‹ Le peintre Albert de MeuronChapitre 13 sur 25 · II · texte numérisé non relu

II

ALBÈRT DE MEURON

il faut voir et regarder longtemps avant de parler. »

Mon David est-il rencloué dans sa caisse, écrit-il ? Quand je pense au mal qu'il m'a donné et au temps que je lui ai consacré, cela me semble si loin, si loin de moi ! Depuis deux mois, tant d'idées et tant de choses passent et repassent dans mon cerveau, qu'à la lettre tous ces derniers temps de Dusseldorf me semblent à trois ou quatre ans de distance.

Grâce à la recommandation d'un ami de son père, Albert eut la bonne fortune de voir dans l'atelier d'Ingres un portrait de femme que l'illustre artiste venait d'achever et qu'il estimait «un de ses meilleurs ouvrages. »

Seulement, raconte-t-il, au lieu de M. Ingres, c'est sa femme que j'ai trouvée, occupée à raccommoder du vieux linge au milieu de ses belles gravures et de ses copies de Raphaël. Elle ne s'est point dérangée pour moi, en quoi elle avait parfaitement raison, et moi, en la voyant travailler si assidûment, je ne savais trop que lui dire, car enfin on ne peut se borner à regarder, il faut bien dire quelque chose, et ce fut mon séjour à Dusseldorf qui me tira d'affaire. Je lui ai dit que c'est là que j'avais étudié ; elle me demanda alors si j'avais connu M. Schadow et si sa fille était mariée. Elle les avait connus en Italie... Tout en causant, j'eus le temps d'examiner le portrait bien à mon aise : il est admirable. C'est de la peinture qui comme sentiment et exécution pourrait se mettre à côté des Raphaël ; c'est au moins, de tous les artistes que j'ai connus, celui qui s'en rapproche le plus. C'est extraordinairement

fini, d'un très grand style, et en même temps gracieux et facile.

Dans la même lettre, Albert fournit à son père un état minutieux de ses dépenses, et c'est là un article qui tient une certaine place dans sa correspondance. L'ordre dans les détails de la vie est une vertu neuchâteloise à laquelle Maximilien de Meuron attachait un grand prix, estimant sans doute, avec le grand poète Racine, que «savoir son compte n'est point indigne d'un honnête homme.»1 On admire la parfaite déférence d'Albert, la bonne grâce avec laquelle ce garçon de vingt-deux ans justifie ses dépenses et fournit à ses parents des explications minutieuses, auxquelles tant d'autres ne se seraient point prêtés sans révolte. Il ajoute:

En voyant tout ce qu'il faut d'argent pour vivre et étudier ici, je voudrais bien en être où en est déjà Karl Girardet, qui a tant de tableaux à faire et une peinture qui plaît. Je trouve seulement qu'il en profite un peu trop, comme vous le disait son père, et qu'il se donne aux tableaux de commerce plus qu'il ne faudrait. Il dit lui-même qu'il ne se sent plus le courage d'aborder de grands sujets. Ce serait dommage pourtant qu'il ne donnât plus quelque ebose qui fût à la bauteur de ses Huguenots.

Gleyre était satisfait des progrés de son élève, et celui-ci n'était pas moins content de son mai-

' Lettre de Racine à son fils Jean-Baptiste.

tre, qui lui témoignait le plus bienveillant intérêt, comme d'ailleurs à tous ses camarades: «C'est le meilleur homme du monde, et il est d'une complaisance telle envers ses élèves, qu'on l'accuse même d'être trop désintéressé: les deux tiers de l'atelier sont admis gratuitement, à peu de chose près, et il va en voir bon nombre chez eux. »

Albert se préparait alors à concourir pour l'entrée à l'École des Beaux-Arts; il échoua à la première épreuve, mais réussit quelques mois plus tard. Ce qui l'y attirait, c'était la perspective d'être corrigé par les artistes les plus célèbres d'alors, Horace Vernet, Paul Delaroche, Ingres, Ary Scheffer, David d'Angers.

Il avait aussi l'occasion de voir de près quelques artistes chez M. Marcotte d'Argenteuil, l'ami et le protecteur de Léopold Robert, qui reçut fort bien le jeune Neuchâtelois, lui fit voir sa précieuse galerie, où le peintre des Moissonneurs était particulièrement bien représenté, et l'invita à venir chez lui le dimanche soir, ajoutant qu'il y rencontrerait Ingres et Brascassat.

Le printemps 1846 était venu, et déjà Maximi lien de Meuron s'occupait de préparer l'exposition de Neuchâtel, qui avait lieu alors pendant les vacances d'été, au moment où les salles du collège, seul local disponible, se trouvaient libres. Karl Girardet n'avait pas répondu à l'invitation des Amis des Arts, et M. de Meuron s'en inquiétait.

Il est urgent, écrit-il, pour entretenir le goût de notre public et pour procurer à Neuchâtel, dans les arts, quelque chose d'analogue à ce qui s'y fait pour les sciences sous l'influence d'Agassiz, que les artistes nous secondent. Sans donner trop d'importance à l'action que je puis exercer, je crains quelquefois que si je venais à manquer, l'intérêt pour cette œuvre ne vînt à diminuer, tandis qu'en la soutenant par des œuvres de mérite, on amènerait la ville et le gouvernement à favoriser le mouvement, et dans peu d'années la cause serait gagnée. Il faut absolument un local convenable, et ce que nous avons ne l'est plus. Je désire vivement aussi, si l'on veut donner à la culture des arts une tendance vraiment élevée, que nous ayons une collection des principaux antiques, disposés et éclairés de manière à

pouvoir être étudiés, puis un atelier et un emplacement supérieur propre à l'enseignement de la figure. Tel est le but auquel il faut tendre.

Ce but. il a été atteint, grâce à M. de Meuron et à ses successeurs: Neuchâtel a les Salles Léopold Robert, où ont lieu les expositions bisannuelles, un musée plus spacieux sans doute et plus riche que n'osait le rêver le vieil artiste, enfin des salles de dessin bien éclairées et où les «antiques » ne manquent pas. Il nous paraît tout naturel de posséder tout cela; n'oublions jamais à qui nous le devons.

Tandis que Maximilien de Meuron préparait l'exposition de Neuchâtel, le Salon de Paris captivait l'attention de son fils. Il n'y admira point Delacroix sans de fortes réserves et fut surtout conquis par les paysages de Diaz : '

Il y a de lui des choses charmantes, entre autres un petit intérieur de forêt qu'on dirait peint avec une éponge, mais qui, vu à distance, a une vie, une entente des tons, admirables à mon goût. C'est bien là l'aspect du soleil perçant les branches; mais il faut pour cela cligner les yeux. Il a d'autres tableaux de petites dimensions, avec de petites figures charmantes de couleur et d'effet.

Albert envoya à l'exposition de Neuchâtel une étude de figure avec paysage qui fut achetée pour la loterie. M. de Meuron lui écrivait à ce propos1

Si je n'eusse été ton père et président de l'assemblée, je t'aurais estimé comme l'un des jeunes artistes à mettre en première ligne pour les encourager; mais j'ai eu la bouche close devant d'autres intérêts à considérer. On a même parlé un moment d'acheter ton Saiil, « comme point de départ d'un artiste qui fera honneur a son pays». Ma position est assez difficile, et je ne puis l'occuper dignement qu'en sacrifiant mes intérêts particuliers. Notre comité a tenu avant tout à s'assurer un Intérieur de Saint-Marc } d'Aurèle Robert, qu'il a payé 3000 francs et qui les vaut. Ce sera le premier lot. Le tableau de Karl Girardet et deux d'Edouard ont passé ; Y Enfant de Zuberbùhler, le Chasseur blessé de Moritz, un Coucher de soleil de Léon Berthoud, une Vue du lac Majeur d'Edouard Pourtalès ; Grisel, Baumann, etc. Tu comprends les motifs de ces derniers achats. Reste Grosclaude, qui nous a envoyé d'anciens tableaux, dont je ne voudrais aucun pour moi, bien qu'ils aient le genre de mérite particulier à cet artiste. Ses prix sont hors de proportion avec nos moyens et leurs qualités. Je lui avais écrit pour obtenir un rabais: je viens de recevoir sa réponse; elle est vraiment curieuse... Nous ne ferons rien avec lui, et vraisemblablement c'est la dernière fois que nous aurons ici de ses tableaux. Il ne peut pardonner qu'on ait acheté à d'autres et pas à lui. Il ne veut pas que ses ouvrages passent à la loterie dans la crainte qu'ils ne tombent dans des mains obscures et des lieux écartés ; mais il tient à ce qu'ils figurent à côté de ceux des artistes que la ville a privilégiés, et il n'adoucit en rien ses prix, heureusement pour nous. En attendant, cette affaire m'ennuie et m'abreuve de désagréments... J'ai mon discours à prononcer pour rassemblée générale, et il ne sera pas facile, car je suis souvent paralysé par l'indifférence des autres dans ce que je voudrais proposer pour l'avancement de l'œuvre.

Tout n'était pas rose, on le voit, dans l'activité assumée par Maximilien de Meuron ; de telles confidences, qu'il ne faisait qu'à son fils, nous révèlent ce qu'il lui fallut d'énergie, de persévérance et d'abnégation pour implanter à Neuchâtel l'institution des Amis des Arts. Albert répond par des réflexions sur le goût du public, qui sont toujours de saison :

Ce sont des tableaux de genre qu'il lui faut... Étant donné le goût de la généralité des personnes, je ne vois pas bien pourquoi les tableaux de Grosclaude n'ont pas eu plus de succès. Tout ce que vous me dites de lui reste encore au-dessous de ce que j'ai eu l'occasion d'entendre ici. Ses prétentions sont exorbitantes; et je crois qu'il lui faut, pour placer ses tableaux, en rabattre beaucoup clandestinement. 11 n'en a pas moins un atelier de demoiselles et un atelier de jeunes gens. Quant à sa Sainlc Cécile et aux autres tableaux dont il vous a parlé, ils me semblent du tout mauvais: ni sentiment, ni dessin, ni proportion; c'est une femme joliment faite, mais cela ne dit absolument rien. Il m'a fait une description de ses tableaux qui, si j'avais le loisir de la raconter, vous ferait certainement rire, comme elle a fait rire Karl Girardet.

Citons encore, a propos de cette exposition, une phrase caractéristique de Maximilien de Meuron. Après avoir indiqué les gagnants des principaux lots, il ajoute :

...Il nous reste à répartir toutes ces choses: tout cela retombe sur M. Merveilleux et sur moi, seuls membres

actifs, et ce bel été passe de cette manière. Je m'en console en pensant que toi et ta génération en recueillerez un jour les fruits. . . La ville est déserte et la chaleur intense. 77 aurait fait un été remarquable pour être dans les Alpes, et je le regrette beaucoup; mais qu'y foire ?

Dans sa réponse, au cours de laquelle il compatit aux soucis de son père, Albert plaide chaleureusement la cause de son ami Walthard, qui expose dans sa ville natale, et n'y rencontre qu'indifférence et mauvais vouloir; il prie son père de recommander cà M. Lory le jeune artiste, qui aurait grand besoin de vendre son tableau. M. de Meuron partait précisément pour Berne avec M. Charles Berthoud; mais son séjour dans cette ville fut assombri par un pénible événement, qu'il raconte dans une lettre du 27 août 1846:

J'avais passé la matinée à l'exposition, où ces messieurs de la Société des Arts me firent l'accueil le plus aimable, arrangeant pour la soirée, pour le sculpteur Imhof et pour moi, une charmante réunion. Après le diner, je fus chez Lory, que je trouvai très bien, et qui, aussi bien que sa femme, me témoigna une grande joie de me voir. Lory me dit qu'il allait se faire la barbe et s'habiller, et que nous retournerions ensemble a l'exposition, puis à la soirée en question. Lory sort et revient bientôt en toilette. Il voulut encore me faire voir un daguerréotype de la statue d'Agar, de Imhof, et pendant que nous l'admirions, il se plaignit d'un accès de palpitations auxquelles il était sujet de temps à autre. Sa femme sortit pour chercher un

remède. Pendant qu'elle était dehors, il me fit mettre la main sur son côté pour me faire une idée de ce qu'il éprouvait. J'en fus vraiment effrayé, mais lui me disait encore que cela ne serait rien. Mme Lory lui fit prendre un peu d'éther et de l'eau. A peine en avait-il avalé quelques gouttes que je le vis pâlir. Sa femme sortit encore pour faire appeler le médecin, et dans le court moment qu'il lui fallut pour cela, son mari rendait le dernier soupir dans mes bras. Tout cela fut l'affaire d'une ou deux minutes, mais tu peux te représenter la scène déchirante. Je passai le reste de la soirée avec l'affligée, et revins hier ici avec la poste, parce que ma présence y était nécessaire, et aujourd'hui je retourne à Berne avec M. Monvert, pour assister à l'enterrement de mon ancien ami et compagnon d'études. M. Lory s'était vivement intéressé au placement du tableau de Walthard.

J'ai été, répond Albert, bien surpris et bien peiné de la mort de M. Lory, et j'espère beaucoup que l'impression qu'a dû vous causer cette scène douloureuse n'aura pas eu de suite pour vous. Mais il y a quelque chose de bien mélancolique à voir s'éteindre ainsi un ami auquel se rattachent en aussi grand nombre les souvenirs de la jeunesse et les premières joies de l'artiste. Le court séjour que j'avais fait avec vous à Greng en même temps que lui, m'avait attaché à lui, et je le regrette sincèrement.

Albert passa l'été à Paris, préparant son concours d'entrée aux Beaux-Arts, qu'il subit avec succès, mais sans en concevoir d'orgueil:

C'est maintenant que j'ai réussi, écrit-il, que j'ose insister sur le peu d'importance qu'il y faut attacher. Celui de

notre atelier qui a passé le plus facilement avait une figure assez mauvaise, et j'en suis à me demander ce qu'on appelle bien ici. N'empêche que je suis très content d'avoir passé, puisque j'avais tant fait que de concourir et que cela veut dire quelque chose pour les autres.

Un voyage à Rouen et au Havre fut la récompense de cet heureux effort. Toute une lettre, adressée à une de ses sœurs, est consacrée au récit de cette excursion. Albert décrit le moment où le bateau du Havre attend la vague de la grande marée pour franchir un banc de sable qui barre le fleuve :

Au bout d'un quart d'heure, on l'aperçut au loin. Ce moment était fort curieux et m'a fait une impression particulière : on la voit; ou plutôt c'est l'eau de la Seine, refoulée par la marée montante, qu'on voit comme une espèce de barrière, une grosse vague qui avance très vite et à grand bruit. Plus elle approche, plus il semble qu'elle monte vite. Enfin, elle vient battre contre votre bateau, et vous vous remettez en marche. L'eau de la Seine en est remuée jusqu'au fond et se couvre d'une foule de mouettes qui viennent y chercher pâture. C'est un spectacle bien particulier que celui de cette vague énorme qui prend tout le travers de la rivière par un temps calme. La Seine va s'élargissant peu à peu, et l'on entre en mer sans presque s'en apercevoir, surtout par une belle journée comme elle l'était alors. C'était grandiose à voir malgré une certaine ressemblance avec nos lacs, par une belle journée d'automne un peu voilée de brume.

Peu après son retour à Paris, il recevait la nouvelle de la mort de sa grand'mère, qui avait pour lui une particulière affection, dont elle donna des preuves jusqu'à ses derniers moments.

Elle nous disait, écrit M. de Meuron : « Ce cher Albert, combien je l'aime ! Il nie regrettera, n'est-ce pas ? Combien j'ai prié pour lui ! J'ai plus prié pour lui que pour vos autres enfants, car il est le plus exposé. Dites-lui combien je l'aimais, et qu'il pense quelquefois à sa vieille grand'mère. » — Voilà dans quels termes cette respectable mère s'exprimait à ton sujet dans les dernières paroles qu'elle prononça sur les siens; puisse sa bénédiction reposer sur nous tous !

L'année 1846 allait finir. M. de Meuron imagina de faire revenir son fils pour les fêtes du Nouvel-An, sans prévenir les siens. Afin de leur ménager cette surprise, il indique a son fils une phrase conventionnelle qu'il devra glisser dans sa prochaine lettre s'il accepte la proposition paternelle. Ainsi fut fait; et à force de diplomatie, l'arrivée d'Albert fut pour tous les siens une joie d'autant plus vive qu elle était imprévue.

Nous ne le suivrons pas dans tous les incidents de sa vie de Paris. Notons cependant l'épisode comique de son incorporation dans la garde nationale, 2e compagnie, 4e bataillon de la XIe Légion de chasseurs, et de sa comparution devant le Conseil de discipline, « général et état-major en grande tenue. » Les démarches qu il dut taire pour établir sa qualité d'étranger lui donnèrent une idée des beautés de la bureaucratie.

11 travaillait alors à une composition mythologique dont une lecture d'André Chénier lui avait suggéré l'idée : Nymphes surprises par un Faune. Cette entreprise occupe beaucoup de place dans sa correspondance du printemps 1847. Son père lui recommande judicieusement, â ce propos, de chercher à réaliser « ses propres impressions et non celles qu'il aurait reçues de tel ou tel maître ». de « former sa palette sur la nature même »; de son côté, Karl Girardet l'exhorte à travailler en plein soleil, « parce qu'on apprend ainsi à voir que les ombres ne s'obtiennent pas avec des noirs, comme on le pratique à l'atelier. » Ces conseils répondent aux secrets instincts du jeune artiste, qui se sent toujours plus attiré vers le paysage : « Je n'imagine plus guère de sujet, dit-il, où le paysage n'ait un rôle. » Et le paysagiste qui le captive surtout, qui « réveille en lui les plus nui-

mes sympathies », c'est Poussin : « Après les avoir tous regardés et bien regardés, c'est toujours à lui que je reviens, c'est lui qui me parle le plus. » Il se demande ce qu'il pourra tirer un jour du paysage suisse, qu'il connaît encore bien peu, mais qui l'attire. Son père lui répond par cette lettre très intéressante :

Je comprends ta pensée à l'égard des sujets suisses. Edouard Girardet a choisi un genre où il réussit très bien, mais qu'il devra abandonner bientôt parce qu'il n'est pas inépuisable et qu'il a déjà passablement avancé l'exploitation de la mine. Je ne te conseillerais pas de le suivre dans cette voie ; mais il est d'autres sujets historiques ou particuliers, qui, traites avec style et un sentiment vrai et grandiose des beautés alpestres, te permettraient de faire en Suisse quelque chose d'original et qui serait certainement goûté. La difficulté d'études d'après nature serait la variation de la température, les rapides changements de temps qui déconcertent, et la difficulté de trouver des modèles. Il faut de l'énergie et du temps pour triompher de ces obstacles, et ce n'est pas dans quelques semaines, passées ici ou là, qu'on arriverait, mais au moins en ferait-on un essai, et cet essai, nous pourrions le tenter cet été, à moins que tu ne préfères continuer pour cette année tes études préliminaires d'atelier, utiles et solides, dont je te parlais plus haut. Quelque résolution que tu prennes, il est certain que si tu veux devenir toi en peinture, ce ne sera qu'en formant ton sentiment individuel sur l'étude de la nature, et, après t'en être pénétré, en alliant les ressources de l'art avec la vérité.

Admirable page, qui trace si judicieusement a Albert de Meuron la voie qu'il devait suivre en effet. Nous verrons comment il se pénétra, longuement et patiemment, du caractère de la nature alpestre, triompha, à force d'énergie, des difficultés que son père connaissait bien pour les avoir affrontées avant lui, et parvint à donner de l'alpe une interprétation neuve et personnelle, qui n'a rien perdu pour nous de son charme et de sa puissance.

Pour l'heure, il s'applique à son tableau des Nymphes, et communique à son père les bons avis qu'il reçoit de Gleyrc. Mais l'œuvre de ce maître lui paraît plus instructive encore que ses conseils:

M. Gleyre me disait qu'on ne peut s'accorder de l'espace qu'à la condition de le rendre intéressant en proportion... La vue du tableau de M. Gleyre m'a beaucoup encouragé. Quand on voit avec quelle habileté et quelle décence il sait se tirer des figures nues!... Je ne connais pas de peintre à cette heure qui ait su saisir la beauté de l'antique et se l'approprier comme lui ; non l'antique de David et de son école, qui ne voit que la forme; Gleyre voit la nature avant tout, mais avec l'âme antique, pour ainsi dire, tant par le sujet, qui rappelle l'art grec, que surtout par le sentiment qu'il y met...

11 fallait aux ligures du jeune peintre un cadre de paysage. Il Falla chercher dans la forêt de Fontainebleau, dont l'année précédente il avait admiré

les chênes séculaires. Il y passa un temps délicieux de travail et de solitude en pleine nature. « Combien ne donnerais-je pas, écrit-il à son père, pour vous avoir ici! La forme des chênes me fait toujours penser à vous. Plus je travaille et plus j'aime le paysage. Je crois que c'est dans une combinaison des deux genres : figures et paysage, que je trouverai ma voie. »

Et M. de Meuron de répondre :

Tes impressions et ta vie de jeune peintre à Fontainebleau m'ont rappelé mes propres impressions, et je n'étais pas arrivé au passage de ta lettre où tu désirais m'avoir auprès de toi, que j'avais de mon côté formé le même vœu. Je crois que tu as bien fait de t'en tenir à deux études, plutôt que de faire beaucoup de pochades qui ne meublent pas la tête. Je vois encore avec intérêt ce que tu pressens de ta spécialité future... Ce que je te recommande particulièrement pour ton tableau, c'est de bien méditer et étudier à fond ta pensée avant de rien faire, afin de n'être pas forcé à revenir sur des choses essentielles d'ensemble, de lignes ou de proportions, corrections qui doublent l'ouvrage et nuisent à une exécution agréable à l'œil. Evite surtout les bruns et les noirs, et efforce-toi d'arriver à l'effet par des lumières franches et colorées, aussi claires que possible, sans tomber dans le flasque et dans le fade, et tâche à tirer parti des parties qui, n'étant ni ombres ni lumières, servent à les faire valoir les unes et les autres.

Le pére eût bien voulu partager les bonnes séances de son fils, ou du moins aller pour son

compte peindre d'après nature : les occupations du propriétaire faisaient tort au peintre, en lui dérobant la meilleure part de son temps :

Je ne puis t'en dire plus aujourd'hui, écrit-il, ayant plus envie de dormir que d'écrire. La journée d'avant-hier fut pour moi une grande affaire : je fis les foins à Wavre, et revins hier en ville avec cinq grandes voitures. Nous en eûmes jusqu'à trois heures de la nuit à les décharger, et comme la crainte du feu m'obligeait à la surveillance et que j'avais été ces deux journées au grand soleil et fait la course de Bel-Air à Wavre, puis à Neuchâtel, sur mes jambes de soixante-deux ans, j'étais abîmé de fatigue.

Cependant, la semaine suivante le trouve installé dans son atelier de Bel-Air, travaillant à un grand tableau, qui doit être l'Orage du musée de Neuchâtel :

J'avais besoin de la tranquillité et des longs jours, et plus encore de la belle lumière de l'atelier. Je crois être enfin au clair avec mon effet, mais il m'a fallu un moment de grand courage pour y arriver. C'était une après-midi de la semaine dernière, ta sœur Marie était ici avec moi, et de temps en temps je l'appelais pour me dire si je ne donnais pas trop dans le noir avec mes nuages. Je suis enfin parvenu à faire fuir la plaine et enfoncer les montagnes à l'aide d'ombres énergiques sur la plaine. Souhaite-moi bonne réussite ! Je travaille avec courage et avec calme, et j'en augure bien pour le résultat.

Quelques jours plus tard, il ajoute :

Le ciel, qui était pour moi le point le plus épineux, est comme fini et me paraît réussi ; au moins est-il en harmonie avec les figures ; et certes il y faut du caractère pour indiquer la bourrasque. Quoique j'eusse bien désiré revoir la nature, néanmoins, comme l'effet est tout à fait passager et que je pourrais revoir les lieux sans l'y retrouver, le souvenir et l'imagination y suppléeront.

Le vieux peintre y allait avec tant d'ardeur, que sa femme s'en inquiétait presque :

Ton père, écrit-elle, travaille beaucoup. Quelquefois il est déjà à l'ouvrage à cinq heures du matin, et il ne quitte qu'à une heure, puis le soir il faut souvent que j'aille l'en tirer à la nuit tombante. J'aimerais beaucoup qu'il y fût moins ; mais il s'y plaît tant que je n'aime pas trop a le contrarier.

A ce moment, les préoccupations politiques envahissent la correspondance des deux artistes. La guerre du Sonderbund se préparait :

Les partis sont exaspérés, écrit M. de Meuron, et de bien des côtés on veut du sang, les uns pour arracher aux gouvernements ce qu'ils imaginent être le bien et l'honneur de la Suisse, les autres pour se soustraire au despotisme

irréligieux et radical qu'on veut leur imposer. Les petits cantons, Lucerne, Fribourg et Valais, font des armements ruineux, dont ils ne pourraient pas supporter une prolongation quelque peu durable. On est donc dans une attente aussi sérieuse qu'alarmante. Tu auras lu le discours d'ouverture de la Diète, pièce vraiment inqualifiable, manifeste contre toutes les puissances, et qui serait fou, si, bien malheureusement, on ne se sentait pas appuyé par la propagande allemande. On ne peut être qu'angoissé pour l'avenir de notre pauvre patrie, menacée à la fois d'une lutte intérieure sanglante, de l'oppression radicale ou d'une intervention étrangère qui lui ôterait son indépendance.

Albert répondit en formulant des jugements qui n'eurent pas l'approbation de son père, mais qui aujourd'hui paraîtront fort sensés :

Je suis bien en peine du résultat de la Diète quant à la guerre. Les événements de Neuchâtel m'ont fait réfléchir, et il me semble que le gouvernement n'est pas tout à tait justifiable, non d'aujourd'hui, mais de longtemps. Sa politique en Diète n'est pas simple. Aujourd'hui que les partis en sont presque aux mains, comment veut-il rester neutre? Il soutient les petits cantons dans la question de droit et ne se mêle de rien quand il faut agir. Ce rôle ne pouvait que devenir embarrassant. Et non seulement cela, mais il est réellement conservateur, on n'en peut douter, et en restant neutre, il prive d'une voix le parti conservateur. Voilà, me semble-t-il, ce qui doit prêter aux récriminations. Des griefs réels, on n'en a pas, et on aurait tort d'en avoir... Du reste, sa position anormale le contraint presque d'accepter ce rôle-là, d'où je conclus que le pays, heureux

comme il l'est, sera conduit, plus tôt ou plus tard quand même, à modifier l'état de choses actuel. Faisons des vœux pour que la chose se passe paisiblement.

Ainsi écrivait-il le 17 octobre 1847. Moins de cinq mois après, la révolution du Ier mars lui donnait raison, en mettant fin à la situation ambiguë de notre pays, canton suisse et principauté prussienne. Pendant cette année-Là, les événements de Suisse préoccupèrent vivement nos compatriotes établis à Paris. On commentait les nouvelles avec anxiété dans le salon de Juste Olivier, avec qui Meuron avait fait connaissance par l'intermédiaire de M. George Berthoud.

Le poète vaudois avait dû quitter Lausanne après la révolution de 1845, qui l'avait privé de sa chaire académique. Le dimanche soir, Albert aimait à se rencontrer chez les Olivier avec ses amis Berthoud, M. Ruchet, frère de Mme Olivier et ancien président du gouvernement vaudois, le peintre Henri Euler, que connaissent les lecteurs des Chansons lointaines, Melegari, Charles Gleyre, etc. Meuron fit à cette époque le portrait des petites Ruchet, toutes deux malades et dont la cadette mourut peu après. Il s'était aussi lié d'amitié avec un jeune artiste vaudois, son proche voisin, qui fit son chemin dans la suite, Émile David. Il voyait encore un Suisse allemand, Stadler, qui

habitait la même maison que lui et l'accompagna à Fontainebleau; un jeune architecte de Vevev, nommé Franel, qui devint plus tard membre associé de l'Académie des Beaux-Arts. Ses principales relations étaient suisses, ainsi qu'il le remarquait, en ajoutant qu'il vivait fort retiré, ne sortant que pour aller faire en flânant le tour des marchands de tableaux du boulevard. A aucune époque de sa vie, il n'eut le goût de la société mondaine et des propos oiseux des salons : il préférait la causerie intime dans un petit cercle d'amis.

Mais soudain éclate la révolution de février 1848; il en suit les épisodes avec curiosité :

Une chose, écrit-il, m'a stupéfait, c'est l'attitude prise par l'autorité à mesure que grossissait l'émeute, attitude indécise et sans énergie. On savait peu ce qui en était dans la journée. Je parcourus la ville sans voir autre chose que des charges de cavalerie le long du boulevard, charges qui ne faisaient qu'écarter un instant la foule... Dans la soirée tout semblait à peu près terminé... Malheureusement, un incident vint aggraver la situation, et ici l'autorité a compromis la royauté. La foule des spectateurs, toujours grande sur les boulevards, suivait la houle du peuple, qui n'en voulant qu'à M. Guizot, se portait du côté de l'hôtel des affaires étrangères. Un bataillon de la ligne fut placé en travers du boulevard et en face de l'hôtel. Plusieurs fois la foule arriva jusqu'aux soldats et se retira. On entendait les cris de A bas Guizot ! Allons le trouver ! Alors, par une brutalité mal raisonnée, ou plutôt une finalité déplorable, le colonel ht faire feu à bout portant sur la foule à deux

reprises. Cinquante-deux personnes tombèrent raides mortes, entre autres un colonel de la garde nationale et deux officiers. Le peuple cria vengeance et, bien qu'encore sans armes,' se rua sur la troupe. Je n'appris ceci que deux heures plus tard, à minuit, en allant parcourir la ville, où tout me semblait fini, jusqu'à ce qu'arrivé à la rue de Rambuteau, Saint-Martin, etc., je vis des barricades s'élever de tous côtés, et je m'en allai de là parce qu'on voulait me contraindre à y travailler. Au bout de la rue, la ligne était en station, qui laissait foire et ne disait rien. Je rentrai chez moi. Tout était calme dans mon quartier. Avant de me coucher, je me mis encore à la fenêtre : j'entendis alors le tocsin de Saint-Sulpice, puis bientôt après une fusillade assez vive dans le quartier que je venais de quitter.

Je ne pus résister à l'envie de retourner voir. Il y avait grande rumeur; dans une rue où je débouchai, j'entendis tout à coup des coups de fusil et les balles siffler de l'autre côté de la rue : deux soldats de la ligne venaient de tomber morts, et près de moi je vis un cadavre. A côté, les gens étaient tranquilles et devisaient ; les hommes fumaient. Je n'en voulus pas voir davantage, et pris mes jambes à mon cou, me disant : Ça va mal. Gare demain ! En effet, le lendemain fut le jour décisif. La ligne, qui avait toujours hésité à tirer sur le peuple, même quand elle ne pouvait reculer, tirait en l'air et fraternisait avec le peuple presque sur tous les points. J'ai vu cela en face de chez moi, où stationnait un régiment d'infanterie. Le peuple, qui avait peu d'armes, se dirigea sur la troupe. Je m'attendais à voir une bataille. Point du tout ; le peuple arriva criant : « Vive la ligne ! Nous déchargeons nos armes en l'air ; déchargez les vôtres ! » Après quelques moments d'hésitation, la troupe indécise tirait en l'air et rendait les armes, au cri répété de : Vive la ligne ! C'était à cette heure-là qu'on

attaquait le Louvre et les Tuileries. J'étais chez moi aux premières places, ce jour-là...

11 décrit cet épisode, le peuple exaspéré envahissant le palais que venait de quitter la famille royale; puis il ajoute :

Une chose qui m'étonna extrêmement, ce fut de voir, le soir, le calme qui régnait partout et l'ordre maintenu par le peuple armé.... Je retournai sur la place du Carrousel et au Palais Royal. Partout des sentinelles, du peuple, une illumination générale. J'étais stupéfait de cet ordre au milieu du désordre, dans une population ameutée et immense comme celle de Paris. J'avais eu bien peur que le Louvre ne fût abîmé, mais il n'en a rien été. J'y ai couru pour voir ce que devenaient les tableaux et si on ne nous les crevait pas: on avait organisé aussitôt un poste de gardes-nationaux qui en gardaient l'entrée.

Après ce mot de peintre, le Neuchâtclois songe au pays : « Que va-t-il se passer à Neuchâtel ? Les radicaux en reprendront-ils un nouveau courage ? »

11 reçut la réponse, le 8 mars, par une lettre de son père qui, après lui avoir dit les inquiétudes éprouvées par sa famille durant les événements de Paris, poursuit ainsi :

Pour en venir à nos événements particuliers, si petits dans l'ensemble, et si importants pour nous, ils commencèrent en ville dans la journée du 28 février. Le courrier de la Chaux-de-Fonds apporta à midi la nouvelle que tout

était en fermentation aux Montagnes. A six heures du soir, et comme la nuit tombait, une colonne de 1200 hommes, armés de fusils, de carabines, de hallebardes et de deux canons enlevés à Valangin, descendaient les Terreaux sous le commandement de Fritz Courvoisier, pour occuper la ville. Une foule de curieux et de gens de mauvaise mine escortaient cette troupe en criant: «Vive la Suisse!» Notre population restait muette. Elle ne fut d'ailleurs excitée par aucune provocation insultante contre le roi et les personnes. On peut dire qu'aucun excès n'augmenta la tristesse de cette journée... Je passai la nuit à la Caisse d'Épargne...

Après un jugement trop pessimiste — l'événement le prouva - sur l'autorité et la capacité du gouvernement provisoire, il ajoute, avec son besoin ordinaire de modération et d'équité :

Tu peux être tranquille sur notre position et nos personnes. Il faut rendre cette justice à ce gouvernement improvisé, qu'il cherche à maintenir l'ordre ; il peut être assuré qu'aucune tentative de réaction ne sera faite. Le roi seul, après Dieu, décidera de l'avenir. Nous le lui avons remis, et ne sortirons pas du rôle passif, mais fidèle, que nous nous sommes imposé jusqu'à cette heure. Comme Neuchâtelois, nous devons aimer les nôtres, même lorsqu'ils sont égarés. Nous nous efforçons de le leur prouver.

...Quant à notre exposition neuchâteloise, il paraît probable qu'elle sera indéfiniment ajournée ; la baisse des fonds publics mettra bien du monde dans la gêne, sans parler des 1000 francs du roi et des 500 francs de l'État.

L'avenir me semble si inquiétant, que rien ne me fera

plus de bien que d'entendre ce que tu en penses toi-même et quels sont tes projets personnels pour traverser ces temps difficiles. Surtout, mon cher enfant, fortifie-toi dans la piété ; soumets tes plans, tes vues, tes pensées, au creuset de la foi chrétienne et de l'amour divin. C'est là notre refuge et notre conseil.

Albert écrit de son côté à sa sœur, — et nous reconnaissons bien à ce langage son esprit débonnaire et pondéré :

Puisse-t-il, une fois l'affaire réglée avec la Prusse, n'y avoir pas trop d'amertume et d'animosité de parti à parti, comme c'est le cas chez nos voisins. On me disait chez Berthoud qu'il n'y avait pas d'homme capable dans ce gouvernement, dont je ne connais qu'un seul membre, le Dr DuBois. Aussi pouvons-nous espérer qu'aux élections on parviendra à balancer les deux partis, de manière à éviter de trop grands tiraillements. Voilà ce qu'on peut désirer de mieux pour le moment, car il faudra bien en venir à accepter ce qui devait infailliblement arriver, un peu plus tôt ou un peu plus tard.

Comme diversion aux préoccupations politiques, Albert de Meuron songea à un voyage en Égypte avec Karl Girardet, qui, retournant en ce pays, l'engageait vivement à l'y accompagner. Cette proposition le tentait fort, et les circonstances où se trouvait Neuchâtel lui paraissaient justifie! une décision de ce genre. Peut-être même désirait-il se soustraire aux discussions qu'il pré-

voyait, car il sentait bien qu'il ne pouvait souscrire à toutes les idées de son père sur l'événement du jour :

Vous avez tort de croire, lui écrit-il, que je devienne républicain. Ici, d'abord, ce ne sont pas de mes affaires, et a cette heure, le fait est accompli et la royauté nie semble désormais impossible en France d'une manière durable. Pour ce qui concerne notre pays, si la distance ôte un peu de ce que les impressions ont d'aigu et nous permet de voir les choses avec plus d'impartialité, les traditions restent pourtant, mais les idées changent, et les circonstances. Neuchâtel, tranquille jusqu'il y a vingt ans, ne l'est plus. Cet état mixte devient une complication avec la Suisse. C'est un fait. C'est malheureux pour nous, mais devant cet état de choses la question doit se trancher d'une manière ou d'une autre. Vous le sentez bien. C'est un très mauvais moment à passer ; et si nous ne voulons ou ne pouvons pas devenir tout à fait Prussiens, il faut devenir tout à fait Suisses, par la force des événements. ...C'est une maladie de l'époque, qui gagne l'humanité tout entière et se justifie par bien des raisons dans les grands États, un temps d'épreuve, comme vous le dites ; mais je ne doute pas qu'elle soit plus vite passée en Suisse que dans les autres pays.

Ce ferme bon sens, cette indépendance de jugement sont dignes de remarque chez un jeune homme de vingt-cinq ans.

Il débutait alors même au Salon \ mais le Sa-

' Baigneuses à l'ombre.

Ion de 1848 passa un peu inaperçu au milieu des préoccupations brûlantes du moment. Albert se juge lui-même avec son calme et sa clairvoyance : il reproche surtout à son tableau « le manque de demi-teintes fines et grises, qui sont un caractère dominant de la peinture du jour ».

Il ajoute : «Je quitte Paris en ce moment avec moins de regret qu'en aucun autre temps. »

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