I. J.-B. H^ousseau à J.-A.-J. Aved
Bruxelles, lo mai 1738.
Grâces à vos bontcz, M., et à l'excellence de vos talens, je puis me flatter d'un honneur que ni les Pindares, ni les Horaces, n'ont jamais eu, c'est d'avoir, tout chétif rejeton que je suis de ces grands hommes, un Zeuxis pour peintre, et de faire passer à la postérité mes traits du moins, au défaut de mes ouvrages. Donnez-moi des nouvelles de votre santë et de celle de M. le comte du Luc. Vous sçavez que je n'ai rien de plus cher au monde ; et si vous êtes, comme je le crois, aussi habile à peindre les âmes que vous l'êtes à représenter les corps matériels, je ne doute pas que vous ne trouviez aisément des couleurs et des traits capables de représenter au naturel les sentimens de tendresse, de respect, et de reconnoissance dont la mienne est pénétrée pour ce
lyS PIÈCES JUSTIFICATIVES
grand homme. Je voudrois pour ma part être assez bon coloriste pour vous peindre comme je le devrois et comme je sens toute l'impression que votre mérite fait sur moi, et la sincère considération avec laquelle je suis, etc.
Publiée dans les « Lettres de I{piissedu sur différens sujets ». Genève, 1749, in-12, t. I, p. 204-20^.