J.-B. I{ousseau â J.-A.-J. Aved
La Haye, 4 août 1740.
Je sçais, mon cher ami, tout ce qui se peut dire, pour consoler un cœur comme le mien sur la perte d'un ami : mais on n'est point le maître des degrés de sa sensibilité, et je ne puis oublier ce que je dois à feu M. le comte du Luc, comme il m'est impossible de chasser de ma mémoire tout ce que je dois aux amis qui me restent.
CORRESPONDANCE D'AVED 185
M. Piron vient d'arriver à propos pour faire distraction à l'ennui de ce séjour Batavique, insupportable à tout autre qu'à un Hollandais.
J'espère que le Bâcha '•' de Caramanie ne sera pas fâche de voir ma triste figure gravée. Je le regrette tous les jours de ma vie. Quelle perte pour la société ! Quel dommage que tant de bonnes qualités soient tombées en pure perte pour le Public !
Le Mémoire dont vous me parlez doit être excellent, si notre ami y a mis la main : mais l'exemple de M. le Franc prouve que, plus les choses sont bonnes, plus elles risquent d'offenser quand elles ne sont pas dans le goût du sistcme dominant.
* Le comte de Bonncval. [Note de l'éditeur de 174c.]
Publiée dans les « Lettres de Rousseau sur dijférens suiets ». Genève, i/^p, in-12, t. l, p, 2^0-a^i.