‹ Le peintre Aved, sa vie et son œuvre 1702-1766Chapitre 146 sur 166 · IV. VERS ADRESSES A AVED EN · texte numérisé non relu

IV. VERS ADRESSES A AVED EN

Epiître à M. Aved, par M. de Voltaire.

Peindre des traits, copier un visage C'est un secret que peut donner l'usage ; C'est un secret qui devient si commun Que, grâce au ciel, il cesse d’en être un.

Est-il au monde, état, province ou ville Où l’on n'ait pas cette adresse futile, Qui, didactique et froide en ses transports, Croit peindre l’homme en peignant ses dehors ? Mais de savoir décrire sur la toile Le cœur humain, son penchant, son étoile ; Dans un regard, sous un sourcil parlant, Tracer l’état, les mœurs et le talent ; Faire que l’âme, à travers les prunelles, Donne au dehors de vives étincelles ; Savoir enfin donner la couleur, Le mouvement, le souffle, la chaleur Et, par l’effet de cet adroit système, Mettre en suspens la nature elle-même :

C’est un secret, assez rare partout, Dont la recette est un présent du goût.

Oui, cher Aved, c’est la seule nature ( Qui sait fournir cette méthode sûre.

À Pour la saisir, il faut l’étudier Et, comme toi, s’en rendre l’écolier.

! Ceux que ta main consacre, immortalise, Seront toujours revus avec surprise.

\ Leur caractère au bout de ton pinceau ! Se fait sentir. Dans ton savant tableau | Tout ce qu'ils sont en un point se rassemble : | } Tu peins le corps et l'âme tout ensemble, û Et de là vient que tes riches portraits Répétant l’homme, avivant tous ses traits Plus éloquens, plus vrais que l’écriture, Font son histoire à la race future.

Rends par ton art, à nos derniers neveux, De notre temps tous les hommes fameux.

Et vous, beautés dont l’aimable jeunesse Malgré vos soins, court après la vicillesse,

VERS ADRESSÉS A AVED .

Par le pinceau, l’inconstance des temps Respectera vos charmes éclatans ;

Sur votre bouche, il fixera les grâces,

Et, sans jamais abandonner vos traces,

Le tendre amour, en dépit de la mort,

De vos attraits éternisant le sort,

Leur produira, dans le cours de chaque âge, De tous les cœurs la tendresse et l'hommage.

Bibliothèque de l'École des Beaux-Arts, manuscrit 147. La Collection Deloynes (Bibliothèque Nationale, Estampes, tome 61), donne une copie de cette épître sans attribution d'auteur, mais en revanche, dans cette collection, la pièce de vers est datée de 1739. Le prosdisme de ces vers rend peu vraisemblable leur attribution à Voltaire ou à Jean-Baptiste Rousseau. Pourtant, d’après Titon du Tillet, ce dernier poète avait écrit une cpitre à Aved qui n'aurait pas figuré dans ses œuvres (voir notre texte, p. 47). Mais Titon parle peut-être du Sonnet que nous avons reproduit. Les vers de Roy lui-même étaient plus légers. Le fameux « Glissex, mortels, n'appuyex pas » est de lui.

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