‹ Le peintre Aved, sa vie et son œuvre 1702-1766Chapitre 22 sur 166 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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. Lettres du même jour, au comte du Luc et au Procureur général. — Arch. Nat., Maison du Roi, Secrétariat, Lettres du ministre, o *383, fol. 370.

vingt-neuf décembre, le comte du Luc que sa présence serait officiellement ignorée, à la condition qu'il s’abstint de paraître beaucoup en public Le

Ainsi Rousseau, nous dit Titon du Tillet, « s’apperçut au bout de trois mois que son affaire qu'on lui avoit promis qui tourneroit à bien, alloit de plus mal en plus mal, et que ceux même qui l’avoient assuré de la terminer à sa satisfaction n'avoient pas pu seulement obtenir un sauf-conduit pour un an, au bout duquel le tems prescrit pour son bannissement devoit expirer : situation véritablement déplorable pour un homme qui fait tant d'honneur à la France par ses poësies, et qu'on devoit croire innocent du crime de ces infèmes couplets, dont il a nié avec tant d'indignation pendant plus de trente ans être l'auteur, et même devant le Corps de Jésus- Christ en le recevant à l’article de la mort. Il fut donc contraint de retourner à Bruxelles; 1l partit de Paris le trois février 1739, ayant les larmes aux yeux, étant plaint et regretté d'un grand nombre d'honnètes gens *. »

Il avait fait chez Aved un testament, dans lequel il nommait l’auteur véritable des trop célèbres couplets, mais il supprima cet écrit, quand Rollin lui représenta que son acte était peu chrétien ?. Malgré tout, sa rancœur était grande #. Les amis qui lui étaient restés fidèles ne lui en devinrent que plus chers, tels Louis Racine, Aved. Rousseau avait déjà rendu hommage au talent de son portraitiste ; dans la lettre que, le dix mai suivant, il lui adressait de Bruxelles, il rend pleine Justice à son amitié, à son cœur :

« Vous êtes le seul, Monsieur, lui dit-il, qui mayez détrompé d'une opinion que J'ai toujours eue, et que l'expérience confirme tous les jours, qui est qu'il n'y a point d'amitié qui tienne contre deux mois de séjour passés

1. Lettre au comte du Luc. Arch. Nat., Maison du Roi, Secrétariat, Lettres du ministre, O'* 383, fol. 377. 2. TITON DU TILLET, Le Parnasse françois, p. 741-740.

3. RACINE (Louis), Préface aux Lettres sur différents sujets, de J.-B. Rousseau, t. I, p. XIII-XIV. Voltaire, qui confirme ce récit, dit que c'est Saurin que J.-B. Rousseau voulait ainsi désigner. Siècle de Louis XIW. Œuvres, éd. Moland, t. XIV, p. 04.

4. « Je puis vous assurer, écrivait-il le 21 février à Louis Racine, que si je n'étois aussi parfaitement guéri qu'on a voulu que je le fusse de la maladie du pays, les bontés que vous me témoignez la rendroient

incurable. Il me falloit un malheureux voyage comme celui que j'y ai fait, pour me faire sentir tout ce que je perds à m'en voir éloigné. » Correspondance de J.-B. Rousseau et de Brossette, t. Il, p. 270.

sous le même toit. Vous ne vous êtes point ennuyé de moi qui m'étois ennuyeux à moi-même, et jenai passé aucun jour avec vous sans le compter

par quelque nouvelle marque de votre amitié. C'est à vous que je dois les

seuls momens agréables que j'aye eus pendant mon triste séjour à Paris, et vous connoitrez quels sentimens vous m'avez inspirés par le Sonnet que Je vous envoye. Je vous prie de le regarder comme un monument de ma reconnoissance, plutôt qu'un effort de mon esprit, qui n'obéit jamais à mon cœur

de la façon que jeule souhaiterois.

« Tandis que tu peignois mon image fidelle

De toi-même encor mieux tu traçois le portrait, Dans ces soins prévenans qui, servant ton souhait, Ont si bien combattu ma fortune cruelle.

Un mouvement si noble, un si généreux zèle,

À mon cœur attendri se peignant trait pour trait, Me faisoient admirer, dans un tableau parfait, De la vraie amitié le sensible modéle.

L’art te fit, cher Aved, un don bien précieux : Il t’apprit le secret de surprendre les yeux Et de rendre le vrai jaloux de sa peinture.

Le pinceau de Timante ! est ce que tu lui dois : Mais le cœur que, sans lui, te forma la nature, Est un présent plus rare et plus beau mille fois ?.

Rousseau s’informait ensuite du portrait de Louis Racine et d'un portrait de femme dont il faisait le plus grand éloge. Nous retrouverons ces

deux œuvres aux Salons de 1739 et de 1740?.

Aved, très occupé à ce moment, ne lui répondit que le quinze juin‘.

1. Il n’est peut-être pas inutile, aujourd’hui où l’histoire ancienne nous est moins familière qu'au xvin° siècle, de dire que Timante est un peintre fameux de l'antiquité.

2. Pièce justificative [, n° ÿ. Le sonnet se trouve dans l'édition des œuvres de J.-B. Rousseau publiée en 1743. Il a été reproduit dans la Revue universelle des Arts, t. XV (1862), p. 211.

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