Original communiqué par M“>® Maglin
Les deux amis ne pouvaient croire à un pareil coup du ciel, la nuit se passa sommeil. On peut supposer que l’artiste fut fidèle au rendez-vous.
Le duc en quittant Jeanron au Louvre avait écrit la lettre. Il se rappelait avoir remarqué autrefois le tableau de Joseph expliquant les songes de Pharaon^ et quelques esquisses qu’il avait appréciées, sans connaître Adrien personnellement, mais ces souvenirs s’étaient confondus dans son esprit avec ceux de J. -B. Guignet. Il accueillit le jeune peintre avec bonté, et, à la suite d’un entretien plein d’affabilité, arrêta avec lui les conditions de l’exécution de trois tableaux pour le château de Dampierre, à raison de 5,000 francs l’un, se réservant d’élever le prix convenu, s’il était satisfait du travail, qui devait être livré à une époque déterminée.
Le lendemain de cette entrevue un inconnu se présentait de bonne heure, demandant à parler à Jeanron. On le fait monter, il lui prend la main, l’embrasse en lui disant : « Je suis Adrien Guignet, j’étais perdu, je suis sauvé. Le duc de Luynes m’a tout raconté. » Guignet, depuis lors, resta l’ami dévoué de celui qui lui avait rendu à son insu un pareil service, et souvent il passait chez lui de longues soirées avec Mouilleron, Français, Renault, Séchan, Gérôme, Arnoux. ^
Il avait été arrêté entre Guignet et le duc de Luynes que les dimensions des tableaux seraient fournies par l’architecte de Dampierre. Le duc dans son empressement à voir commencer le travail, écrivait à Adrien le quatrième jour après la commande :
a Selon ma promesse j’ai l’honneur de vous adresser les mesures ci- jointes. Ce sont d’abord deux tableaux de grande dimension, et ensuite il y en aurait un troisième de moindre grandeur, mais comme il se trouverait défavorablement placé et dans une proportion désagréable, il faudrait que vous
i. Lettre autographe de Jeanron, 1®' novembre t871.
eussiez la bonté de voir le lieu avec mon architecte M. Debacq, qui prendrait jour avec vous pour cette excursion, etc.
» D’Albert de Luynes. »
Février 21/1849.
Suit le croquis de l’architecte. *
Dans toutes ses relations le duc était d'une urbanité extrême et, pour éviter un dérangement ou une démarche à Adrien, le prévenait toujours par lettre. Ainsi le l®*" mars 1849 il lui écrit :
« Veuillez me permettre de vous demander si je puis espérer vous trouver à votre atelier, dimanche prochain, 4 mars, de midi à cinq heures, c’est le seul jour que j’aie disponible et je serais très reconnaissant si vous me permettez d’en profiter. »
Il vit, dans cette visite, le Moïse exposé y que possède aujourd’hui A. Mouilleron et qui était déjà promis à celui-ci. Ignorant cet engagement d’autant que la peinture lui paraissait traitée en ébauche : « Je le retiens, dit-il, vous me l’achèverez. »
Mouilleron informé voulut rendre à son ami sa parole, mais il refusa, annonçant qu’il en ferait un autre pour le remplacer, dans les conditions demandées.
La lettre de Jeanron citée précédemment a donné le récit de cet événement décisif dans la carrière de Guignet ; nous y joindrons une lettre d’Adrien lui-même, adressée peu de temps après ^ à Autun, dans laquelle il exprime avec une
1. Panneau au dessus de la cheminée, de 2“75 de large sur l“8ü de haut jusqu’au dessus de la cheminée, compris cadre par en haut.
L’autre panneau a 2»“69 de long sur 2“09 de haut, compris cadre. Les échancrures sont de môme formées par un arc de cercle de 0™22 de rayon dont le centre est, en dehors du cadre, de 0>"04.