Albert de la Fizelière, loc, cit
3. Entrant un soir chez Mouilleron, il aperçut une feuille sur laquelle avait été aiguisé un crayon par des frottis, il la prit et la transforma en un paysage, en remplissant les lacunes.
On n’a trouvé^ à la mort de Guignet, dans son atelier, aucune ébauche à proprement parler, aucun projet de tableau, car il peignait d’inspiration, excepté ses toiles d’exposition. Il a fait peu de portraits à l’huile. Nous ne connaissons de lui qu’une esquisse représentant deux de ses hôtes à Autun, et son propre portrait de faible dimension. Tous les autres sont au crayon, mais d’une remarquable puissance : celui d’Eugène Leroux, de Charles Maritoux, de Madame A..., à Autun, les siens, etc... Un des plus beaux est celui du suisse de l’hôtel Dampierre, aux trois crayons.
Il a essayé aussi une lithographie L sous ce titre : Lithographie par Adrien Guignet^ 1847. Elle représente un hypogée construit en grands blocs, à bancs réguliers. A l’entrée du monument un pâtre debout, la chevelure au vent, est appuyé sur sa pique près d’un autre personnage à demi noyé dans les herbes. Un angle de la grotte, sur lequel se détachent des plantes sauvages et des lianes, reçoit un rayon de soleil. L’intérêt de ce sujet, très simple du reste, consiste dans la distribution de la lumière et dans l’impression de mystère qui y domine.
Enfin le recueil in-folio des Fables de Pierre Lachambeaudie contient de lui deux illustrations, l’une intitulée : les Sauvages et le Violon l’autre la Fleur et le Nuage Il eût pu réserver sur le monument funéraire qui occupe le centre de cette dernière une place pour son propre nom, à côté de ceux de Gilbert^ de Chatterton, d’Élisa Mercœur.
L’esprit d’observation de Guignet le conduisait parfois à des découvertes originales. Il vint un jour annoncer à H. Michaud qu’il avait avisé tout près de Paris des paysages splendides, d’une variété extrême, un fouillis d’études à copier pour toute
4. Imprimerie Berthauts. Le musée de Beaune en possède un exemplaire.
2. Gravée à Teau-forte par Ghenay; Paris, Bry aîné, 27, rue Guénégaud. Imprimerie de Drouart; Paris, H, rue du Fouarre.
3. Gravée par Ernest Monnin. lmp. A, Beillet, quai de la Tournelle, 35. Pour l’édition in-folio, livre II, fable xv.
la vie. Le temps pressait, disait-il. Arrivé avec son ami sous un viaduc de la rive gauche, il dit gravement en s’asseyant : « C’est ici, » et le pria d’examiner avec attention les pierres meulières qui ont servi à la construction. Son compagnon qui connaissait la tournure de son esprit n’eut pas de peine à comprendre. Les pierres plus ou moins rongées, creusées par l’humidité et par les agents atmosphériques présentaient des aspects d’une étrange variété. C’était un caléidoscope où l’imagination jouait le plus grand rôle, il faut l’avouer, mais elle y trouvait un riche stimulant. Chacun se mit à copier une quantité de paysages complets et très étudiés. Les passants s’arrêtaient, suivant avec inquiétude les regards des deux peintres qu’ils prenaient certainement pour des fous.
Guignet n’a jamais fait ou du moins très rarement d’études proprement dites des paysages, il ne cherchait que leur anatomie. Tous ses dessins en sont la preuve, de grandes lignes avec les ombres principales à l’estompe relevées de blancs à la craie. Le nombre de ses études peintes ne s’élève peut-être pas à vingt. ^
L’école, dite réaliste, l’énervait. Il aimait la forme et en avait l’instinct. La couleur, dès ses débuts, ne lui a jamais fait défaut.
On ne le voyait au salon annuel que le dernier jour d’ouverture, fuyant toutes les impressions qui pouvaient troubler ses rêveries ^ ou l’influencer. Cette sorte de sauvagerie le portait instinctivement vers les sujets sérieux ou émouvants, les paysages empreints de mélancolie, tourmentés quelquefois ; il se complaisait dans les aspects sévères de la nature. Un de ses amis le surprit une fois, à la tombée de la nuit, en pleine campagne, dans la contemplation d’un orage lointain sur le Morvan. En suivant de grosses nuées sombres, circulant sur un ciel d’un bleu concentré, qu’il a quelquefois reproduit, son