‹ Le peintre Aved, sa vie et son œuvre 1702-1766Chapitre 18 sur 157 · Voir plus bas, p · texte numérisé non relu

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2. Lettre de Duclos, citée par Pierre Dax, dans une chronique de l'Artiste, 1862, i" semestre, p. 205. M. Dax avait extrait de lettres inédites de Duclos sur les Salons « qui serviraient certainement à l'histoire de l'art et de l'esprit du temps », le passage suivant : « Parmi les portraits, on regarde celui de Rousseau, nouvellement peint par Aved, qui étoit d'abord mal exposé (ce qui ne déplaisoit pas beaucoup au public) et qui enfin a été mis dans un jour favorable. »

3. Exposition des tableaux... 17^8, Mercure de France, de 1738. Bibl. Nat., Estampes, Coll. Deloynes, t. 47, p. 119.

4. Lettre à Mme la marquise de S. P. i^., par L. C. D. N. Bibl. Nat., Estampes, Coll. Deloynes, t. I, p. 142-143-

5. Exposition des peintures... / 7^ <?. Abbé GUYOT-DESFONT AINES, Observations sur les écrits modernes , de 1738. Bibl. Nat., Estampes, Coll. Deloynes, t. 47, p. 133-136).

célèbre Rousseau, indépendamment du mérite de l'ouvrage, a ...dû nécessairement frapper tous les yetix. » Et l'abbé de noter, en bon observateur, l'étape que marquait le talent d'Aved : « Le même peintre s'est fait honneur par plusieurs autres portraits de différents genres, exposés cette année dans le Salon, où il a montré de grands progrès. On voit que dans ses portraits en pies, jusqu'aux genoux, dans ses bustes et dans la façon de les orner, de les historier, de les colorier, il s'attache, suivant le goût flamand, à la seule nature, et qu'il sait allier toujours la noblesse et la vérité. »

Ainsi la célébrité du modèle s'était unie au talent du peintre pour valoir à celui-ci le plus enviable des succès. Le public affluait. Les amis du poète, Desfontaines en tète, demandaient des copies. D'autres voulaient acheter le tableau. Aved, narrant à Rousseau ces menus incidents, lui exprime, en termes touchants, sa reconnaissance.

« Sy vous este sensible à l'empressement que le public a témoigné pour voir votre porteret, lui disait-il, vous devez estre extrêmement content. Le Salon a esté ouvert pendant i8 jours; il n'a pas désemplis de monde de tout étas grand et petis ; tout le monde voulet voir M. Rousseau. Je ne scay lesquel étoient les plus empressé de ceux qui vous ont veu autre fois ou de ceux qui ne vous ont jamais veu. J'ay actuellement trois graveurs qui sont les meilleur de Paris qui veulle vous graver tous les trois. Comme il n'en faut qu'un, je ne say comant me défaire des deux autres. L'on ma fait demander plusieurs fois sy je voulés vendre le porteret ; qu'on m'en donneray tout ce que je soiteret ; j'ai tout refusés. Pour des copie, j'en donneray à ceux qui m'en demanderont. Je me trouve très satisfait d'avoir eu le bonheur de vous pindre, puis que c'est une des meilleur chose que j'ay fait. Vous m'avés fait faire un pas, et c'est vous qui m'avés inspiré; je sens bien que vis-à-vis de vou on ne fait rien d'ordinaire. Soufrés donc, Monsieur, que je vous en fasse mes remerciement, et sy j'ay eu quelque honeur c'est de vous que je les tiens '. »

I. Lettre du 2 3 septembre 1738. Pièce justificative I, n° a.

A la fin de sa lettre, Aved, parlant du marquis de Nesle, faisait allusion au désir que celui-ci aurait de recevoir Rousseau chez lui, en France. Cette allusion, celle d'un autre ami de l'écrivain, labbé Desfontaines, que nous avons relatée plus haut, semblent indiquer qu'il y avait une sorte de conspiration amicale pour le faire rentrer en France. D'après Titon du Tillet, l'initiative de ce retour aurait été prise par le comte du Luc et M. de Sénozan, intendant et receveur général du clergé '. L'exposition du portrait permettait de tâter l'opinion à ce sujet, d'amener la question; les négociations devaient venir ensuite. Aved était, peut-être, chargé de pénétrer les intentions de l'exilé.

Celui-ci lui répondit aussitôt et, après les compliments obligatoires, témoigna que, sur ce point, ses désirs étaient ceux de ses amis :

« J'avoue, écrit-il, que je suis extrêmement touché d'apprendre qu'on désire mon retour en France, et cette considération, jointe à la justice que tout le monde rend aujourd'hui à mes mœurs et à ma conduite, a fort ébranlé la résolution que j'avois prise de finir mes jours à Bruxelles. L'amour de la patrie achève d'en triompher. Je suis prêt d'y faire un voyage, je le désire ardemment; mais on me refuse un sauf-conduit, qui m'est indispensable* pour faire cette démarche avec sûreté et agrément. Je respecte fort la parole des Ministres; cependant, comme il ne tient qu'à eux d'en manquer, ce seroit m'exposer à me faire mocquer de moi, si le cas arrivoit. Il s'agit de savoir si on pourra retourner ce petit fagot d'épines '. »

Sur ces entrefaites, Aved entreprit un autre portrait, celui de la fille aînée du marquis de Nesle, Madame de Mailly \ la maîtresse du Roi.

Nous n'avons retrouvé aucune trace de cette œuvre. S'il faut en croire un contemporain, elle dut imposer à notre peintre une tâche délicate, puisque la comtesse de Mailly brillait plus par les qualités intellectuelles que par la beauté '*.

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