Arsène Houssaye, l'Artiste
Ils sont vêtus de harnais romanesques et singuliers, comme les aimait le peintre napolitain ; les uns dorment à plat ventre, les autres rêvent appuyés aux parois du roc ou regardent l’artiste qui dessine avec le même sang-froid que dans l’atelier. Au fond, sur la crête de la montagne, on aperçoit un bandit en embuscade qui se détache d’un ciel gros de pluie et de tonnerre.
« Dans ce genre âpre et sauvage où l’on recherche les sites désolés, les terrains arides, les arbres rompus par la foudre, les torrents en furie, le^ rochers aux formes bizarres, et qu’ont illustré Salvator, Everdingen et quelques autres, A. Guignet n’a pas de rival, Decamps excepté » Quant à la Mêlée, aujourd’hui au musée d’Autun, elle est non moins sauvage, mais à un autre point de vue. C’est la sauvagerie de l’homme qui dépasse celle de la nature. Dans cette affreuse collision, dans cette tempête de sang et de carnage, où la fureur humaine distance celle des éléments déchaînés sur l’immense champ clos, entouré de montagnes à la cime desquelles se silhouettent en cônes tronqués les camps de barbares, pèse une atmosphère de mort. Les oiseaux de proie voltigent dans des nuées poudreuses ; le soleil est couché, déjà le travail s’arrête sur la terre, mais la main qui tue ne s’arrête pas, elle se hâte pour devancer les ténèbres. Ces têtes sanglantes piquées au bout des lances, qui feront couler plus de larmes qu’il n’en dégoutte de sang, ces furieux qui s’égorgent, qui se transpercent, ces chevaux devenus féroces comme leurs maîtres, qui se déchirent à coup de dents, ces cavaliers renversés, ces armes brisées, qui jettent des reflets lugubres, donnent l’idée d’un chaos, dans lequel s’abîme avec les vies tout sentiment humain, et sur lequel règne en maître le génie de la destruc- * tion.
cc La Mêlée, dit Théophile Gauthier, rappelle la Bataille des Cimbres non qu’il y ait un seul groupe imité, ni un rapport