‹ Le peintre Aved, sa vie et son œuvre 1702-1766Chapitre 72 sur 166 · EE LE · texte numérisé non relu

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caractéristique, sa manière assez nette, sa place dans l’histoire de l’art assez définie pour empêcher ces méprises.

Son art, on le pense bien, n'est pas le moins du monde isolé dans son temps et dans son pays. Il a connu de près ses prédécesseurs de toutes les écoles. Il a profité largement des leçons qu'ils lui donnaient. À l'école française du portrait, au dix-septième siècle, il doit une bonne part de la composition de quelques-unes de ses œuvres, surtout du début de sa carrière. Lefebvre de Laubrière, le président de Pollinchove, par exemple, ont une pose, une attitude, un cadre qui rappellent ceux des portraits de Rigaud et de Largillière. C’est peut-être aussi aux peintres que nous citions tout à l'heure : les Lenain, Philippe de Champaigne, qu'il doit un peu de cette simplicité, de ce goût pour le portrait psychologique si marqués dans la plupart de ses autres œuvres.

Mais ces derniers peintres s'apparentent nettement aux maitres de l’école hollandaise et peut-être Aved doit-il davantage à ceux-ci, qu'il avait bien étudiés. On a parfois exagéré cette influence. Aved, on a pu le voir, est tout autre chose qu'un « Batave » égaré chez nous ’. Il est certain pourtant quil a voulu imiter Rembrandt dans la disposition et surtout l'éclairage de certaines toiles : le portrait de Madame Aved, celui de Richer de Rodes, le prouvent assez. D'autre part, sa technique même est influencée par celle du grand Hollandais. Les larges empâtements, les longues coulées de peinture dont il use, celui-ci les aurait reconnus.

Ceci dit — et nous faisons la part belle aux influences —— il reste assez pour caractériser l'œuvre d'Aved.

La composition de ses toiles, d'abord. Le personnage est placé à peu près au milieu du tableau, son geste est sobre, naturel, approprié au caractère. Il est parfois représenté debout, mais notre peintre affectionne les portraits d'hommes assis, appuyés sur un livre ou tenant quelque objet, et

1. L'erreur a été faite du vivant même d'Aved. L'annonce de la gravure du portrait en Didon de

Mlle de Seine, dans le Mercure de France de décembre 1734 (p. 2687), appelle Aved « peintre hollandois ». C’est par Baillet de Saint-Julien qu'Aved a été nommé le « Batave constant ». Voir plus haut, p. 86.

souvent voisins d'une table; les portraits de femmes occupées à leur toilette ou à leur ouvrage.

Il n'aime pas les surfaces nues. Le fond de ses compositions est animé par les lignes verticales d'un pilastre, d'une colonne, par un rideau, une bibliothèque ou par le dessin de quelque étoffe damassée, appliquée sur la paroi. Les meubles qu'il représente sont sculptés. Sur l'espace vide d'un socle de vase, il laisse retomber une guirlande de capucines ‘.

Le coloris des chairs est vivement rendu, presque accentué. On lui a reproché sa dureté, son « briqueté » *. C'était ignorer les plus beaux portraits de femmes du peintre. Le portrait de Madame de Bacquencourt, celui de Madame de Sainte-Maure, celui de l'inconnue en bleu, montrent à eux seuls qu'Aved sut rendre la douceur, l'éclat, aussi bien que la matité de l'épiderme féminin. Quant au coloris des vêtements, des accessoires, des fonds, il est d'une grande variété, souvent vif, sans exagération, le plus souvent assez fondu.

Habituellement il fait venir l'éclairage d'en haut et de côté, la lumuière se concentre sur le visage et les mains, qu'il traite avec un soin minutieux.

Les étoffes, les accessoires sont rendus aussi avec une grande précision, sans petitesse. Ce sont presque autant de « natures mortes ». La dentelle d'un surplis, les broderies de la robe de Madame Crozat, l'aiguière posée sur la toilette de Madame de Bacquencourt sont rendues jusque dans le moindre détail; mais, grâce à l'art de la composition, ils n’attirent pas trop vers eux l'attention qui doit se concentrer sur la figure principale, ils servent seulement l'harmonie de l’ensemble.

Quant à sa façon de peindre, il semble qu’on puisse y distinguer trois « manières » principales. Certaines de ses toiles, que caractérise déjà un

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