‹ Le peintre Adreien GuignetChapitre 18 sur 69 · Hippolyte Michaud · texte numérisé non relu

Hippolyte Michaud

2. Bodmer s’exprime ainsi sur le même sujet : « On lui reprochait quelquefois d’imiter Salvator Rosa et Decamps dans ses compositions; il avouait bien sa prédilection, mais se défendait de vouloir les copier. Il est cependant de fait qu’à celte époque il lui restait encore des réminiscences qu’il aurait perdues, et alors il serait devenu entièrement soi et original si les circonstances lui avaient permis d’exécuter son projet : voir souvent et étudier sérieusement d’après nature. »

Théophile Gauthier a dit à son tour : « Dans la postérité, Adrien Guignet tiendra sa place entre Salvator Rosa et Decamps. »

l’antique, Michel-Ange et toute la Renaissance. Sa chambre, qui était son atelier, était remplie de ces moulages et de ces réductions.

Dans toutes ses œuvres on remarque, en dehors du sentiment qui est toujours fin, « une grande recherche des attitudes, de la ligne, pour le ton, une intensité toujours puissante et une très grande harmonie. » ^

Decamps de son côté était frappé très sérieusement des qualités de Guignet à qui il reprochait cependant de manquer un peu de transparence dans son coloris, mais il lui rendait pleine justice et le regardait comme un des talents classés à part dans l’école française. Après la mort d’Adrien, un ami de ce dernier ^ étant allé, lui deuxième, visiter Decamps à Fontainebleau, aperçut au moment de sortir une ébauche de clair de lune appendue au dessus d’une porte. Désirant connaître l’opinion du maître, il s’écria : « On dirait un Guignet. » Vous voyez des Guignet partout, lui dit son compagnon. A ce nom Decamps reprit avec vivacité : « Ah ! vous connaissiez Adrien Guignet? Voilà un garçon qui avait du talent! Quel malheur qu’il soit mort si tôt! » Et posant alors la palette qu’il avait tenue jusqu’alors, il retint ses visiteurs pour voir son salon, en continuant de parler de Guignet. Lorsqu’après la mort de Decamps lui-même son atelier fut vendu, il s’y trouva une toile et un panneau d’Adrien achetés par lui.

L’exposition de 1844 marque l’apogée de la gloire jumelle et du talent des deux frères Guignet qui marchaient, chacun dans leur voie, d’un pas presque égal. U Illustration, en parlant des portraits exposés par l’aîné, en faisait l’éloge le plus complet : « Cette fois, disait ce journal, la critique ne pourra sans injustice lui être hostile et méconnaître les brillantes qualités qui le distinguent. Le style sévère dont cet artiste ne s’écarte jamais le maintiendra dans une bonne

Page 1