Arsène Houssaye, l'Artiste
Guignet lui-même signalait, il n’en restera pas moins classé comme une remarquable innovation, une création mûrie, étudiée à fond, qui n’eùt pas diminué sa réputation, s’il eût persisté dans ce genre de composition K Prisse, frappé par cette composition, se fit fort auprès d’Adrien de la lui faire acheter par le duc de Luynes, s’il consentait à y faire quelques changements qui, selon lui, blessaient la vérité archéologique, mais le peintre répondit qu’il préférerait en faire un autre, et l’affaire en resta là. Ce tableau fut du reste jugé très diversement suivant les écoles et, pour les coloristes qui le rapprochaient du Salvator, c’était une chute « Le Joseph expliquant les songes de Pharaon^ dit Théophile Gauthier, est une des plus étranges choses du salon. M. A. Guignet a voulu faire de l’égyptien, il a parfaitement réussi, car ses figures sont détachées des panneaux enluminés de quelque temple de Karnac. Trop occupé du côté érudit de son sujet, il en a négligé le côté pittoresque, il n’a pas fait luire le soleil de la vie sur cette docte résurrection ; semblables aux figures hiéroglyphiques des stèles et des syringes, ses personnages n’offrent qu’un contour noir rempli d’une teinte plate, pour se tromper ainsi il faut beaucoup de science et de talent. » Les appréciations absolues loin d’aider à l’éducation artistique déroutent ceux à qui les circonstances refusent la possibilité de se faire, par des comparaisons journalières, une base suffisamment motivée de conviction. Pour certains coloristes, Raphaël et Ingres sont médiocres, nous Tavons entendu ; pour leurs adversaires Rubens, Delacroix et consorts, ne sont que des monstres. L’antagonisme des écoles proscrit ainsi les admirations légitimes dans chacune d’elles en refusant systématiquement la part de justice due à des œuvres qui, à certains points de vue, révéleront toujours l’infirmité relative de l’artiste, si haut soit-il, en même temps que celle des critiques.