Agar dans le désert
Il y avait lieu à stupéfaction de voir ce jeune homme de vingt-quatre ans attaquant des sujets traités par les maîtres classiques et jetant, à côté, des œuvres saisissantes par rémotion dramatique et l’imprévu de la conception. « La foule amoncelée dans les galeries du Louvre s’arrêtait surprise et émue devant cette audacieuse tentative et répétait avec intérêt un nom nouveau, dit un biographe. Adrien Guignet, riche d’un fonds de poésie très puissante et très individuelle, mais sans aucun appui dans le monde des arts, venait d’exposer son beau tableau des Prisonniers précipités du haut d' un rocher . On n’est pas habitué à voir ainsi un inconnu acquérir du premier coup le rang des illustres. Où pouvait être né ce talent fougueux et primesautier ? Quel maître avait poussé ce germe fécond ? Telles étaient les questions qu’on s’adressait en voyant ces compositions d’un caractère si neuf et si personnel L » On l’a vu plus haut, le maître était l’élève, Guignet était père en même temps que fils de ses œuvres.
« Par l’originalité de la conception, la chaude énergie de la couleur, la précocité de la touche et l’accent particulier du talent, il semblait avoir fondu dans sa manière Rembrandt, Salvator Rosa et Decamps, mais en y ajoutant sa propre personnalité. Le jeune peintre avait donné pour ainsi dire les thèmes de son talent » Cette exposition fut un triomphe pour les deux frères. Guignet Jean-Baptiste avait envoyé au salon un de ses meilleurs portraits que Jules Janin jugeait élogieusement dans son compte rendu.
tt Artistes et gens du monde s’accordent à beaucoup louer le portrait de M. Darcel par Guignet aîné ; c’est là en effet une toile de la plus grande beauté. Tout cela vit et respire d’une étrange façon ; l’attitude est grande, les mains sont