avec intention que je laisse ce sujet de côté pour le moment.
Les péchés qui se rencontrent même chez les saintes âmes sont des péchés d'infirmité que la faiblesse a fait commettre ; ou des péchés de surprise causés par une forte et subite tentation: oa des péchés d'emportement, la colère emportant l'homme pour un instant hors de ses gonds ; ou des péchés d'irréflexion, c'est-àdire co'mmis en un instant de précipitation, avant que la conscience ait eu le temps de délibérer et de peser les circonstances; ou enfin, des péchés qui ont été commis avec un certain degré de délibération. Or les sept péchés mortels, comme on les appelle, la colère, l'orgueil, la gourmandise, la luxure, l'avarice, l'envie et la paresse; — ces sept péchés capitaux sont ceux auxquels se ramènent en dernière analyse tous les autres, et six au moins peuvent être véniels. Le septième, si on pèche avec réflexion, les yeux ouverts, et avec le consentement de la volonté, peut difficilement n'être pas mortel, car on peut difficilement supposer qu'il admette une légèreté de matière. Je veux parler des fautes contre la sainte vertu de pureté. Mais les péchés décolère^ d'orgueil, de gourmandise, d'avarice, de jalousie et de paresse sont susceptibles de divers degrés et de diverses distinctions. On peut les commettre, comme je Lai déjà dit, par faiblesse, par surprise, par emportement, sans réflexion ou même avec un certain degré de réflexion sans qu'ils
soient mortels. C'est ce qui vous explique ce que nous lisons dans la Sainte Ecriture : « Le juste tombe sept fois. » — « Qui peut comprendre les péchés? De mes fautes secrètes, purifiez-moi. Seigneur. » (i) Il est évident que même les Saints de Dieu l'ont offensé par faiblesse et par tentation, et pourtant n'ont pas détruit leur amitié pour lui et n'en ont pas séparé leur âme. Par exemple, tous ceux qui conservent leur innocence baptismale sont dans un état d'union avec Dieu et seront tous sauvés. Ils sont unis à Dieu par l'habitation en eux du Saint-Esprit ; ils sont enfants de Dieu, et s'ils meurent ainsi ils hériteront sûrement du royaume du Ciel. Néanmoins, tous ceux qui conservent leur innocence baptismale, — et j'ai confiance que plusieurs de ceux qui m'écoutent ne l'ont jamais perdue, — ont conscience en ce moment d'une foule de fautes personnelles dontils sont coupables : ce sont peut-être des fautes habituelles de vivacité, d'ambition ou de jalousie. Est-il quelqu'un dans cette assistance qui oserait dire qu'il ne se connaît pas un péché habituel, oui, et même plusieurs fautes peut-être ? Et cependant il est encore dans la grâce de son baptême. C'est de lui, pouvons-nous croire, que Notre-Seigneur parlait quand il dit : ^^ Celui qui sort du bain n'a besoin que de se laver les pieds et il est net dans tout.» (2) Ce qui veut
(i) Prov. XXIV. i6;Ps. xviii. 13.