‹ Le peintre Adreien GuignetChapitre 6 sur 69 · Albert de la Fizelière, Mousquetaire du 27 août · texte numérisé non relu

Albert de la Fizelière, Mousquetaire du 27 août

à partir, quand un incident fortuit qui semblait sans importance alors, mais qui devait avoir une influence décisive sur l’avenir, ouvrit à son second fils une voie inattendue.

Après l’incendie de Salins, plusieurs artistes s’étaient rendus sur ce théâtre de désolation pour reproduire l’image des ruines : le Gouvernement avait même donné à ce sujet quelques missions. Parmi ces artistes était Blondel, un classique d’une certaine renommée.

La saison était rigoureuse, et la main engourdie du peintre se refusait au maniement du pinceau. M“® Guignet qui logeait en face, le voyant souffler dans ses doigts, lui fit porter une chaufferette par son fils Jean-Baptiste, alors âgé d’une quinzaine d’années. La mine avenante de l’enfant avait intéressé Blondel qui entra en conversation avec lui et demanda quelle carrière il pensait suivre. J. -B. Guignet, déjà fort en dessin, lui répondit qu’il désirerait vivement être peintre, sur quoi son interlocuteur l’engagea à venir à Paris, lui offrit ses services, son enseignement, et parlementa même avec les parents qui convinrent de mettre un peu plus tard sa bonne volonté à profit, ce qui eut lieu.

Quant à la famille en détresse, elle régla ses affaires et prit tristement la route d’Autun. Elle y retrouvait la branche de François Guignet qui possédait dans la partie haute de la ville, l’ancien château, à Pangle des deux rues des Sous -Chantres et de Saint-Quentin, une petite maison basse où des gens modestes pouvaient se loger à peu de frais et travailler en paix.

Les nouveaux venus prirent à côté de leurs parents qui occupaient le n® 6 sur la première de ces rues, le logement contigu inscrit sous le n° 5 de la rue Saint-Quentin.

Cette région, peu modifiée aujourd’hui même et affectée autrefois au service de l’église, avait conservé son aspect et ses dénominations du moyen âge. Les portes, les fenêtres du quinzième siècle, avec moulures, accolades, croisillons, un puits banal à ranglc des deux rues, surmonté jadis d’une

statue de saint que la Révolution avait remplacée par une pomme de pin colossale, reportaient l’esprit à quatre siècles en arrière et donnaient à ce coin de la ville une originalité interdite aux cités modernes. On y remarque encore une jolie niche ogivale sculptée au dessus d’une porte, offrant dans ses enroulements la devise, en lettres gothiques, de .Jean Rolin, évêque d’Autun, dont on entrevoyait alors au fond d’une cour habitée par un ami d’Adrien ^ le grand écusson sculpté et peint, surmonté de son chapeau de cardinal. Ces rues, visitées par de rares passants, ne perdaient en revanche aucun son des cloches de la Cathédrale derrière laquelle elles s’abritaient, et dont les volées solennelles ou gémissantes ajoutaient à la physionomie claustrale de ce quartier silencieux. Cet ensemble, sans doute, ne frappait pas autrement l’esprit du futur artiste alors âgé de dix ans, que comme un spectacle journalier et dès lors indifférent, mais les impressions inconscientes qui en résultent exercent sur les natures vraiment douées une influence dont l’avenir fait profit.

Guignet père, sans ressources, s’était pris à une autre industrie et avait créé une fabrique de cartes à jouer, que l’insuffisance de son logement l’obligea d’établir dans le grenier d’une maison voisine où on a retrouvé quelques produits de sa fabrication. ^

A la fin du jour,- sa tâche finie, l’honnête père de famille s’asseyait au coin d’un feu alimenté de copeaux et, tirant de l’étui une clarinette, se délassait régulièrement dans un soliloque musical, entouré des siens, et parfois aussi de quelques jeunes camarades émerveillés comme eux du talent paternel, pendant que la mère vaquait aux apprêts du repas. Les plus timides restaient dans la rue, prêtant Loreille à la fenêtre, et Lun d’eux, devenu peintre à son tour, repassait ces détails d’enfance avec Jean-Baptiste Guignet, en visitant avec lui, en

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