Théophile Gauthier, Magasin pittoresque, 1869, p
belles, le visage est animé, la tête est d’une ressemblance parfaite. Voilà un des beaux portraits du salon. » ^
N’ayant point vu ces premières expositions des deux frères ou ne les connaissant que par des lithographies qui ne permettent pas d’apprécier la couleur, nous nous bornerons le plus souvent à reproduire les jugements des critiques les plus accrédités des salons. Nous y joindrons autant que possible une description sommaire de la disposition des toiles que la gravure a vulgarisées depuis et qui manque le plus souvent dans les comptes rendus, les tableaux étant alors sous les yeux du public.
Les Prisonniers précipités, d’Adrien, inscrits au livret sous la désignation de composition esquisse, représentaient un épisode de la guerre des Juifs et des Romains, emprunté à l’historien PI. Joseph avec cette épigraphe : <^ Et après la vietoire il fit précipiter ses prisonniers du haut d'un rocher. »
Cette scène épouvantable se reproduisit plusieurs fois dans cette affreuse guerre et Fl. Joseph raconte qu’à la prise de Gamala cinq mille de ces malheüreux poursuivis par les soldats de Vespasien se précipitèrent de la citadelle au fond de la vallée; les légionnaires prenaient un enfant de chaque main et les lançaient dans le gouffre Il est à croire que ce tableau était conforme à une esquisse au crayon, signée d’Adrien Guignet et conservée par son ami Mouilleron. Sur une longue falaise horizontale se détachent au fond de la scène quelques tentes, des cavaliers, des troupes de soldats. Les vainqueurs entraînent leurs victimes, les mains liées derrière le dos, au bord du précipice où ils vont trouver la mort. Sur une corniche latérale des groupes de spectateurs accroupis ou debout attendent la chute des corps dans le vide. Courbés en avant, la tête penchée avec précaution sur l’abîme, d’autres sondent d’un œil inquiet la profondeur du gouffre où le