‹ Le peintre Aved, sa vie et son œuvre 1702-1766Chapitre 71 sur 166 · EL · texte numérisé non relu

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A LE PEINTRE AVED

avons vu que toute sa vie il les a ambitionnés, sollicités. Il a été conseiller de l'Académie: il à commencé de peindre Louis XV; il a peint le Stathouder et espéré devenir le peintre de sa cour: il a demandé, redemandé la pension, le logement au Louvre qui, de son temps, « consacraient » un artiste aux yeux du public. Mais ses efforts n'aboutirent pas. De Troy, Largillière, Rigaud et ses élèves, gardèrent la clientèle de la Cour que Nattier devait, après eux, recueillir. La Ville resta pour notre peintre.

Peut-être ses débuts sous l'égide d'un peintre estimé, mais qui ne fut jamais placé au premier rang, n'avaient-ils pas servi ses efforts vers la Cour? Il est surtout certain que son caractère n'était pas celui qu'exige une carrière de peintre officiel : l'échec à peu près constant de ses efforts vers les situations qu'il ambitionnait montre qu'il devait manquer du génie de l'intrigue. Et puis, la nature même de son talent s’opposait à ce qu'il réussit en ce sens : l'amour, la recherche de la vérité, le réalisme en un mot le caractérisent; nul moins que lui ne dut savoir flatter ses modèles; toutes ses œuvres, et surtout ses portraits de femmes, le montrent. Ces qualités le désignaient-elles bien pour être le peintre de beautés habituées à se voir travestir en autant de déesses ?

Au reste, la société contemporaine tendait aussi vers plus de simplicité. Aved arrive à Paris, en 1721, au milieu de la Régence, dans cet « embourgeoisement » que signale Saint-Simon. Le roi est un enfant et le régent un sceptique qui s'amuse. Le rayonnement de la Cour a cessé, la Ville a hérité de son prestige. Les droits de l'argent, les droits de l'esprit s’affirment à nouveau. L'homme de Cour devient homme du monde. Dans cette société nouvelle, Aved a peint les personnages que le hasard lui a fait rencontrer. Il a fixé leur image au vrai, non pas en héros d'un Olympe fictif, mais en acteurs sincères de la comédie du monde. Et c'est en cela

qu'il est « bourgeois ».

Aved n'eut pas à se plaindre du choix qu'il avait fait. Sa réussite

L'ARTISTE ET SON ŒUVRE as

matérielle est certaine : il eut rapidement ce qu'on peut appeler « une bonne clientèle ». Dès 1737, il refusait 400 livres d’un portrait « jusqu'aux genoux ‘. » La même année, Rigaud, à l'apogée de sa gloire, exécutait cinq portraits qu'il faisait payer 600 livres chacun *. Pour les prix, les deux portraitistes semblent déjà à égalité. A lui seul, son art aurait pu procurer à Aved des ressources suffisantes et son commerce de tableaux ne dut qu'améliorer une situation excellente.

Mais dans la suite, le parti qu'il avait adopté : le choix de ses modéles, la façon dont il les représentait, le desservit aux yeux de la postérité. Il avait peint trop de personnages sans gloire. Quand l'art du dix-huitième siècle tomba dans le complet discrédit que l’on sait, il n'eut pas, comme d’autres, le bonheur que l'on retint son nom à la suite de celui d’illustres « sujets ». Quand, enfin, le goût revint vers cet art, on s’intéressa d’abord aux peintres de genre ou d'histoire, à ceux qui séduisaient par des qualités brillantes, des sujets piquants, ou à ceux chez qui se reflétait de façon frappante la vie de leur temps. On ne sut pas d’abord voir combien, chez un ÂAved comme chez un Philippe de Champaigne, le caractère d’une époque, d’un milieu, d'une classe, se trouvait exactement fixé, justement à cause de ce dédain de l’un et de l’autre pour l'effet facile, à cause de leur amour exclusif de la réalité.

Et, tout naturellement, une confusion suivit, les erreurs d'attribution naquirent. Ne pensant pas à donner à un peintre qu'elle oubliait des œuvres qu'elle jugeait remarquables, la critique les attribua aux artistes qu'elle connaissait déjà, à l'un d'eux surtout, dont le talent s'apparentait avec celui

d'Aved. C'est ainsi que l'on a trop souvent confondu Aved avec Chardin.

Il nous semble pourtant que l'œuvre de notre portraitiste est assez

2. RIGAUD (H.), Livre de Raison, publié par J. Roman, p. 215. Peut-être Aved fit-il certains de ses portraits pour son plaisir personnel seulement. Notons en effet qu'il en conserva plusieurs : J.-B. Rousseau, Mlle de Seine, etc. Voir le Catalogue.

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