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de l'année suivante. En même temps, il lui annonçait — en termes un peu voilés — les malheurs de leur ami le marquis de Nesle, qui venait d'être exilé à Caen, après avoir publié un mémoire contre ses créanciers !, et le mariage de M. de Vintimille, petit-fils du comte du Luc, avec Mademoiselle de Nesle, deuxième fille du marquis *. C'était un lien de plus entre deux familles qui aimaient également les deux amis, l'assurance de la protection qu’elles leur accordaient ?.
Au début de l’année suivante, le deux janvier 1740, Rousseau, remerciant Aved des vœux que celui-ci venait de lui envoyer, lui marquait, une fois de plus, sa vive affection et lui demandait le secours de son art:
& J'ai à Paris, disait-il, un ami dont vous m'avez oui parler plusieurs fois, et à qui Jai plus d'obligations qu'un fils n'en peut avoir à son Père : c'est M. Boutet de Monthéri ‘. Je sçais qu'il est dans le dessein de se faire peindre, et il sçait par moi que personne ne peut mieux que vous réussir à le satisfaire. Songez donc, mon cher ami, qu’en l'obligeant, vous obligerez le plus aimable et le plus galant homme de Paris, et que de mon côté je voudrois pouvoir, au prix de mon sang, le convaincre de tous les sentimens de reconnoissance dont je suis pénétré pour ses bontés et celles de feu M. son Père 5. »
1. Mémoire du S° marquis de Nesle, fait par lui-même, contenant les motifs de l'acte en forme de transaction qu'il d passé avec ses créanciers le 12 mars 1739. Arch. Nat., Papiers Mailly-Nesle, T 17. — Le marquis de Nesle, ui se débattait depuis de longues années au milieu de difficultés financières, avait été exilé à la demande du cardinal de Fleury. C'est sur les instances de sa fille qu'il fut envoyé, non pas à Evreux, mais à Caen, dont il préférait le séjour, GONCOURT (Ed. et J. de), Les Maïtresses de Louis XP, t. T, p. 34. Il fit son entrée à Caen, en novembre 1759, en compagnie de quatre pages, d'un écuyer, et de Mile de Seine. D'ARGENSON, Journal et Mémoires, éd. Rathery,t. Il, p. 311. Pièce justificative I, à° 8.
2. Le mariage avait eu lieu le 28 septembre 1739, dans la chapelle de l'archevêché de Paris. LA CHESNAYE- DESBOIS, Dictionnaire de la noblesse, t. 12, col. 867.
3. Lettre du 12 novembre citée : « M. Baudouin, ajoutait Aved... m'a dit que vous contiés que votre graveure ctoit bien taut faite ; cela ne pourra estre que les premiers mois de l’anné prochaine. >»
4. Les Boutet furent parmi les amis les plus dévoués de J.-B. Rousseau. Quand, par la suppression de la compagnie d'Ostende, le poète perdit toute sa fortune, nous dit Séguy, « M. Boutet, notaire et payeur de rentes, homme d'une vertu rare et qui lui avoit donné dans tous les temps les marques de la plus tendre amitié, lui fit une pension capable de fournir à tous ses besoins, et, après la mort de cet excellent homme, M. Boutet de Monthéry, digne fils d’un si généreux père, la lui continua. » Par son testament, Rousseau « laissait à M. Boutet de Monthéry ses actions sur la compagnie d'Ostende, avec ses tableaux... » SEGUY, Préface historique [aux œuvres de J.-B. Rousseau], p. 20 et 23. — Ce témoignage est confirmé par Titon du Tillet, dans son Parnasse françois.
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Presque en mème temps, le trois janvier, Rousseau écrivait à Boutet de Monthéri pour le décider à aller trouver Aved :
LAS E Vous me demandez mon sentiment sur M. Aved : c’est, après vous, le meilleur ami que j'aye, et, sans flatterie, je le crois pour le portrait, le meilleur Peintre de France. Quant aux attitudes, au bon goût des draperies, et autres perfections qui embellissent un portrait, Je ne crois pas que vous puissiez aussi bien choisir ailleurs. Outre cela il est aussi honnête homme qu'habile.…. F5
Nous ne savons si Boutet de Monthéri se laissa convaincre et si son portrait doit être ajouté à l'œuvre du peintre.
Cependant la gravure de Daullé n'était pas terminée. Rousseau, le vingtcinq juin, écrivait à Racine : « Je n’entends plus*parler de mon ami Aved ni de la gravure de mon portrait qu'il me promettoit pour le mois de février *. »
Un événement douloureux allait faire oublier aux deux amis ce petit souci. Le dix-neuf juillet 1740, le comte du Luc s’éteignait, âgé de quatrevingt-sept ans, au château de Savigny-sur-Orge ?. Les plaintes que Rousseau envoie à ce sujet à son ami ont l'accent d’une douleur profonde et vraie 4 :
« Hélas ! mon cher ami, je ne m'attendois plus à pleurer autre chose que mes infirmités. Quel sujet de larmes, et quelle perte viens-je de faire, bon Dieu ! Qui pourra me remplacer un ami du mérite, de la vertu, de la bonté et de la solidité de M. le comte du Luc? Consolez-moi, mon cher ami, si je puis être consolable. Entre toutes les marques de bonté qui me le feront repretter toute ma vie, celle de m'avoir procuré un ami comme vous en est une des plus touchantes. C’est dans votre amitié que je puis
1. ROUSSEAU (J.-B.), Lettres sur différents sujets, t. I, P. 239-240.
2. Correspondance de ].-B. Rousseau et de Brossette, t. Il, p. 282. — Dans une lettre au même Louis Racine, Rousseau s’était déjà plaint, le 1° mars, de « n’entendre point parler de la gravure de son portrait ». Ibidem, IL F9 SAS 0