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CHAPITRE II

Xa figure humaine

Académie d’après l’antique Académie d’après nature

Il était d’usage, autrefois, d’appeler académie l'étude d’un homme nu, dessiné ou peint dans son ensemble.

Aujourd’hui, on dit tout bonnement une figure.

Si le modèle est un homme vivant, la ligure est dite d'après nature ; si le modèle est une statue antique, la figure est dite d’après l’antique.

Si l’élève a suivi attentivement les leçons qui précèdent, et s’il en a profité quelque peu, elles l’ont amené au degré de force nécessaire pour étudier enfin des fragments du corps humain.

Il commencera par copier, d’après des moulages, tantôt la tête d’une statue antique : celle de la Vénus de Milo, ou tout autre, à son choix, tantôt la tête d’une statue moderne, celle du Gloria Victis, je suppose.

LA FIGURE HUMAINE

Se baser, pour la construction, sur l’exemple cicontre, qui représente une tete de Yitellius (époque de la Renaissance italienne) [ficj. 53, 54).

Il prendra ensuite une main antique, puis une main moulée sur nature.

11 passera au bras entier d'homme et de femme,

puis aux pides, aux jambes, au torse [fuj. 55, 50, 57, 58, 59, 60, 61).

Il consacrera à chacune de ces études deux séances de trois à quatre heures.

Après avoir travaillé assidûment ces morceaux isolés et s'etre familiarisé avec leurs divers aspects, l'élève les recommencera sur nature.

Et il abordera alors la figure dans son ensemble. Le dessin d’après la bosse ou plâtre doit être d’une exécution très souple; et aussi très blond, très clair. La matière elle-même étant blanche,

Fig. 54.

les ombres les plus foncées sont encore très pâles, comparées aux ombres des objets copiés directement sur la nature.

Donc, tout en observant avec soin les valeurs entre elles, faites clair en copiant le plâtre. Il vous en restera, lorsque vous aborderez la nature

LA FIGURE HUMAINE

vivante, de la légèreté dans le coup de crayon, et vous éviterez de tomber dans le noir , ce qui est

Fig. 55. Fig. 56.

le grand écueil quand on dessine pour la première fois un morceau d'après nature.

On croit donner de la vigueur en poussant au noir, et Ton perd de vue que la vie s'obtient par

la justesse du dessin, du modelé, et non autrement [ftg. 62).

Fig. 57.

On étudie le corps humain d’après les plus belles statues que nous ont laissées l’Antiquité

grecque et romaine ainsi que la Renaissance. Enfin, et surtout, d’après nature.

LA FIGURE HUMAINE

La statue, ou son moulage, offre l’inestimable avantage de bien poser et d’offrir des lignes de démarcation entre l'ombre et la lumière toujours

Fig. ü9.

nettes et précises, relativement faciles à lire. Elle présente, en outre, les caractères les plus généralement admis de la beauté physique chez l’homme.

Les Anciens, et particulièrement les Grecs, comprenaient l'art à un tout autre point de vue

que les artistes des époques modernes. Ils recherchaient avant tout un type de beauté et de perfection, où la pureté idéale des formes était

inséparable de la noblesse des proportions et des attitudes.

La vérité absolue de la nature, la vie réelle, les attirait moins. Aussi les mouvements de leurs

LA FIGURE HUMAINE

statues sont généralement froids, et les visages sont presque dépourvus d’expression.

Ce sont cependant d’admirables spécimens qu’il faut connaître aussi bien que les chefs-d’œuvre de la Renaissance et des maîtres contemporains, à l’allure vivante, au sentiment expressif.

Ces oppositions constituent par elles-mêmes un enseignement précieux.

Si l'élève, négligeant de se former le goût au contact du génie antique, passait au modèle vivant après avoir uniquement copié les sculptures modernes, une sorte d’instinct presque inévitable le pousserait à voir et à rendre avec exagération les formes du modèle.

Il gonflerait les muscles outre mesure, les veines

deviendraient des cordes tendues sous la peau ; et il arriverait à un ensemble tellement accentué comme formes et comme modelé, que son des-

sin — selon une expression d’atelier — ressemblerait à un sac de noix.

L’antique, avec sa majesté calme et sereine, modère cette tendance, et prépare à lire les formes vivantes avec la mesure qui convient.

Sans ce frein nécessaire, on arriverait vite à produire du faux réalisme, aussi éloigné du vrai que le classique mal compris.

Mais il faudrait redouter, en s’absorbant exclu¬

sivement dans l’étude de l’antique, de contracter certaines habitudes de voir et de perdre peu à peu, inconsciemment, l’amour et la recherche de la réalité.

C’est en menant concurremment ces deux études que l’élève profitera des enseignements et des traditions de l’antiquité, sans leur sacrifier l’inspiration directe et immédiate de la nature (/?^. 63,64).

Appliquer à la construction de l’académie on figure la méthode qui a servi à construire les dessins précédents.

LA FIGURE HUMAINE

Commencer par mesurer et fixer des points de

repère, suivant les deux lignes de contrôle, la verticale et l’horizontale.

Ceci fait, compter sept tètes ou sept tètes et

Fig. 64.

LA FIGURE HUMAINE

demie dans toute la longueur (Voir les Proportions humaines). Puis dessiner les grandes lignes du contour ou forme extérieure.

Quinze jours au moins seront consacrés à reproduire la pose et les proportions de différentes statues.

Il faudra n’employer que le fusain finement taillé, et n’indiquer que très légèrement les principales ombres.

A l’aide du fil à plomb, on se rendra tout de suite compte que, dans un bonhomme debout et de face, portant soit sur la jambe gauche, soit sur la jambe droite, la verticale doit toucher à la fois la malléole interne (cheville) de la jambe qui porte, et la base du cou, point d’attache des deux clavicules (Voir Anatomie) (fig. 65).

Enfin, quand on se sentira, sinon maître de sa construction, du moins suffisamment dégrossi pour que de lourdes fautes d'ensemble ne puissent

plus se commettre, on abordera le dessin inté rieur ou modelé.

Le peintre Cabanel enseignait à ses élèves qu’il faut dessiner ou peindre pendant la séance, comme si elle devait être unique et comme si le modèle ne devait plus revenir.

Procédez donc de façon que toujours et à chaque instant du travail, le dessin marche avec ensemble ; que jamais telle partie soit avancée, pendant que telle autre est à peine ébauchée.

Tout dessin doit, dès la première minute jusqu’à la dernière, dès le premier trait jusqu’au trait définitif, offrir un ensemble. Plus on avancera, plus es détails apparaîtront. L’essentiel est de mener tout de front, et de pousser son étude en bloc, non par parcelles. A cette condition-là seulement, le dessin pourra acquérir de la justesse et rappeler le modèle.

Deux recommandations utiles : bien éclairer le modèle, qu’il soit en plâtre ou en chair; bien choisir la pose, s’il s’agit d’une figure d’après nature. En fait de pose, la plus simple et la moins fatigante sera presque toujours la meilleure. Quant au choix de la personne qui pose, je n’y attache, en ce moment même, que peu d’intérêt. Beaux ou laids, tous torses vivants, tous visages vivants et animés sont intéressants et instructifs. Une étude n’est pas un tableau, et si le modèle manque de séductions pour les regards,

LA FIGURE HUMAINE

c’est une imperfection qu’il faudra lui pardonner pourvu qu'il pose bien.

L’élève qui saura dessiner une académie et qui s’y sera exercé quelque temps avec succès, se trouvera enfin en mesure de commencer à peindre {fi g. 66).

Mais avant de le guider dans cette nouvelle période de ses efforts en tâchant de lui épargner toute défaillance, comme nous venons de faire pour le dessin, nous terminerons cette première partie en exposant brièvement les notions les plus indispensables à un peintre :

1° En anatomie ;

2° En perspective.

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