‹ Le peintre Aved, sa vie et son œuvre 1702-1766Chapitre 120 sur 166 · J.-B. Rousseau à J.-A.-]. Aved · texte numérisé non relu

J.-B. Rousseau à J.-A.-]. Aved

Bruxelles, 26 septembre 1738.

Il m ’étoit déjà a revenu de plusieurs endroits que votre ouvrage avoit eu un succés qui S ’étoit répandu jusques sur moi, et je n'ai point été surpris qu'un aussi habile peintre que vous ait excité la curiosité du public sur moi, pour qui vous avez daigné mettre en œuvre la beauté de vos talens. J'avoue que je suis extrêmement touché d'apprendre qu'on désire mon retour en France, et cette considération, jointe à la justice que tout le monde rend aujourd’hui à mes mœurs et à ma conduite, a fort ébranlé la résolution que j’avois prise de finir mes jours à Bruxelles.

mn

CORRESPONDANCE D'’AVED 179

L'amour de la patrie achève d’en triompher. Je suis près d’y faireun voyage. Je le désire ardemment: mais on me refuse un sauf-conduit, qui m'est indispensable pour faire cette démarche avec sureté et agrément. Je respecte fort la parole des Ministres ; cependant, comme il ne tient qu'à eux d'en manquer, ce seroit m'exposer à me faire mocquer de moi, si le cas arrivoit. Il s’agit de sçavoir si on pourra retourner ce petit fagot d’épines. Puisque vous voulez sçavoir l’épitaphe Latine que je fis autrefois de mon cher ami M. Bou-

din, la voici :

Hippocrates jacet hic Gallus, quo sospite nusquam

Mors falcem gestare ausa est, aut ausa fuisset.

Vous serez peut-être plus content de cette Epigramme dont on vous a parlé; elle peint assez bien l’homme que vous connoïssez :

Habiller la fable en histoire, Et, causant toujours de mémoire, Propos sur propos enfiler, Vous croirez que ce caractère Est facilité de parler :

Ç'est impuissance de se taire 7.

Je suis, etc.

Publiée dans les « Lettres de Rousseau sur dijférens sujets ». Genève, 1749, in-12, t. 1, p. 205-207.

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