‹ Le peintre Albert de MeuronChapitre 7 sur 25 · UNE FAMILLE N E UC H A T E LO ISE · texte numérisé non relu

UNE FAMILLE N E UC H A T E LO ISE

propriétaires de fiefs à leur remettre les archives, les titres, les livres de recouvre, pour les brûler1. A Yverdon, entre autres, ils se sont portés aux plus infâmes excès, au point de brûler les rentiers de l'hôpital et bien d'autres livres qui n'avaient aucun rapport avec ceux qui constataient les anciens droits. On nous a aussi demandé tous les nôtres, que nous avons été obligés de remettre. Mais on leur a fait grâce du feu ; ils sont déposés dans la maison de commune. Ceux de M. Pourtalès, à la Lance, ont été préservés de même, — les seuls de tout le pays de Vaud. L'oncle Jean-Henri est à Corcelles depuis que ce mouvement a commencé ; il nous dit qu'on est très tranquille, et que comme les paysans se sont bien montrés, les Français, qu'on disait arriver pour remettre l'ordre, n'ont aucun prétexte pour arriver jusqu'ici. On avait aussi sommé Mmc de Buren 2, à cause de sa montagne sur terre vaudoise, d'envoyer tous ses livres, mais elle s'y est refusée et a fait demander du secours à Neuchâtel. On lui a envoyé 400 hommes et 4 canons pour recevoir les mutins, et personne ne s'est présenté.

Et, quelques semaines plus tard :

Je vous apprenais dans ma dernière lettre que tout était encore en combustion en Suisse. Les troubles se sont apaisés, ou pour mieux dire on a couvert le feu d'un tas épais de cendre. Nous sommes de nouveau sous la grille de l'énorme milan. Heureux le chasseur assez adroit pour l'abattre !

1 Le lecteur a déjà reconnu la laineuse insurrection des Bourlu papei (Brûleurs de papiers).

2 A Vaumarcus.

Sigismond quitta Berlin en avril 1803, et revint a Neuchâtel après avoir visité avec un de ses oncles la Hollande et Paris. Quelques mois après son retour, il écrit à Maximilien :

Je vois par tes récits que la peinture va toujours grand train. Je voudrais pouvoir en dire autant de ma basse. J'en ai pris quelques leçons à Paris, et Alphonse en a profité de même pour se remettre au cor de chasse. Il a diablement oublié; moi aussi du reste; mais avec un peu d'application, cela reviendra.

L'artiste l'emportait décidément, en Maximilien, sur le diplomate. Cependant, il ne fuyait point le monde officiel, et nous voyons par la lettre suivante de son frère qu'il fit vers ce temps (janvier 1804) son entrée à la cour :

Nous nous sommes divertis du tableau que tu nous fais des dames de la cour, bien éloignés de te blâmer de tes dissipations, car enfin, si tu vas à la cour, c'est pour faire comme les autres. Je suis au contraire charmé que tu fasses partie des quadrilles qui vont avoir lieu. Te Voilà donc lancé, mon ami, et en passe de faire une carrière brillante ; mais il ne faudrait pas pour cela songer à revenir si vite au pays.

Non seulement Maximilien revint au pays, mais il fit alors un premier voyage en Italie, sur lequel nous regrettons de n'avoir aucun détail. Nous savons seulement qu'il était de retour à

Page 1