‹ Le peintre Adreien GuignetChapitre 15 sur 69 · Id. 1843, p · texte numérisé non relu

Id. 1843, p

pouvoir, malgré son caractère d’intimité, donner une de ces lettres adressée à une amie de sa mère, où il se révèle avec sa naïveté enfantine.

« Ma bonne petite dame R...

» C’est avec crainte quefje viens me présenter à vous sous la forme de cette lettre, c’est le dos courbé, la honte et le remords dans l’âme, que je viens affronter votre courroux pour tâcher d’obtenir mon pardon. Mais l’obtiendrai-je? Hélas ! si l’avocat sur lequel je compte ne s’est pas chargé de me justifier, il est des fautes si difficiles à excuser, qu’en dépit de votre bonté je crains bien de vous trouver inflexible. Ce qui me confirme dans cette crainte, c’est que je vous vois me faire sans pitié votre œil... et quel œil, grand Dieu ! l’œil de Jupiter lançant la foudre. Pouvant, malgré mon crime et votre juste courroux, j’espère encore, car je vous sais si bonne, et je me berce de la douce espérance que votre bon cœur l’emportera. Oui, je vois d’ici votre œil se radoucir, je saisis cet instant favorable pour me précipiter à vos pieds et vous exprimer dans les termes les plus humbles mon sincère repentir. Et vous êtes si émue de voir un si beau jeune homme se rouler dans la poussière, que ne pouvant résister à un si touchant tableau vous posez maternellement vos mains sur ma blonde tête pour me bénir et me dire enfin : « Mon fils, je te pardonne », car vous n’avez pas un cœur de rocher de Brisecou. ^

» J’aurais eu pourtant de bonnes raisons à vous donner pour me justifier, mais comme vous êtes incrédule et que d’ailleurs vous m’avez pardonné sans attendre ce que j’avais à vous dire pour ma justification, il est inutile d’entrer dans des détails. Je vous dirai seulement que j’ai été très mécontent de

Page 1