‹ Le peintre Adreien GuignetChapitre 13 sur 69 · Fl. Joseph, Guerre des Juifs, 1. 111, c. vu · texte numérisé non relu

Fl. Joseph, Guerre des Juifs, 1. 111, c. vu

drame lugubre s’accomplit sous leurs yeux. Les cris des mourants broyés montent à leur oreille du fond de la vallée sanglante que l’artiste a soustraite à la vue, en laissant à l’émotion du spectateur la tâche de deviner ce qu’il ne voit pas. La partie de gauche du tableau est en silhouette très colorée.

Les autres détails sur ce salon, qui date de près de quarante ans, nous font entièrement défaut, et les toiles de Guignet ne nous sont guère connues que par leurs titres ou par des appréciations d’ensemble qui n’en caractérisent aucune. On doit regretter cette lacune au sujet des Voyageurs égarés surpris par un ours, thème original qui était bien dans l’esprit du peintre.

Le Moïse exposé sur le Nil, admis au même salon, est le sujet qu’il a le plus affectionné et donné plusieurs fois en changeant entièrement la disposition. On peut en dire autant de celui cVAgar dans le désert, autre thème favori avec lequel il a commencé et fini sa carrière. Le Moïse exposé sicr le Nil S lithographié par Mouilleron, est une de ses plus ravissantes compositions. Le splendide paysage dont la scène est le prétexte saisit par une beauté et une grandeur émouvantes. De majestueux palmiers se détachent sur le ciel au milieu des végétations entremêlées qui s’étalent en masses touffues sur le promontoire dont le Nil baigne les bords. Leur image assombrie par le déclin du jour se rafraîchit au sein des eaux ; un bois qu’agite la brise du soir dans le lointain ferme l’horizon. Au coin d’une crique se balance le berceau qui porte Moïse endormi et qu’un trait lumineux, tombé d’en haut, semble recommander au flot, comme le signe du prédestiné. Sa mère est agenouillée et prie; derrière elle, au pied du promontoire, sous l’ombre des palmiers, le père en costume orientai est debout dans les hautes herbes, donnant un

1. Lithographié par A. Mouilleron, imprimerie Bertauts. M. Mouilleron possède l’original. Ce n’est pas celui qui fut exposé en 1840.

dernier regard à l’enfant qui doit mourir. Pas d’autres personnages dans ce paysage mystérieux. Le drame n’est qu’indiqué, l’impression des lieux le complète, la solennité de la nature laisse pressentir l’œuvre de Dieu.

Prisse d’Avesne, l’explorateur de l’Egypte, ayant interrompu son voyage vint passer quelque temps à Paris, vers 1844. Il aperçut chez un marchand le tableau d’Adrien et s’arrêta stupéfait devant cette toile qui exprimait d’une façon si saisissante l’aspect complet du pays qu’il venait de parcourir. Un autre voyageur, convaincu comme lui d’avoir vu ce paysage en Egypte, l’accompagnait. Les deux interlocuteurs différaient seulement sur le détail, l’un soutenait qu’il n’y avait que deux palmiers un peu plus à gauche, l’autre en maintenait trois et plus à droite. Prisse voulut aller voir Guignet et fut bien surpris d’apprendre que l’auteur n’avait jamais quitté Paris, et que le tableau était une œuvre d’imagination; il le complimenta chaudement, lui offrit une grande quantité de moulages rapportés de son voyage et insista pour l’attacher à sa mission. La proposition était tentante pour un artiste, l'avenir certain. Guignet en parla à un ami peintre comme lui. « Le voyage me sourit, dit-il, mais j’ai peur de ma santé, je serais seul; si vous voulez partir avec moi, j’ai droit à un adjoint, l’affaire est faite ! )> Son ami, très jeune alors, hésita. Ses études, ses goûts l’appelaient ailleurs; son refus entraîna celui d’Adrien. En réfléchissant dans le calme il se dit aussi que sa réputation artistique se fondait sérieusement, qu’en s’éloignant dans ce moment décisif il ne retrouverait peut-être plus au retour la faveur d’un public prompt à oublier, et que la sagesse lui donnait le même conseil que l’amitié.

Ce fut après l’exposition de 1840 que Guignet renoua des relations avec Autun; il était parti enfant, il reparaissait

1. Hippolyte Michaud à l’obligeance de qui nous devons cette note.

artiste, distingué dès son début. Il fit ce voyage avec son frère Jean-Baptiste et sa mère.

Parmi les familles dont elle avait gardé le souvenir, il en était une qui lui avait autrefois rendu service au moment ‘où, restée seule à Autun avec Adrien et sa sœur, elle eut à faire face à une situation difficile; elle y présenta ses deux fils. Les anciens rapports se renouèrent, et Adrien en particulier fut toujours considéré comme un membre de cette famille avec laquelle il vécut jusqu’à sa mort dans une complète intimité qui nous a permis de recueillir à cette source de nombreux documents.

A l’exposition de 1841, Guignet envoya son tableau de Cambyse et Psamménite, emprunté aussi à l’histoire égyptienne, sous ce sommaire : « Dans les premiers mois du » règne de Psamménite, Cambyse, roi de Perse, entra en » Egypte et s’empara de Memphis, capitale du royaume. » Psamménite chargé de fers fut traîné sur un tertre hors w de la ville. Là, il fut attaché à un poteau, puis le vainqueur » fit passer devant lui sa fille portant une cruche d’eau en » signe d’esclavage et suivie des filles et des fils des grands du » pays. Cambyse voulut être témoin de l’impression que cette » scène devait produire sur l’esprit du roi vaincu. Dans ce ï) dessein, accompagné des principaux seigneurs persans, il se » rendit sur le lieu même où elle se passait, mais Psammé- » nite impassible et les yeux à terre sut contenir sa douleur, » et ne donna aucun signe extérieur d’émotion. »

Au fond du paysage se dressent la grande pyramide et quelques obélisques à demi-effacés dans lè lointain, un colosse de granit domine la scène, à ses pieds sont groupés la foule des seigneurs persans, Cambyse dans la magnificence orientale, le roi vaincu attaché à son poteau. Au bas du tertre allongé en estrade défile de gauche à droite le cortège gémissant des jeunes captives, précédé par la princesse égyptienne et conduit par deux sauvages cavaliers. A la droite sont entassées les dépouilles de l’Egypte sous la garde d’un offi-

cier ; deux éléphants monstrueux attendent le départ. Quelques soudards étendus nonchalamment semblent ennuyés du spectacle, un groupe de soldats armés de lances occupe au loin un monticule. La foule des prisonniers s’efface comme un troupeau du côté opposé.

Ce tableau dénotait déjà chez l’artiste une science, une intelligence de l’histoire surprenantes chez un débutant qui avait du suppléer au défaut d’enseignement classique par ses propres ressources et un travail personnel acharné. La tendance de l’auteur vers l’archéologie s’y révélait dans l’étude des monuments et des costumes, des types de races apparaissant avec une originalité qui faisait bon marché des conventions des anciennes écoles. Un dessin aux crayons de couleur de deux personnages de cette scène est entre nos mains, bien supérieur à sa reproduction peinte dans le tableau. L’un, le plus grand, est le barbare debout, fièrement campé à l’extrémité de l’estrade où il regarde en face le roi vaincu attaché à son poteau. L’expression de nomade est d’une énergie calme, mais d’une sauvagerie indicible ; son costume, inventé avec une imagination qui déconcerte, complète si noblement ce bandit étrange, qu’il ferait à lui seul le succès d’un tableau. Son grand coutelas passé à la hauteur du sein dans une écharpe bigarrée, son collier de grenat, son carquois d’où pendent des lanières de peau velue, son vêtement moucheté, l’étoffe nouée sur sa tête, son manteau traînant rejeté en arrière, lui donnent une tournure et un accent qu’ont seuls les bandits de Guignet. ^

Le second est un jeune esclave. Placé dans le tableau à droite du personnage à longue robe qui étend au dessus de la tête de Cambyse le parasol oriental, et serré dans une courte tunique, il porte à la main un grand arc et un carquois, peut-être ceux du roi L Ses cheveux noués en une natte unique

1. Collection Bulliot. Donné par Guignet à Riffaut qui a gravé le tableau pour l’Artiste. — H. 0“35. L. 0“28. Il est signé A. Guignet.

au sommet du crâne, le lourd anneau qui pend à son oreille, sa face surbaissée, dénotent un rejeton de quelque tribu primitive de l’extrême Orient.

Ce tableau était une restitution historique des plus saillantes et l’inauguration d’un genre entièrement neuf.

cc On a fort admiré en ces derniers temps, écrivait Th. Gauthier en 1869, les Egyptiens de la dix-huitième dynastie du peintre belge Alma-Tadema, non sans raison, mais avec un oubli absolu de ce pauvre Guignet. Son tableau, représentant Cambyse vainqueur de Psamménite, est une œuvre des plus remarquables, où la recherche archéologique ne nuit en rien au mouvement, à l’effet et à l’originalité. »

Les deux frères reparurent ensemble au salon de 1842. Les portraits de l’aîné prenaient décidément faveur. « M. Guignet, disait Th. Gauthier, est un des remarquables portraitistes du salon de 1842. Son œuvre se compose de sept à huit figures, dont deux ou trois sont dignes d’attention. Le portrait du sculpteur Pradier est un bon portrait quoique d’un effet un peu théâtral. Mais M. Guignet et M. Pradier sentaient trop bien la misère de notre costume pour se résigner à le prendre, un peu de fracas dans les draperies ne nuit jamais à l’expression d’une figure calme, rêveuse ou pensive ; cependant il ne faut pas perdre de vue la simplicité, même dans les accessoires. Le portrait en question est bien posé et bien dessiné, le mouvement de la tête est heureux, le fond est très bien entendu, il est regrettable que les ombres soient trop noires et la couleur trop grise : M. Guignet aime décidément le grisâtre et il en abuse. M. Pradier est là très ressemblant, même dans l’extravagance de son costume. » Cette dernière remarque était à la rigueur acceptable pour l’amour-propre de Pradier, car il tenait à se singulariser dans son vêtement, mais l’appréciation du journal V Artiste renchérissait sur la première. « Les portraits de M. Guignet sont remarquables, suffisamment dessinés, disait un critique, on y désirerait cependant plus de vérité locale dans certaines parties. Nous avons eu occasion

de signaler l’an dernier le mérite de ses ouvrages ; ce mérite cette année a sensiblement augmenté. Son portrait de Clotilde B. L. est particulièrement remarquable, celui de M. M. est moins bien, la tête est peinte avec quelque dureté ; M. W. est d’une ressemblance prodigieuse, de même que M. Pradier, membre de l’Institut. Peut-être pourrait -on reprocher à M. Guignet de n’avoir pas mis assez de gravité dans la pose et l’expression de l’habile sculpteur génevois auquel il a donné l’air ç{\xq\(\\iq jpeu pasquin, mais on sait que ce statuaire a un faible pour les costumes excentriques, les expressions hasardées et les poses extraordinaires, et probablement M.' Guignet aura voulu faire de la réalité même aux dépens de la gravité de son œuvre ; cependant il aurait dû se rappeler que toute vérité n’est pas bonne à dire, et encore moins à peindre b » Il n’en fallait pas tant pour agacer Pradier, J. -B. Guignet, dans l'intérêt de sa popularité et comme moyen d’asseoir son avenir, recherchait volontiers l’occasion de faire même sans rétribution les portraits des hommes en renom et, à ce titre, avait obtenu comme une faveur ou par confraternité artistique le privilège de faire poser Pradier.

Ce dernier, froissé des critiques qui touchaient à sa personne, d’autant mieux qu’elles étaient vraies, rencontra J. -B. Guignet sous les galeries de l’Exposition avant d’avoir vu son portrait achevé et en place. Dans son amour-propre blessé, il l’interpella au sujet de son œuvre et prononça quelques mots amers. « L’avez-vous vu, lui demanda Guignet piqué au vif? »

« Non, mais je suis renseigné. » « Vous avez raison, répliqua le peintre, une pareille croûte est indigne de vous et elle n’entrera jamais dans votre atelier. » Ce portrait, malgré les observations signalées, fut en effet un des plus remarqués de J. -B. Guignet et un de ses succès ; Pradier désabusé tenta de réparer sa faute, mais le peintre fut inexorable; la toile est aujourd’hui à l’Ecole des Beaux-Arts dans la salle des séances.

î. V Artiste, lü® série, t. I. p. 230.

Adrien avait exposé en même temps deux tableaux :

Combat de barbares dans un défilé.

Saint Jean-Baptiste prêchant dans le désert.

Le premier laisse pressentir en réduction celui de la Retraite des dix mille et la Mêlée ^ qui parurent les deux années suivantes. Le paysage est formé de deux massifs sombres de rochers séparés par une coupure et éclairés faiblement sur quelques facettes par une lumière jaunâtre et blafarde. Des nuées pesantes dans lesquelles planent quelques oiseaux de proie circulent sur la scène de carnage. Le bleu du ciel se montre à peine à travers des déchirures. Une forêt de piques miroite dans le défilé ; sur la droite deux groupes opposés de cavaliers s’élancent avec furie dans un tourbillon de poussière ; les lances se croisent, les drapeaux et les vêtements volent au vent. Sur la gauche noyée dans l’ombre où scintillent quelques reflets d’armes, la lutte est engagée corps à corps. Un cavalier, élevant d’une main son bouclier, lance un javelot de l’autre sur un guerrier qui s’efface derrière le col de son cheval, deux hommes désarçonnés continuent la lutte à terre ; les lances s’abaissent et s’élèvent, armes et cadavres jonchent déjà le sol. L’intérêt de ce tableau auquel on peut reprocher quelques naïvetés dans les poses, consiste surtout dans la charge furibonde des cavaliers, rendue avec une vérité et une vigueur dignes des meilleurs peintres de bataille; la couleur en est bonne, sévère et chaude, quoique inférieure à celle qu’il donnera à la Mêlée dans les mêmes tons ; c’est, nous le répétons, un acheminement.

Le saint Jean-Baptiste a été fait plusieurs fois et, comme le Moïse, avec des variantes. Au bord du Jourdain arrivent auprès du Précurseur un groupe de cinq à six personnages demandant le baptême ; le paysage rocheux a la disposition d’un amphithéâtre L Guignet a traité une seconde fois ce sujet

\. Ce tableau a péri dans l’incendie du Grand-Condé sous la Commune. A. G. 3

à Autun. Sur un fond de montagnes et de nuages rougis par le soleil d’Orient, se détache une falaise rocheuse au bord du Jourdain, dans lequel un enfant puise beau baptismale ; une touffe de palmiers, d’où pendent quelques lianes, s’élance des fentes du rocher. A leur pied sont groupés dans l’attitude recueillie et silencieuse des Orientaux, les disciples du Précurseur. Quelques-uns, assis sous les arbres et drapés dans leurs burnous, écoutent religieusement la parole sacrée, d’autres sont restés sur le dos de leurs chameaux, debout ou accroupis et dont la longue encolure se détache en noir sur le rocher. Auprès du palmier un jeune pasteur appuyé sur sa lance se profile au dessus des derniers escarpements. A gauche, dans le désert, vivifié par un arbre unique, saint Jean, à demi couvert d’un lambeau d’étoffe noué à la ceinture, annonce, les bras levés, la venue prochaine du Sauveur. Les terrains escarpés et dans l’ombre forment avec le cours du fleuve la base et le repoussoir du tableau. Cette composition, une des premières de l’artiste, et d’un sentiment poétique remarquable, montrait déjà ce qu’on devait espérer de lui, bien que le coloris ne soit pas à la hauteur qu’il a atteinte depuis. Des frottis multipliés y accusent les procédés alors en usage à l’aide desquels la nouvelle école demandait au hasard plutôt qu’au calcul des effets imprévus.

Ces tâtonnements et peut-être la pose trop dramatique de saint Jean ne sauraient infirmer le mérite de cette œuvre originale et [vraie dans le sentiment qui l’a inspirée et dans les détails qui concourent à l’effet. ^

Guignet avait utilisé l’automne de 1842 à diverses études dans l’Autunois, crayonné les roches de son cher Brisecou, récolté des souvenirs et des impressions pour ses prochains tableaux. L’antiquité biblique et égyptienne qu’il comprenait et interprétait à sa manière en leur rendant leur simplicité et

1. Signé ; Adrien Guignet. H. 0“*32. L. 0“4l. Appartient à Chatillon, Autun.

leur couleur locale, avaient toujours eu pour lui une secrète attraction. Les sujets orientaux, à ce moment surtout, paraissent l'avoir préoccupé. Decamps avait exposé plusieurs compositions magistrales empruntées à cette région du soleil, nos guerres d'Afrique elles-mêmes avaient attiré l’intérêt sur les contrées du bord méridional de la Méditerranée, sur leurs mœurs, leurs costumes, sur une nature étincelante de lumière, offrant au pinceau les ruines, les sables arides, une végétation presque inconnue. Tous les arts demandaient à l’Orient des inspirations nouvelles. Après les vers de Victor Hugo, la Symphonie du désert avait transporté dans la musique les poésies de la vie orientale. Guignet à ce moment laissa à Autun une de ses plus charmantes compositions qu’il exécuta, croit-on, deux fois. C’est un lever du jour inondé de ces reflets rougeâtres que les anciens appelaient l’aurore aux doigts de rose. Au premier plan dort une eau tranquille, assombrie encore par les dernières ombres, un arabe au vêtement diversement coloré passe sur un chameau qu’il conduit à l’abreuvoir devant une arcade en ruines où des ibis ont élu leur perchoir. Des chapiteaux, des tronçons de colonnes ont roulé à l’entour ; une svelte tige d’aloès s’est redressée sous la fraîcheur de la nuit et, au fond de l’horizon, dans une brume embrasée, pointent les sommets de deux pyramides qui servent d’enseigne à la terre des Pharaons. Sans avoir jamais vu ces contrées, il les avait devinées par intuition à ce point que les Egyptiens euxmêmes s’y méprenaient, pensant voir dans ses tableaux des études locales de leur pays. Gérôme devant un de ses fusains que possède A. Mouilleron, composé uniquement de bancs de rochers nus, largement découpés sur un ciel harmonieux en longues lignes assouplies, s’écriait : « Ce diable de Guignet a rapporté tout l’Orient sans y être allé. » Les rochers forment deux étages superposés au pied desquels coule une eau calme. Deux petits personnages trop complètement perdus peut-être dans ce grand paysage, l’un debout, l’autre penché sur l’eau, représentent le fils de Tobie pêchant dans le Tigre, avec l’aide

de l’ange, le poisson miraculeux dont le fiel devait rendre la vue à son père.

A l’exposition de 1843, Guignet produisit Tépisode de la Retraite des dix mille sous cette rubrique :

a Les Carduques avaient les mêmes mœurs et la même » manière de combattre que les Parthes dont ils furent les » ancêtres, au rapport de Strabon. On contait aux Grecs que » sous le règne précédent, une armée de cent vingt mille » Perses avait péri dans ces montagnes. Ce fut un motif pour » eux non de reculer mais d’employer toutes les ressources de » leur tactique supérieure et de leur intrépidité. Enfin après » des travaux incroyables, ils arrivèrent dans les plaines de » l’Arménie en traversant le fleuve Certritès. (Xénophon.) »

La disposition du paysage et de la scène rappelle le Combat de Barbares de l’année précédente, mais avec plus d’air et de lumière, un horizon plus étendu, des développements plus considérables. Au loin, dans l’embrasure des rochers, est engagée l’infanterie des Grecs dont les longues piques se dressent en forêt, les cavaliers la protègent et font face à l’ennemi qui se rue, décochant ses flèches à bout portant. Sur les rochers de gauche, les barbares s’entassent armés de leurs arcs, ils criblent de traits et de pierres l’héroïque phalange qui passe sous leurs coups et poursuit sa marche, inébranlable au milieu de cette masse d’assaillants. L’empressement, l’acharnement donnent à tout ce champ de bataille une animation palpitante, un souffle de fureur emporte les escadrons comme le vent la poussière. Chaque groupe est mêlé à laction, aucun ne fait remplissage, le geste, le mouvement, la passion de chacun, concourent au drame en lui imprimant une remarquable unité.

La part de J. -B. Guignet n’avait pas été moins belle, car il avait exposé un de ses beaux portraits, celui du professeur Théodose Burette auquel on reprocha avec raison trop de

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