‹ Le péché et ses conséquencesChapitre 7 sur 24 · T. J. XIII · texte numérisé non relu

T. J. XIII

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dire : Il a été purifié dans le précieux sang de Jésus- Christ au saint baptême ; c'est pourquoi ces fautes légères sont effacées par la douleur, par la contrition, parla mortification et par labsolution.

Allons plus loin. Je suppose qu'un homme soit déchu de la grâce baptismale. Par une conversion sincère, par un réel et ferme repentir il est revenu à Dieu. Quelques-uns de mes auditeurs sont peut-être dans ce cas. Ils savent très bien qu'ils seraient décidés a donner leur vie plutôt que d'offenser Dieu de nouveau, comme il leur est arrivé de l'offenser auparavant. Néanmoins ils se rendent compte qu'ils ont une multitude de fautes à se reprocher contre Dieu et contre le prochain. Cependant ces fautes ne vont pas jusqu'à briser leur union avec Dieu, ni à rompre l'amitié de Dieu pour eux ; et ils ne sont pas retombés dans leur ancien état. En somme, nous ressemblons à des soldats sur un champ de bataille : il faut que nous soyons blessés, souillés et aspergés du sang de la lutte. Nous travaillons dans le champ : les marques et les taches de notre travail s'impriment sur nous. Voyageurs, le long du chemin, la poussière s'attache à nous sans que nous nous en apercevions : Nous ne pouvons sortir du monde ni de sa corruption. Nous sommes en contact avec lui et il jette sur nous plus que son ombre. Il y jettera sa souillure et la souillure restera. L'engin le plus parfait, construit avec le soin le plus irréprochable, si un choc le désorganise, est

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aussitôt mis hors d'usage ; il perd la perfection de son mouvement et son action ne produit plus les effets attendus. Ainsi en est-il pour la nature humaine. Elle fut créée parfaite, à l'image de Dieu, avec les trois perfections naturelles, surnaturelle, préternaturelle, dont je vous ai déjà parlé. Le choc de la chute l'a jetée hors de ses puissances. Elle a perdu son mouvement naturel, son repos en Dieu, son vrai centre, et dès lors elle a commencé à trouver l'occasion de chutes dans tout ce qui l'environnait . Les trois blessures de l'âme, — l'ignorance dans l'intelligence, le trouble dans les passions, la faiblesse dans la volonté, — sont les blessures faites à cette machine irréprochable. C'est pourquoi notre nature agit constamment d'une manière anormale, c'est-à-dire en contradiction avec la loi de son Créateur. Il semble que c'est le sens de ces paroles de l'Apôtre : « Je sais que le bien ne se trouve pas en moi, c'est-à-dire dans ma chair, parce queje trouve en moi la volonté de faire le bien; mais je ne trouve point le moyen de l'accomplir. Car je ne fais pas le bien queje veux, mais je fais le mal que je ne veux pas. Si je fais ce queje ne veux pas, ce n'est plus moi qui le fais, mais- c'est le péché qui habite en moi. Lors donc que je veux faire le bien, je trouve en moi une loi, parce que le mal réside en moi. Car je me plais dans la loi de Dieu, selon l'homme intérieur : mais je sens dans les membres de mon corps une autre loi, qui combat contre la loi de mon esprit, et

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qui me rend captif sous la loi du péché qui est dans les membres de mon corps. Malheureux homme que je suis 1 qui me délivrera de ce corps de mort ?» (i) Telles sont les paroles que l'Esprit Saint inspirait à l'Apôtre, et c'est bien l'état que je vous ai décrit. L'Apôtre était un saint de Dieu, en union avec Dieu, dans l'amitié de Dieu. Mais il sentait parfaitement qu'il y avait en lui une lutte continuelle, un trouble dans sa nature, une faiblesse dans sa volonté. Cependant ces mouvements, ces passions, ces tentations, n'étaient pas des péchés : un seul acte de consentement pouvait les rendre coupables aux yeux de Dieu.

Nous avons donc ce qu*e je puis appeler une définition du péché véniel. C'est une violation de la loi de Dieu; une pensée, une parole, une action en désaccord avec la volonté de Dieu, désaccord produit par la faiblesse et sans aucune malice délibérée. C'en est assez pour distinguer le péché qui ne va pas à la mort de celui que je vous ai représenté la dernière fois. Dans ce péché, les yeux de la conscience ouverte et avec le consentement de sa volonté, un pécheur viole la loi de Dieu à la face même de Dieu. J'ai maintenant à vous montrer les conséquences de ces péchés véniels.

Il est parfaitement vrai qu'ils ne rompent pas notre amitié avec Dieu. Mais ne vous y trompez pas un

(i) Rom. vu, 13. 24.

seul instant et n'allez point croire que les péchés véniels sont ce que nous appelons de petits péchés. 11 n'y a pas de faute qui soit un petit péché. -Avant d'avoir fini, je pense vous convaincre que tous les péchés sont grands, même ceux qui ne vont pas à la mort. Voici quelles sont les conséquences des péchés véniels.

I. En premier lieu, le péché véniel diminue la grâce de Dieu dans l'âme. Quand les théologiens disent que les péchés véniels diminuent la grâce, ils font toujours cette distinction: ils n'entendent pas dire que la grâce de Dieu est rendue moindre, parce que la grâce de Dieu est comme la vie qui ne saurait souffrir de diminution. Nous sommes vivants ou morts; mais les puissances vitales peuvent être affaiblies. La vie reste, mais la santé, la vigueur et la force de l'homme vivant sont moindres. Ainsi, affaiblissement de la grâce signifie diminution de la ferveur, de l'opération, de l'énergie et de l'efficacité de la grâce. Saint Bernard dit que la ferveur, c'està-dire la vie de fidélité et d'obéissance, a plusieurs effets. En voici deux: Premièrement, elle rend ce que nous avons à faire plus facile; et secondement, ce que nous faisons facilement, nous le faisons avec plaisir; nous y trouvons du charme. Ils le savent bien ceux qui ont appris à parler une langue étrangère ou à se servir d'un instrument de musique. Rien n'est plus ennuyeux, plus rebutant et plus pénible que l'acquisition, soit d'une langue étrangère, soit de

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la pratique musicale. Mais, dès l'instant qu'on est arrivé à une certaine facilité dans l'une ou l'autre, on trouve des charmes à mettre en pratique cette habileté acquise. A tout instant on est prêt à en faire usage, et chaque nouvel essai de cette faculté acquise apporte une nouvelle jouissance. Ainsi en est-il de l'obéissance, de la prière, de la mortification qui est pour notre nature tout ce qu'il y a de plus répugnant. Ceux qui pratiquent l'abnégation et la mortification, en viennent à les aimer; mais dès l'instant où ils se laissent aller à commettre des péchés véniels de quelque genre que ce soit, ils perdent le sentiment de cet attrait qu'ils éprouvaient. Dès l'instant où ils se livrent à des péchés véniels de frivolité, de vaine complaisance ou de vanité, le palais est vicié et le goût se fausse. La pureté du goût spirituel qui rend agréable l'abnégation et la prière, perd sa délicatesse. Les excitations du monde, les plaisirs, la vanité, les flatteries , les louanges et choses semblables deviennent attrayantes. A mesure que tout cela devient agréable, se perd la facilité de la prière et de l'abnégation qu'on trouve alors pénible. On sent se développer une répugnance pour ces pieux exercices qui coûtent plus d'efforts. On les renvoie ; on les limites ; on les abrège ; on les réduit au minimum, et finalement la piété de l'âme a disparu.

Qu'est-ce donc que la ferveur? Ce n'est pas l'émotion. La ferveur consiste dans ces trois choses : la régularité, la ponctualité, et l'exactitude; c'est-à-

dire, remplir notre devoir envers Dieu suivant une règle ; le remplir ponctuellement au moment marqué; et le remplir exactement, c'est-à-dire aussi parfaitement que possible. Mais si nous nous sommes livrés aux péchés véniels de quelque genre que ce soit, nous remplissons nos devoirs envers Dieu avec négligence ; nous ne tenons pas compte du moment opportun; nous les remplissons d'une façon irrégulière: nous renvoyons le service de Dieu à plus tard. Ces péchés véniels sont comme les grains de poussière qui se glissent dans la machine si parfaite dont je parlais tout à l'heure. Si la poussière s'amoncelle sur le balancier d'une pendule, ses mouvements se ralentissent; et, à mesure que ces mouvements deviennent plus lents, ils sont plus irréguliers. Comme je vous l'ai déjà dit, le péché mortel est la mort de l'âme, et le péché véniel en est la maladie. Ceux qui se laissent volontairement aller à ces infirmités et à ces imperfections qui ne sont cependant pas mortelles, sont semblables à ces hommes qui ont le sang vicié, chez qui s'accumulent des humeurs morbides : une maladie de langueur les mine parce qu'ils font mauvais usage de leurs forces. Tel est le premier effet du péché véniel.

2. Nous recevons toujours la grâce suffisante du Dieu tout-puissant qui, dans son infinie miséricorde, '-^ fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants et qui envoie sa pluie sur les justes et sur les

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pécheurs. >/ (i) Il y a un torrent perpétuel, une inondation de la grâce de Dieu qui descend sur la race entière du genre humain; mais bien plus particulièrement sur ceux qui sont dans la lumière de sa foi et dans l'unité de son bercail. Eh bienî l'effet de ces péchés véniels, — de ces fautes personnelles de ces faiblesses d'habitude, — je ne veux pas entrer de nouveau dans les détails; chacun peut à part soi examiner son cœur et faire l'application ; — l'effet de ces péchés véniels est de mettre un obstacle à la réception de cette grâce, de lui fermer pour ainsi dire la porte. L'Apôtre dit: « Mes entrailles ne sont pas resserrées pour vous, mais les vôtres le sont. »(2) Si notre cœur était aussi large que sa main, nous serions remplis de sa grâce: mais notre cœur est étroit. Les mains du Dieu Tout-puissant, qui sont infinies déversent constamment la grâce sur nous. Cette grâce est semblable à la pluie qui tombe sur le sable du rivage, ou sur la mer en fureur ou sur les rochers des montagnes.

11 y a deux sortes de grâce que nous recevons constamment: l'une est la grâce des sacrements; l'autre est la grâce qui nous est communiquée en dehors des sacrements. La grâce des sacrements est de deux sortes. Chaque sacrement a ce qu'on

(i) R. Mat. V. 45.

(2) II Cor. VI. 12.

appelle la grâce du sacrement et aussi une grâce sacramentelle. Ces termes paraissent tout à fait semblables, mais la chose qu'ils signifient est absolument distincte. Dans le baptême, la grâce du sacrement est le don de l'habitation du Saint-Esprit dans l'âme et qui nous fait enfants de Dieu: « la grâce d'adoption par laquelle nous pouvons crier Abba, Père. » (i) La grâce sacramentelle est la grâce de l'Esprit Saint accompagnant cette grâce principale, et qui nous rend capables de remplir tous les devoirs qui sont ceux des enfants ou des fils de Dieu. Tel est le sens de Saint Jean quand il dit : « A tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. >/ (2) Ce qui veut dire que toute personne baptisée a, dès l'instant de son baptême, la grâce de remplir tous les devoirs qu'impose l'amour de Dieu et du prochain, tous les devoirs de piété envers Dieu, et tous les devoirs d'obéissance. De sorte qu'à aucun instant de sa vie, — pendant son enfance et sa jeunesse, pendant son âge mûr et sa vieillesse, — cette personne ne manquera jamais d'accomplir ses devoirs envers Dieu par suite de l'insuffisance ou d'un manque de la grâce de Dieu. Mais ceux qui ont reçu cette double grâce du baptême dont j'ai parlé et qui, dès leur enfance se sont laissés aller à toutes

(1) RûM. VIII. 13.

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sortes de fautes légères; et qui, à rxiesure que les années avançaient , ont commis des fautes plus graves, et aussi plus nombreuses, sans en arriver cependant aux péchés qui vont à la mort, — ceux-là ne cessent pas d'entraver, d'affaiblir et d'empêcher l'œuvre de la grâce en eux. Il en est de même pour le sacrement de pénitence. Ceux qui viennent au sacrement de pénitence en état de péché mortel, et par conséquent sans amour de Dieu, incapables d'apporter à sa réception une autre douleur que celle inspirée par la crainte et l'espérance, reçoivent dans ce sacrement la grâce delà charité; c'est-à-dire que l'amour de Dieu leur est rendu. Alors, ils peuvent faire des actes de contrition parfaite quant à sa nature bien qu'imparfaite quant au degré, et remplir tous les devoirs d'un pénitent converti. Mais s'ils retournent, à leurs péchés véniels, s'abandonnent à leurs faiblesses, à leurs mouvements de colère et aux tentations, dans les différentes espèces dont j'ai parlé, l'esprit de pénitence, de repentir et d'humilité ne peut pas se développer et ne dure que peu de temps. Allons plus loin. L'un des plus étonnants phénomènes de la vie spirituelle est peut-être celui-ci : tandis qu'une seule communion dignement faite, dans laquelle on reçoit le corps sacré et le précieux sang de Jésus-Christ, suffit pour faire de nous des saints et les tabernacles du Saint-Esprit, il y en a qui font la communion toutes les semaines, peut-être tous les

jours, et, à notre confusion, les prêtres de Dieu qui offrent chaque jour le saint sacrifice, reçoivent le corps sacré et le précieux sang de Notre-Seigneur, et pourtant ne sont pas des saints. C'est un prodige de notre insensibilité et de notre vanité que nous soyons ce que nous sommes, et pourtant nous tenons chaque jour dans nos mains le saint sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ. Pourquoi cela ? La grâce de ce sacrement est la présence de Notre-Seigneur ; — la grâce sacramentelle est l'abondante effusion de son Esprit qui accompagne le saint sacrement comme les rayons du soleil suivent cet astre. Partout où est le soleil, éclate la splendeur de sa présence. Si nos cœurs n'étaient pas si étroits et si froids, si remplis par une foule de fautes et de faiblesses, nous serions tellement pénétrés par une seule communion que nous serions élevés du niveau inférieur où nous vivons à une autre vie qui est bien au-dessus de nous.

De plus, il y a les grâces qui nous sont communiquées en dehors du sacrement. Telles sont les lumières par lesquelles Dieu conduit l'âme à la connaissance de sa vérité et par lesquelles il lui communique le sentiment de sa présence. Nous lisons dans la Sainte Ecriture : ^< Quand vous avez dit : Cherchez mon visage; mon cœur a répondu : je chercherai, Seigneur, votre visage. » (i) Telle est notre réponse ; mais elle

(i) Ps XXVI. 8.

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est un rayon de lumière qui nous vient de lui. C'est un rayon de lumière delà vérité divine et de la grâce qui s'adresse à l'intelligence et à la conscience. Si nous ouvrions notre intelligence avec sincérité à la réception de cette lumière de la vérité, et notre conscience à l'influence des attraits de la grâce divine, elle nous pénétrerait et nous éclairerait. Mais les fautes de complaisance personnelle, de frivolité, de crainte mondaine et de respect humain étendent un voile sur nos yeux, et l'œil intérieur de l'intelligence et de la conscience fmit par perdre ses facultés de discernement. La vue est troublée comme celle des hommes qui sont atteints de cette cécité qui empêche de distinguer les couleurs. Ils ne peuvent les discerner; prennent le rouge pour le vert et le vert pour le rouge. Ainsi en est-il de certaines personnes qui « prennent la lumière pour les ténèbres et les ténèbres pour la lumière, le doux pour l'amer et l'amer pour le doux, » selon l'expression du prophète ; — ce qui veut dire que ces personnes confondent la grâce de Dieu et les inspirations de la nature. Nous sommes tous placés entre deux attractions différentes : l'attraction de Dieu et l'attraction du monde. Sans rompre complètement avec Dieu, nombre de personnes vivent sous le charme et les influences du monde. Elles ne voudraient pas rompre avec Dieu pour tout ce qu'on pourrait leur offrir, pas même pour le monde entier et tout ce qu'il renferme. Mais aussi, elles ne

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voudraient pas rompre avec le inonde, et elles cherchent à réaliser cette chose impossible, à« servir Dieu et Mammon. » Elles sont ainsi dans cet état dont parle Notre-Seigneur : << Voici que vous n'êtes ni froid ni chaud. Plût à Dieu que vous fussiez froid ou chaud ; mais parce que vous n'êtes ni froid ni chaud, que vous n'êtes que tiède, je vous vomirai de ma bouche.» (i)

3. Troisièmement, une autre conséquence du péché véniel, c'est de disposer l'âme au péché mortel. Absolument comme des malaises et de petites indispositions sont des précurseurs qui épuisent les forces et rendent les hommes plus sujets aux grandes maladies, ainsi les fautes légères préparent la voie à de plus graves. C'est pour ainsi dire la préparation du combustible. Prenons pour exemple le caractère que nous appelons endormi. Les gens qui sont irascibles et portés à la colère, bien qu'ils aient longtemps combattu cette tendance, y cèdentplus tard et laissent ce caractère endormi se réveiller et prendre feu comme une poutre consumée dans une maison où l'incendie éclate enfin. Unjour, survient une occasion où la tentation se présente à ce caractère : c'est l'air pénétrant jasqu'à la poutre embrasée; l'âme tout entière est sur un brasier. La malice, la haine, le ressentiment ou la vengeance éclatent et agissent.

(1) Apoc. III. 15.

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Puis, viennent d'autres fautes telles que les fréquents mensonges, les petits manques de sincérité, les petites brèches faites à la vérité. Le monde est plein et l'atmosphère est chargée de ces manquements. Ce ne sont pas des péchés qui vont à la mort; ils ne sont peut-être que véniels. Il n'y a peut-être encore que de petits mensonges de politesse et d'excuse. Mais vient un jour où cette funeste habitude de ne pas parler conformément à la rigoureuse vérité s'est si solidement établie sur la langue et dans la volonté, que, dans un cas où un homme se couperait la main droite plutôt que de mentir, on prononce hardiment le mensonge et on le soutient avec énergie. Il y a longtemps que le coupable entassait le combustible pour son crime. C'est ainsi encore, — mais je laisse cet exemple pour plus tard, parce que j'aurai à parler plus longuement de ce sujet; — c'est ainsi que les petites négligences et les omissions préparent la voie au péché mortel de paresse.

Il y a plus. Ces péchés véniels ont pour effet de donner une mauvaise inclination à la volonté. Si, en temps d'hiver, la pluie tombe sur le mur non terminé d'une maison, pénétrant jusque dans le centre du mur, et que la gelée vienne, le mur se gonfle et perd sa rectitude. L'hiver a été calme; la neige n'est pas tombée et le vent d'orage n'a pas soufflé. Enfin la tempête vient; et, selon l'expression du Prophète, 'T, le mur s'écroule subitement quand personne ne

veillait à sa sûreté. » (i) La volonté qui était naguère unie à Dieu, dirigée vers Dieu, s'en est peu à peu détournée. Impossible de rien trouver qui ressemble à un équilibre entre Dieu et le péché. Ce n'est' pas chose possible, et quand la volonté perd son union avec Dieu, elle incline aussitôt vers le péché.

Il est une pensée qui est vraiment effrayante et qui doit nous terrifier tous tant que nous sommes, nous qui savons très bien que nous commettons des péchés véniels avec tant de facilité. Sainte Thérèse disait: ^f. Si je devais commettre un péché véniel, il me semble que j'en mourrais; et cela, parce que tout péché que nous commettons est un péché contre Dieu. » Contre Dieu; car en lui nous avons la vie, le mouvement et l'être: c'est lui qui nous conserve, et notre existence est soutenue par la sienne. Les forces mêmes dont nous abusons quand nous transgressons sa loi, c'est lui qui nous les a données, selon la parole du Prophète : ^^ Vous m'avez rendu comme votre esclave par vos péchés: et vos iniquités m'ont causé de la peine. >> (2) Ce qui veut dire que Dieu est physiquement uni à nous; même dans l'acte que nous commettons contre lui. Nous nous servons des forces de la nature contre la volonté de Dieu dans sa grâce. C'est ce qui montre que ces péchés qu'on

(i) Is. xxx. 13.

(2) Is. XLIV. 24.

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appelle véniels sont graves en eux-mêmes, comme vous le verrez plus tard. Ils disposent l'âme à de plus grandes fautes, et en voici les raisons : ils fraient le chemin du péché ; ils émoussent la conscience; ils diminuent la sensibilité, obscurcissent la présence de Dieu, et nous familiarisent avec l'abus de la force que Dieu nous a donnée contre lui-même.

4. On voit dès lors, en quatrième lieu, que ces péchés déplaisent à Dieu; et un péché qui déplaît à Dieu peut-il être léger? Quand nous marchons en plein midi, nous sommes entièrement à la lumière du soleil, — nous en sommes inondés, environnés de toutes parts; — si nous allons au nord d'un mur, nous y trouvons encore cette lumière. Ainsi en est-il de la présence de Dieu. Toutes nos actions, nos paroles et nos pensées sont en la présence de Dieu, à la lumière des rayons de cette divine sainteté, de cette justice, de cette vérité et de cette miséricorde qui inondent l'âme comme la lumière de midi remplit le monde. Tout ce que nous faisons, nous le faisons en la présence de celui dont Saint Jean dit : « Ses yeux sont comme une flamme de feu. » (1) Nous causons donc un déplaisir à Dieu, notre përe et notre créateur. Nous lui causons sciemment un déplaisir par notre désobéissance ingrate et irrespectueuse. C'est comme si l'enfant prodigue, après son

(1) Apoc. I. 14.

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retour à la maison paternelle, et avoir repris sa première robe, l'anneau à sa main et les souliers à ses pieds; après avoir reçu « le baiser de paix, >/ s'était remis, les yeux grands ouverts, à murmurer et à se plaindre de la volonté de son père. Nous causons aussi un déplaisir à notre divin Rédempteur qui est mort pour nous, à notre ami divin, et nous lui causons ce déplaisir par de basses, de lâches, de fourbes et de haineuses transgressions des devoirs de l'amitié. Et enfm, nous contristons et affligeons l'Esprit Saint; oui, nous l'affligeons cet Esprit divin par des choses que nous croyons splendides, nobles, louables et généreuses.

Je vous donnerai quelques exemples. Dans la société on regarde comme ennuyeux et fatigant l'homme qui ne sait pas manier la plaisanterie et la satire à propos de ses voisins, ou amuser la compagnie en jetant le sarcasme sur les faiblesses, les défauts ou les fautes des gens de sa connaissance. On regarde comme un homme simple celui qui, en conversation, sait modérer sa langue. Il refroidit la société. Les plus populaires dans une réunion sont ceux qui ne mettent aucun frein à leur langue, qui disent tout, critiquent tout le monde, ridiculisent chaque chose, détroussent et jugent toute personne, tout événement et tout scandale du jour. Ce sont là les intéressants en société; ceux-là font leur chemin. Je voudrais bien savoir, quand ils rentrent chez eux le soir,

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combien de péchés de langue ont été écrits à leur actif sur le livre des souvenirs de Dieu; et je voudrais savoir combien de péchés, pour avoir prêté l'oreille à la médisance , pour l'avoir encouragée par la curiosité 'et par le rire, sont également écrits à la page des souvenirs, à l'actif de ceux qui les écoutent. Prenez un autre exemple. Ceux qui vont dans le monde revêtus selon la vanité, la folie et l'ostentation de ce qu'on appelle la mode. Je serais curieux de savoir comment on appellera cela au Jugement dernier. La mode est un mot qui se rencontre dans la bouche des hommes et des femmes; — les saints anges ont-ils un terme équivalent et le mot mode se trouvera-t-il écrit dans le livre des souvenirs de Dieu? Comment l'appellera-t-on? Vanité, tentation volontaire des autres, vaine gloire, luxe, étalage de coquetterie, oui, et souvent pour le plus grand danger de ceux qui en sont témoins. A^ous avez remarqué ce velouté qui paraît sur certains fruits. Ce n'est pas du velouté, ce n'est qu'un faux brillant. Ce faux brillant des personnes qui plaisent au monde est considéré comme une perfection. Mais si vous prenez un microscope, et si vous regardez ce faux brillant, vous verrez qu'il est vivant. C'est un triste faux brillant; c'est une maladie, un animal qui ronge le fruit. Et si le microscope est assez puissant et la lumière assez forte, vous verrez ces misérables parasites se mouvoir dans toute leur repoussante

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réalité. Je vous le demande : qu'est-ce que ces péchés d'orgueil, de vanité, de détraction et tant d'autres que je ne spécifie pas, — que sont-ils? Je les appellerai par leur vrai nom ; — ils sont la vermine de l'âme humanie. Ce sont les vers de la mort; — ceux qui se nourrissent du corps ne sont que des figures de ceux qui rongent l'âme humaine. A la lumière de la présence de Dieu, nous les voyons en ce moment, comme le faux brillant du fruit à travers la lentille, et ainsi nous les verrons dans toute leur laideur à la lumière du grand jour du Jugement.

5. Enfin il y a un autre effet du péché véniel dont je veux parler. De même qu'une légère indisposition peut devenir une maladie mortelle, ainsi un péché véniel peut devenir un péché mortel, et cela avec une grande facilité. Non pas qu'un nombre quelconque de péchés véniels, même réunis ensemble, puissent constituer un péché mortel, parce que, comme je vous l'ai montré, le péché mortel consiste, dans sa malice, et le péché véniel n'a pas cette malice délibérée; mais ce péché véniel peut perdre son caractère et sa nature de véniel, et revêtir le caractère, s'élever à la nature du péché mortel. Ceci peut arriver de cinq manières différentes.

D'abord on peut commettre un péché véniel avec l'intention de voiler ou d'accomplir un péché mortel, et alors ce péché est mortel aussi. En second lieu, on peut le commettre avec la conscience qu'il conduira

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certainement à un péché mortel et néanmoins persévérer aie commettre. En troisième lieu, on peut le commettre, sachant la défense de Dieu, les yeux de la conscience clairement ouverts et par mépris de la juste autorité de Dieu. Quatrièmement, ce péché peut devenir public et notoire au point de donner du scandale, d'engager et encourager quelqu'un à commettre une faute grave. Enfm, on peut se trouver dans le danger prochain de tomber dans une faute mortelle, se rendant bien compte de ce danger ; et s'exposer ainsi à un péché mortel en est un mortel en soi. Un exemple vous montrera ce que je veux dire.

Supposez un homme qui dit un mensonge en matière légère, — une petite tromperie. On lui demande : Un tel est-il là? Il répond non, parce qu'il a l'intention de cacher et de commettre un péché mortel. Les deux péchés n'en font qu'un. Si je prends un livre, — quelque livre un peu léger, mais qui n'a rien de positivement mauvais ; — je me mets à lire un dimanche matin, et je suis décidé à le fmir. Je sais que dans une demi-heure, mon devoir est d'aller à la messe. Je suis tenu par la plus rigoureuse obéissance, sous peine de péché mortel, d'obéir au commandement de l'Eglise. Néanmoins je continue à lire, me livrant à mon plaisir, méprisant mon devoir, au point que je tourne le dos au divin Maître. Ou bien supposons que je lis un livre, et à mesure que j'avance dans ma lecture, je m'aperçois que c'est un livre

contraire à la révélation où la sainteté de Dieu. Le monde est plein de livres écrits contre le Christianisme . Il y a les critiques des rationalistes et les sarcasmes de la fausse science. Ne vous méprenez point sur le sens de mes paroles. Toute vraie science vient de Dieu. Nous n'avons rien à craindre de la science dans toute sa perfection. Mais il est une science à laquelle on a tort de donner ce nom, et qui n'est qu'une stupidité. Une science qui est contraire à la révélation de Dieu n'est pas une science. Supposez donc que j'ai en main un livre contenant quelques critiques contre la foi, des interprétations rationalistes, des arguments contre la révélation, ou de fausses applications de la science avec des données erronées tendant à prouver que le monde n'a pas été créé, ou qu'il est éternel et choses semblables. J'arrive peu à peu à ces passages ; si j'agis selon ma foi et ma conscience, je mettrai le livre de côté. Je sais que tout ce qui est contraire à la révélation de Dieu peut porter atteinte à ma foi. Si je continue à lire par curiosité, sans songer à mon devoir, la lumière de Dieu et sa révélation m'apparaissent à chaque page du livre avec tout l'éclat d'un jugement, je tente Dieu. Je suppose de plus que, autour de moi sont des personnes qui me considèrent comme un modèle, tels que des enfants regardent leurs pères et leurs aînés. Ils me voient attentivement penché sur ce livre et je continue en leur présence : n'en feront-ils pas

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autant quand j'aurai quitté l'appartement ? Ne leur ai-je pas donné le mauvais exemple, et n'aurai-je pas à répondre des conséquences, au jour du jugement? Enfin, supposons que je sais très-bien que, deux ou trois pages plus loin, je trouverai dans ce livre des abominations comme on en écrit avec profusion, — non pas, grâce à Dieu, autant dans ce pays que dans un autre tout près de nous, et qu'on introduit ici abondamment. Il est triste de voir sur la table de famille, dans des maisons où le nom de Dieu est honoré, des livres qu'on devrait brûler et même qu'on devrait brûler de façon à montrer qu'ils sont infâmes ; non pas brûler simplement pour les faire disparaître, mais de façon à leur assurer la réprobation, le dégoût et la condamnation de tous les hommes et de toutes les femmes qui ontle cœurpur. Sij'ai eu enmainuntel livre, si je sais qu'en continuant ma lecture je rencontrerai de telles abominations, et si je poursuis néanmoins cette lecture, je m'expose au danger de commettre un péché mortel. Mon âme peut être souillée par les abominations de ce livre ; et de même qu'un homme qui touche un lépreux peut être contaminé et ne jamais guérir, ainsi les écailles de cette lèpre que j'aurai communiquée à mon âme, pourront ne jamais être purifiées.

Ce qui commence par un péché véniel peut facilement finir par un péché mortel. Il y a encore deux exemples que je voudrais bien vous exposer si le

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temps me le permettait. Le premier, c'est celui des théâtres. Je ne conteste pas que les théâtres ne puissent être innocents; qu'il puisse être inoffensif d'aller au théâtre. On m'a souvent demandé, pendant les longues années de mon ministère dans la direction des âmes, s'il était permis d'aller au théâtre? Ma réponse a toujours été : Si la représentation n'est pas mauvaise en elle-même , je ne puis pas vous le défendre. Si vous me demandez ce que je vous conseille, je vous réponds sans hésitation: N'y allez pas. Je ne puis pas vous l'imposer comme un ordre. Je sais que ce serait être sévère : néanmoins c'est le meilleur chemin, c'est ce que vous avez de mieux à faire. Je ne vous dis pas que vous abstenir soit obligatoire. L'Apôtre dit: « Toutes choses me sont permises, mais toutes choses ne me sont pas avantageuses. »(i)Par conséquent, je distingue et je dis: Je ne puis pas vous défendre ce qui est permis ; mais ces choses permises, je vous conseille de tout cœur d'y renoncer. Quant aux théâtres, il y a, il est vrai, des représentations qui sont inoffensives; mais j'en appelle à votre propre conscience; voyez les représentations qui, dans un pays tout voisin, comme je vous Lai dit, nous ont été décrites par des témoins oculaires. Tout homme qui a un cœur pur, tout homme dont le visage est susceptible des plus nobles

(i) Cor. VI. 12.

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et des plus mâles impressions , d'une ombre de vergogne, s'il a conscience de lui-même, ne voudrait mettre le pied dans un théâtre où se donnent de pareilles représentations, — je ne dis pas une femme; je vous laisse juger vous-mêmes. Chez nous, j'en remercie Dieu, il n'arriye pas souvent que nos théâtres affichent ouvertement et publiquement la malpropreté. Cela arrive quelquefois. On introduit parmi nous des scandales de ce genre: on ne donne pas que des drames anglais. Je laisse toute cette question à l'appréciation de votre conscience, et me contente devons dire: Plût à Dieu que ceux qui peuvent s'abstenir de ces divertissements, s'en privent toujours et offrent ce sacrifice à notre divin Rédempteur! Quand on dit: Cela ne me fait aucun mal, je dis en moi-même: Vous ne savez pas le mal que cela vous fait. Vous ne vous rendez pas compte de la brèche faite à la délicatesse de votre âme, à la fraîcheur et à la pureté de votre œil et de votre cœur, parce que vous avez vu et entendu, par ce -qui a impressionné votre conscience sans que l'oreille et les yeux en aient été frappés.

Encore un exemple. S'il y a quelque chose au monde qui affaiblisse le caractère, multiplie les tentations, obscurcisse l'esprit, assombrisse et souille le cœur, ce sont les amitiés dangereuses. Les amis que nous choisissons, — amis qui nous plaisent ou nous flattent, dont le cœur, bien que connu de Dieu,

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n'est pas même soupçonné des hommes mais bien connu de nous, — sont un monde de tentations. Choisissez vos amis parmi les amis de Dieu. Ne vous liez avec aucune personne séparée de lui. Cette personne vous soufflerait à l'oreille, même à votre insu, des paroles qui pervertiraient votre être spirituel tout entier. Toutes les tentations auxquelles vous risquez d'être exposés, — livres, théâtres et autres semblables, — ne sont rien si on les compare aune amitié dangereuse.

Je résumerai simplement ce que j'ai dit. Les conséquences des péchés véniels sont, avant tout, la diminution de la grâce, un obstacle à la réception et à l'opération de la grâce, la prédisposition de l'âme au péché mortel, le déplaisir causé à Dieu le Père, à Dieu le Fils, et à Dieu le Saint-Esprit, et l'incroyable facilité avec laquelle ces fautes vénielles deviennent des péchés mortels.

En commençant, je vous disais que j'espérais, avant de finir, vous convaincre que les péchés véniels ne sont pas de petits péchés. Il n'est pas besoin de beaucoup de paroles. Onne saurait considérer comme un petit péché ce qui est une grande offense à l'égard d'un grand Dieu, d'une grande majesté, d'une grande autorité, d'une grande pureté, d'une grande justice et d'une grande vérité. Ils ne sauraient être petits ces péchés qui ne peuvent être effacés que parle Précieux Sang du Eils de Dieu Incarné. Non, même le moindre péché

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véniel qui fut jamais commis, ne peut être pardonné autrement que par le Sang Précieux qui fut versé sur la Croix. De petits péchés I Que Dieu ait pitié de ceux qui se servent de telles expressions. Encore une fois, le.moindre péché véniel contriste l'Esprit Saint, Pourrait-il être petit ce péché qui contriste l'Esprit de Dieu dont il a été dit: « Tout péché et tout blasphème seront pardonnes aux hommes, excepté le blasphème contre le Saint-Esprit? » Enfin, ces péchés véniels que nous commettons si facilement, retarderont pour nous, après notre mort, et nous ne savons pas combien de temps, la vision de Dieu. Bien qu'ils ne nous privent pas, comme le péché mortel, de cette vision de Dieu pour toute l'éternité, ils nous en priveront, nous ne savons pour combien de temps, jusqu'à ce que toute peine ait été accomplie et tout péché expié.

Mon dernier mot, en résumé, sera très pratique. Les âmes désordonnées, — c'est-à-dire les âmes qui vivent sans règle, les âmes qui n'ont aucun ordre dans leur vie, — sont toujours exposées aux péchés véniels, et, par conséquent, aux péchés mortels. Elles marchent constamment sur le bord du précipice, toujours à côté du piège, toujours prêtes à mettre le pied dedans. Je vais vous donner une règle de pratique très-facile. Tous les jours de votre vie, mettez-vous, comme je vous l'ai dit, en la pleine lumière des perfections de Dieu, et priez le Saint-

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Esprit d'éclairer votre cœur par la connaissance de Dieu et de vous-mêmes, de telle sorte que, à la clarté de ces perfections, vous puissiez voir le moindre écart de vos pensées, de vos paroles, et de vos actions, tout écart qui pourrait être opposé à sa volonté sainte. Il fut un temps où tous tant que vous êtes, vous étiez blancs comme neige, purs dans toute la beauté de votre innocence baptismale ; vous n'aviez pas alors une souillure ! Le Précieux Sang avait lavé en vous le péché originel ; et, jusque-là, vous n'aviez pas encore commis un péché mortel, et peut-être, dans votre enfance, que peu dépêchés véniels. En présence de votre Juge, en présence de votre Rédempteur, qu'êtes-vous maintenant? Quelles taches, quelles souillures sombres comme la nuit et rouges comme l'écarlate ! Comment toute cette beauté et toute cette pureté a-t-elle été ternie par de mauvaises habitudes, non pas de péché mortel, — souvenez-vous que je n'en parle pas en ce moment, — mais d'emportement, de jalousie, d'envie, de paresse, de négligence à l'égard de Dieu, de complaisance pour vous-mêmes î C'est bien assez des exemples que je vous ai donnés — péchés de la langue, péchés de vaine ostentation, péchés de lecture, péchés de plaisirs mondains, péchés d'amitiés dangereuses. Qu'êtes-vous maintenant?^ Où est la blanche robe de votre baptême? Si une vie de pénitence, de renoncement, de sincère repentir ne vous purifie pas de ces souillures dans

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cette vie, il ne reste qu'un seul moyen de les effacer. Ecoutez la parole de Dieu : « Personne ne peut poser d'autre fondement que celai qui a été mis; et ce fondement, c'est Jésus-Christ. Si donc on élève sur ce fondement un édifice d'or, d'argent, ou de pierres précieuses, de bois, de foin, de paille ; l'ouvrage de chacun paraîtra enfm, et le jour du Seigneur le fera voir, parce qu'il sera découvert par le feu, et que ce feu mettra à l'épreuve l'ouvrage de chacun. Si Touvrage que quelqu'un aura bâti sur ce fondement demeure, il en recevra la récompense. Si l'ouvrage de quelqu'un est consumé par le feu, il en souffrira la perte ; » — Ces paroles ne s'adressent donc pas à ceux qui pèchent mortellement ; elles ne s'adressent absolument qu'à ceux qui n'ont que des péchés véniels à se reprocher; — « il ne laissera pas néanmoins d'être sauvé, mais comme en passant par le feu. » (I)

(i) I Cor. III. II. 13.

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