‹ Le peintreChapitre 16 sur 40 · FACE INT. DU CRANE · texte numérisé non relu

FACE INT. DU CRANE

Fig. 90. — Trou occipital.

« seulement de deux pièces distinctes : d’une part, « le crâne et la moitié supérieure de la face, et, « d’autre part, le maxillaire inférieur. »

Les muscles ou myologie superficielle

La charpente osseuse est gouvernée et mise en mouvement par les muscles qui sont eux-mêmes gouvernés et mus par les nerfs , serviteurs et agents directs de l’encéphale.

Nous n’avons pas à nous inquiéter des nerfs qui, parleur situation dans l’organisme et le rôle tout à fait spécial qu’ils y jouent, échappent au domaine du peintre et n’intéressent que le physiologiste.

Quant aux muscles, leur nombre total s’élève à cinq cents environ.

Nombre des muscles selon Sappey.

« Le nombre des muscles ne peut être déter- « miné d’une manière rigoureuse. Il varie du reste « dans d’étroites limites. Chez quelques individus, « en effet, certains muscles font défaut ; chez « d’autres, on observe des muscles surnuméraires. « A ces deux causes qui jettent le trouble dans

« leur dénombrement, vient s’aj outer une troisième « plus importante : beaucoup d’entre eux se con- « fondent par une de leurs extrémités. Or, ces « organes, qui ont des insertions communes, repré- « sentent-ils un seul muscle, ou autant de muscles « distincts? Pour résoudre cette question, on ne « peut s’appuyer, en général, que sur des don- « nées plus ou moins arbitraires ; de là, entre les « auteurs, des causes de dissidences qui les ont « conduits à des résultats très différents. Quelques « anatomistes avaient porté le chiffre total des « muscles à quatre cents. Chaussier le réduisit à « trois cent soixante-huit; et Teile, plus récem- « ment, a cru pouvoir le limiter à trois cent qua- « rante-six. Ces évaluations sont évidemment « très faibles.

« Le nombre des muscles striés s’élève à cinq « cents environ, qui se répartissent de la manière « suivante :

« Pour le tronc . 190

« Pour la tête . 63

« Pour les membres supérieurs . 98

« Pour les membres inférieurs . 104

<c Pour les appareils de la vie nutritive . 46

Total . 501

La plupart de ces muscles sont enfouis profondément et n’ont aucun intérêt pour l'artiste.

Quant aux muscles superficiels, je renverrai pour leur étude aux traités spéciaux (Sappey, Mathias

Duval, Paul Richer), et me contenterai de décrire ici les principaux muscles de la face comme les plus utiles à bien connaître, soit dans leur forme, soit dans leur ensemble.

Muscles de la tête et de la face.

Toute la partie supérieure du crâne est dépourvue de muscles (fig. 91). Elle est recouverte par une

Fig. 91.

aponévrose, enveloppe fibreuse et résistante, qui sert d’attache aux muscles placés entre le crâne et la face, savoir : le frontal (1), dont la contraction produit les rides du front; Y occipital (2), placé à la nuque et qui tire le cuir chevelu en arrière;

F auriculaire supérieur (3 et 4), dont les mouvements relèvent le pavillon de l’oreille ; et enfin X auriculaire postérieur (5), qui tire l’oreille en arrière.

Les principaux muscles de la face sont les suivants : Y orbiculaire des paupières (6), qui préside aux mouvements de ces voiles protecteurs ; après la mort, il perd sa tonicité et les paupières restent entr’ouvertes ; de là vient l’habitude pieuse de fermer les yeux aux morts.

L’ élévateur commun de l’aile du nez et de la lèvre supérieure (7), dont le nom indique suffisamment la fonction ;

\d élévateur propre de la lèvre supérieure (8) ;

Le pyramidal (9) ;

Le transverse ou triangulaire du nez (10);

Le dilatateur des narines (11) ;

Le petit zygomatique (12), et le grand zygomatique (13), qui tirent la commissure des lèvres en arrière et en haut ;

Le masseter (14), muscle puissant qui rapproche la mâchoire inférieure de la supérieure ;

Le buccinateur (15), en avant du masseter : c’est lui qui se gonfle quand on joue de la trompette ( buccina , trompette) ;

Le triangulaire des lèvres (16), qui abaisse leur commissure ;

L’ orbiculaire des lèvres (17), qui joue le même rôle devant la bouche que f orbiculaire des pau-

pières devant les yeux. Ce muscle contribue : 1° à la succion (aussi, de tous les muscles de la face, est-ce un des plus développés chez l’enfant nouveau-né) ; 2° à la mastication, en ramenant (avec le buccinateur) sous les arcades dentaires les aliments broyés et projetés par les dents; 3° à l’articulation des sons ; 4° à l’expression de la physionomie.

Quant aux autres muscles de la face, placés plus profondément, ou simples accessoires des précédents, leur analyse serait ici tout à fait superflue et fastidieuse.

Myologie expressive

Expressions de la physionomie humaine

Les divers mouvements de l’âme s’expriment d’eux-mêmes sur notre visage, sans le secours de notre volonté, par le jeu des muscles de la face.

C’est ce que l’on nomme physionomie.

Le professeur Gratiolet a fait de cette partie de la myologie une étude approfondie et savante que l’on consultera avec fruit. Mais, ni le point de vue auquel il se place, ni l’objectif qu’il vise, ne sont tout à fait les nôtres. Nous ne suivrons pas Gratiolet dans les minutieuses recherches auxquelles il se livre. Notre rôle plus restreint se

bornera à la constatation des principales modifications que subit la physionomie, suivant que l’âme est affectée de tel ou tel sentiment.

Nous commencerons par l’œil.

Toutes les parties du visage concourent d’une manière plus ou moins active et efficace à l’expression de la physionomie, mais aucune d’elles — il faut le dire — n’est douée d’une éloquence plus rapide ni plus sûre que les yeux. Quand nous voulons lire dans le cœur d’une personne, n’est-ce pas tout de suite ses yeux que nous interrogeons? Cicéron appelle spirituellement les yeux les deux fenêtres de l’âme.

Dans la bonté, dans le bonheur, dans la tendresse, la paupière s’ouvre normalement; elle s’ouvre largement et avec force dans l’audace, dans la provocation, dans la colère, et se dilate graduellement dans la surprise, la peur, l’épouvante extrême. Au contraire, elle s’abaisse suivant une dégradation analogue dans la modestie, dans la réflexion, dans la honte et dans le remords.

Observez-la dans les moments de défiance ou de fourberie : vous la verrez retomber comme un voile destiné à dérober quelque chose à votre investigation.

Si notre pensée devient austère, si notre esprit se recueille en lui-même, si le sommeil plonge nos sens dans une inertie momentanée, alors nos yeux, n’ayant plus que faire, cachent

sous leurs paupières, ainsi que dans un étui, l’appareil visuel dont les services sont ajournés, et qui n’a pas besoin de fonctionner dans le moment.

Fig. 92.

Vienne le réveil, soit physique, soit moral, viennent avec lui l’inquiétude et les soucis, voyez comme immédiatement le regard s’anime! Semblable[au corps tout entier, il va et il vient, en proie

à une agitation fébrile, désordonnée, en rapport avec l’intensité de l’impression subie, jusqu’au moment où la réflexion le fixera, où la terreur le frappera d’immobilité.

Que notre cœur s’abîme dans la tristesse ou qu’il s’épanouisse à la joie, dénonciatrice de notre état moral, notre paupière elle-même se montre ou appesantie ou légère.

On m’accuserait de puérilité si je multipliais outre mesure ces observations. Je les résumerai comme il suit :

La prunelle se tient en haut et de face dans l’extase, dans la prière, dans l’adoration, dans la supplication (fig . 92), et dans l’enthousiasme.

Elle se tient en bas et de face, dans l'humilité, dans la modestie [fig. 93), dans la timidité.

Au milieu et de face , touchant les paupières , dans la franchise, la bravoure, la noblesse, l’ambition, la fermeté, l’autorité.

Au milieu et de face, isolée des paupières, dans la terreur, la fureur, l’horreur [fg. 94).

En haut et de côté, dans la défiance.

En bas et de côté, dans le dédain, dans le mépris.

L’expression des sourcils se lie étroitement à celle des yeux. Le peintre Lebrun, qui a écrit un gros traité sur les passions au point de vue expressif et pittoresque, n’hésite pas à considérer les sourcils comme le principal instrument du langage des yeux.

C’est en effet le sourcil qui, par ses contractions, modifie et détermine le dessin des lignes de l’œil. La position qu’il affecte, tantôt en se dilatant, tantôt en se contractant, tantôt en demeurant immobile, donne à l’œil cette configuration géométrique ou ronde, ou carrée, ou ovale qui correspond à tel ou tel sentiment.

Quand le sourcil se relève de façon à décrire un arc de cercle très ouvert, les paupières s’ouvrent comme lui et avec lui, et, par un mouvement exactement conforme au sien, elles s’arrondissent de manière à figurer presque un cercle. L’œil se montre sous cet aspect d’une façon très appréciable dans l’étonnement extrême.

Quand le sourcil sabaisse de façon que la ligne

dessinée par lui affecte la ligne droite, dans ce cas, la figure dessinée par l’œil se rapproche sensiblement d’un carré, et, sous cet autre aspect, l’œil exprime clairement la violence des sentiments qui agitent l’homme, volonté énergique, méchanceté ou fureur.

Enfin, quand le sourcil demeure en repos, quand il ne s’ahaisse ni se relève, l’œil affecte la forme d’un ovale plus ou moins parfait, et il exprime la quiétude,* la satisfaction.

Notre bouche n’a pas toujours besoin de parler pour se faire comprendre, et, à défaut du langage articulé, elle dénonce très bien par le simple mouvement de ses lèvres ce qui se passe en nous.

Les lèvres présentent trois positions distinctes :

Ou bien elles demeurent horizontales;

Ou bien elles se relèvent aux extrémités ;

Ou bien elles s’abaissent aux extrémités.

Dans le premier cas, elles expriment plus partie culièrement la tranquillité, la douceur, et, d’une manière générale, l’absence d’émotions vives.

Dans le second, l’expansion, la franchise, le plaisir, la gaîté ( fig . 95).

Dans le troisième, le mécontentement, la tristesse, la douleur.

Le front s’obscurcit en quelque sorte ou s’illumine tour à tour, suivant que la pensée conçue par l’esprit est basse ou sublime.

Quant au nez , sans aller aussi loin que les An-

ciens qui faisaient de lui le siège de la moquerie, on ne peut nier que, par la dilatation ou la contraction de ses deux ailes, il ne joue, lui aussi, un rôle dans les multiples expressions du visage.

Fig. 95.

Je bornerai ici l’exposé sommaire des divers mouvements des muscles de la face qui, par leur ensemble, constituent le jeu de la physionomie.

Ils ont été indiqués d’une façon aussi juste qu’ingénieuse à l’aide de simples lignes figurant

les diverses positions des yeux, du nez et des lèvres {fig. 96).

Fig. 96.

L’angle facial

On appelle angle facial l’angle formé par l’écartement de deux lignes imaginaires dont l’une traverserait horizontalement la face en passant à la fois par le bord inférieur des fosses nasales et par le trou auditif; et dont l’autre, remontant le longdu profil, toucherait en bas les dents incisives et à son sommet le point le plus saillant du front.

Il est clair que l’ouverture de l’angle ainsi formé sera déterminée par la dimension du front. Plus le front sera bombé, et plus l'angle facial se rapprochera d'un angle droit ; au contraire, plus le front sera fuyant, plus l’angle facial sera aigu.

Suivant les observations des anatomistes, la

mesure de l’angle facial est un étiage certain pour reconnaître et déterminer scientifiquement le niveau relatif des facultés intellectuelles chez les animaux.

Plus l’angle facial est ouvert, plus la race à laquelle appartient l’animal occupe une place élevée sur l’échelle des êtres; plus l’angle facial est fermé, plus la place occupée sur cette échelle est infime.

L’invention de ce procédé ingénieux que l’on pourrait appeler la craniomèlrie ou plus exactement encore F inlellectomêtrie , remonte au siècle dernier. Elle est due à l’anatomiste hollandais Pierre Camper, et a conservé son nom. On dit indifféremment angle facial ou angle de Camper.

Comme la plupart des inventeurs, Camper n’avait pas tiré lui-même toutes les conséquences de sa découverte. Il ne s’était guère servi de son mesurage crânien que comme d’un moyen pratique de pouvoir classer sans erreur les différents squelettes

des vertébrés conservés dans ses collections anato-

miques.

Les savants venus après lui ont contrôlé ses observations. Ils ne se sont pas bornés à en confirmer la justesse ; ils les ont transformées en loi.

Ce n’est pourtant pas que nous puissions adopter sans quelques réserves tous les verdicts prononcés par la jurisprudence empirique de l’angle de Camper.

Ainsi, l’angle facial est le même chez le chien et chez le mouton. Or, l’ intelligence du premier est incontestablement bien supérieure à celle du second.

Quoi qu'il en soit, à part un très petit nombre d’exceptions de ce genre, la concordance entre l’ouverture de l’angle facial et le degré de l’intelligence paraît généralement exacte. On ne peut donc que rendre hommage à la justesse ainsi qu’à l’originalité de cette sorte de critérium trouvé par Camper.

Chez l’homme, l’angle facial varie entre 80° et 85° pour la race blanche. Il est de 75° pour la race jaune, et seulement de 70° à 72° pour la race noire. Il existe même au Muséum un crâne ne mesurant pas plus de 65° (crâne d’idiot) (fig. 97).

Si de l’homme nous descendons aux autres animaux, nous rencontrons tout d’abord le singe et le chat , avec 35° ; — puis, le chien et le mouton, avec 26°; — puis, le bœuf , avec 16°; — puis le cheval et le cochon , avec 11°. Enfin, et suivant l’observation de Camper lui-même, l’angle le plus aigu appartient à la bécasse.

Il semble que les Grecs aient eu quelque instinct de cette loi, tout au moins en ce qui concerne la race humaine. On remarque chez leurs sculpteurs une tendance à exagérer l’ampleur de l’angle facial. Leurs plus belles statues offrent un angle facial de 90°, et même davantage. Il faut, là encore,

Race blanche.

Race jaune.

Race noire.

Crâne de singe.

Fig. 97.

reconnaître leur prédilection particulière pour ce genre d’esthétique qui les portait à rechercher toujours, et à choisir dans la nature le caractère leur paraissant le plus beau, afin de le mettre, pour ainsi dire, en vedette, fût-ce aux dépens de la vérité rigoureuse.

Proportions du corps humain

Proportions en hauteur.

Depuis les temps les plus reculés, on a étudié les proportions du corps humain, et cherché à établir les rapports de longueur qui existent entre les diverses parties dont il se compose.

On sait que les anciens Egyptiens divisaient le corps humain en un nombre déterminé de fractions égales, chacune de ces fractions ayant la longueur du médius (doigt du milieu de la main).

Pourquoi avaient-il choisi le médius comme unité de mesure, de préférence à telle ou telle autre partie du corps? C’est une question que nous laisserons débattre aux savants.

Sans nous arrêter à discuter curieusement sur le plus ou moins d’ingéniosité ou de justesse de la méthode égyptienne, nous constaterons tout de suite que le médius n’a pas réussi à maintenir sa

suprématie à travers les âges. Chez les modernes, il a été détrôné par le nez.

Les Egyptiens divisaient le corps en 19 doigts, nous le divisons en 30 nez, longueur qui correspond à 7 têtes 1/2 (fig. 98).

Voici comment se répartissent ces 30 fractions égales :

( Pour les cheveux .

] Pour le front .

1 Pour le nez .

f Pour la bouche et le menton .

Du menton à la base du cou . . .

De la base du cou à la base des pectoraux.. .

De la base des pectoraux au nombril .

Du nombril au pubis . .

Du pubis au genou .

Pour le genou .

Du genou au pied .

Du dessus du pied au terrain .

Ensemble

La longueur de la tête équivalant à 4 longueurs de nez, on voit que les 30 nez équivalent exactement à 7 têtes 1 /2.

Aussi, pour simplifier, a-t-on, dans les ateliers, l’habitude de compter, non par nez, mais par têtes.

Du reste, l’accord est loin d’être fait sur ces divisions. Les uns comptent 7 têtes, les autres en comptent 7 1/2, d’autres en comptent 8.

Les Grecs, nos maîtres en toutes choses, mais

plus particulièrement peut-être en goût et en

science artistiques, paraissent ne pas s’être conformés à un modèle uniforme de proportions.

Leurs statues comptent tantôt 7 têtes 1/2, tantôt 7 3/4, tantôt 8.

Les artistes de la Renaissance ont montré une faveur marquée pour la sveltesse, quelquefois même outrée, des figures. Jean Cousin, qui ne se contenta pas d’être un grand peintre et un grand sculpteur, mais qui, joignant le précepte à l’exemple, écrivit sur la peinture des ouvrages techniques d’un haut intérêt, Jean Cousin avait adopté comme artiste, et préconisé comme écrivain, la mesure de 8 têtes.

De nos jours, cette opinion a trouvé dans un physiologiste éminent un regain de considération et d’autorité. Voici, en effet, comment s’exprime le savant Dr Richer :

« La hauteur du corps, du sommet de la tête « au sol, est divisée en huit parties, dont cha- « cune égale la longueur de la tête, et ainsi « réparties :

« La première comprend la tête ;

« La deuxième s’étend du menton jusqu’aux « mamelons;

« La troisième, des mamelons au nombril;

« La quatrième, du nombril au pubis (milieu «du corps) ;

« La cinquième, du pubis à la moitié de la « cuisse ;

« La sixième, de la moitié de la cuisse au-des- « sous du genou ;

« La septième, du dessous du genou au-dessous « du mollet ;

« La huitième, du dessous du mollet à la « plante des pieds.

« Le milieu du corps est placé au niveau du <( pubis.

« Les principales mesures de largeur sont :

« 2 têtes au niveau des épaules ;

« 1 tête 1/2 au niveau des hanches.

« Le bras représente 3 têtes, savoir :

« 2 têtes depuis son attache à l’épaule jusqu’à « l’articulation du poignet ;

« 1 tête depuis le poignet jusqu’à l’extrémité « du médius.

« La longueur du pied a un peu plus de la lon- « gueur de la tête. »

Que penser de ces divergences d’appréciations? C’est que les proportions du corps humain ne sont ni assez certaines, ni assez fixes, pour que nous puissions formuler sur elles une règle absolument mathématique et immuable.

Mais, si la nature se montre quelque peu irrégulière, inconstante et capricieuse dans le choix et la déterminaison de ces proportions, en revanche, l’art n’éprouve aucun embarras à les choisir et à les déterminer lui-même conformé-

ment aux lois, non moins impérieuses et beaucoup plus faciles à constater, de la beauté plastique.

Figure de 7 tètes 1/2. Figure de 7 têtes.

D’après les règles généralement admises aujourd’hui, on sera toujours certain de donner de la

Figure de 7 têtes 1/2 ne mesurant plus, assise, que 6 têtes.

tournure à une figure, en lui attribuant les proportions suivantes :

Pour un homme, depuis 7 1/4 jusqu’à 7 1/2.

Pour une femme, depuis 7 1/2 jusqu’à 7 3/4 99, 100, 101).

Quant à la mesure de 8 têtes, on ne devra y recourir que dans des cas tout à fait exceptionnels.

Je citerai un exemple :

La Nymphe de la Seine , de Jean Goujon, nous charme comme figure décorative, comme partie d’un ensemble, comme motif d’architecture allongé entre deux pilastres et s’harmonisant avec leurs lignes. Il y a dans son élancement outré Fig 100 quelque chose d’un peu

conventionnel qui participe très logiquement de l’art ornemental proprement dit. Dans ces conditions spéciales, ses 8 têtes (et même 8 1/2) ne nous choquent pas (fig. 102).

Figure assise par terre, ne mesure plus, dans le sens de la verticale, que 3 têtes 1/2.

Mais exécutez ce bas-relief en ronde bosse, transformez par la pensée cette Nymphe en une

statue, détachez-la de ce qui l’entoure, isolez-la sur un piédestal au milieu d’une place publique. Elle vous étonnera certainement, et, je le crois, désagréablement, par sa longueur excessive.

Fig. 101. — Étude d’après nature (Ingres).

Si 1 on établit une moyenne entre les calculs

contradictoires dont on a parlé, on arrive à cette conclusion pratique : c’est que la longueur du corps humain varie de 6 têtes jusqu’à 7 têtes 3/4.

Et il faut ajouter que le plus ou le moins de distinction et d’élégance d’une figure dépend directement de ces variations.

Proportions en largeur.

Quand un homme

étend les deux bras

horizontalement de

manière à former

une croix, il peut

être circonscrit dans

, un carré. En effet,

— ~ ^ de l’extrémité de sa

Fig. 102.

main gauche à l’extrémité de sa main droite, il y a exactement la

même longueur que du sommet de sa tête à la plante de ses pieds ( fig . 103).

Proportions delà femme.

La femme est normalement moins grande que l’homme, comme l’est généralement la femelle chez tous les animaux vertébrés. La mesure de l’homme étant supposée lm,76, celle de la femme sera lm,68.

Le bassin étant plus large, les hanches sont plus écartées.

Les jambes sont plus courtes ; les côtes et les épaules plus étroites.

Les bouts des seins sont plus rapprochés l’un de l’autre. Ils forment avec la base du cou un triangle équilatéral.

La tête est plus haute, moins profonde à l’endroit de l’occipital, moins développée sur les côtés, à l’endroit des pariétaux.

Le visage est plus arrondi.

Enfin, et j’en demande humblement pardon à mes lectrices, la main de la femme est, toutes proportions gardées, légèrement plus grande que celle de l’homme.

Proportions de l’enfant.

Un enfant âgé de six mois atteint la hauteur des genoux de l’homme. A cet âge, il peut compter

4 longueurs 1 /2 de tête. Plus tard, il arrive à

5 longueurs.

A trois ans, il mesure près de 6 têtes.

Il est à ce moment arrivé à la moitié de la hauteur d’un homme, autrement dit à la moitié de sa croissance totale.

Il ressort de ces observations que la tête de l’enfant en bas âge est énorme relativement au reste du corps.

En conséquence, il est clair qu’un dessin qui représenterait un corps* de petit enfant construit

conformément aux proportions du corps d’un homme fait, à raison de7 longueurs 1 / 2 de tête, nous donnerait la figure

! , n , Enfant de 9 ans, mesure environ

non d un entant, 6 têtes

mais d’un monstre.

Il faut réduire ces proportions à 6,5 ou 4 1/2, suivant l’âge.

Sinon, au lieu d’un enfant, on obtiendrait un homme de petite taille, un nain (fig. 104).

Proportions de la tête.

Nous avons vu que la tête depuis le sommet du crâne jusqu’au menton peut se diviser en quatre parties égales, savoir :

1° Les cheveux;

2° Le front ;

3° Le nez ;

4° La bouche et le menton.

Le cou est lui-même d’une longueur égale à chacune de ces fractions (fig. 105).

Fig. 104.

Dans une tête placée de face et tenue parfaitement droite, la moitié de la distance comprise entre le sommet du crâne et la base du menton est déterminée ordinairement par une ligne horizontale passant par le milieu des yeux. Dans les cas où le nez, ou trop court ou trop long, ne représenterait plus le quart de la longueur totale, cette ligne ne passera pas exactement par les yeux, mais sera un peu au-dessus, ou un peu au-dessous de ce niveau normal.

Il y a des cas exceptionnels où le milieu de la tête se trouve au niveau des sourcils.

L’espace compris entre le sommet de la tête et le bas du nez est égal à la plus grande largeur de la tête prise au-dessus des oreilles.

La distance entre les deux yeux est égale à la plus grande largeur du nez [fi g. 106).

La longueur de la bouche est égale à la longueur d’un œil et demi.

Le haut des oreilles arrive au niveau des yeux, et le bas au niveau du nez.

La ligne des yeux, dans une tête de face, peut se diviser en cinq parties égales, 1, 2, 3, 4, 5, dont les numéros 2, 4 sont occupés par les yeux. Il y a donc entre les deux glandes lacrymales la longueur d’un œil. L’œil se divise en 3 parties égales, dont 1 pour la prunelle ( fig . 107).

Dans une tête se présentant de trois guarts) les mesures des hauteurs restent, naturellement, les

ANATOMIE SUPERFICIELLE DU CORPS HUMAIN 121 Fig. 105. Fig. 106. Fig. 108.

mêmes; mais on observe les particularités suivantes :

La partie comprise entre, d’une part, la bouche et le sommet du crâne, d’autre part, la ligne verticale du front et l’extrémité de la tête au-dessus de l’oreille, peut être circonscrite dans un carré (fig. 108).

On compte 3 longueurs de nez entre le contour de l’arcade sourcilière (petit côté) et l’extrémité de l’oreille, ces mesures prises à la hauteur de la ligne des yeux.

Il est bien entendu que ces mesures varient suivant que la tête est plus ou moins tournée de côté.

Dans une tête placée de profil, la longueur de l’oreille est égale à la longueur du nez depuis la naissance des sourcils. Elle est aussi égale à la distance qui la sépare de l’œil.

Dans la figure [fig. 109), elle se trouve au niveau du sourcil et du bas du nez, mais elle commence quelquefois au niveau de l’œil pour finir entre le nez et la bouche.

Enfin l’espace compris entre le sommet de la tête et la bouche est égal à l’espace compris entre la ligne verticale du front et le derrière de la tête.

Quand il s’agit de dessiner une tête, non plus droite, mais soit penchée en avant, soit renversée en arrière, plusieurs choses sont à considérer.

Si la tête se présente de profil et inclinée en avant , dans ce cas on se sert du fil à plomb, et

avec ce secours on abaisse une verticale à partir du point le plus saillant, qui, alors, se trouve être le sommet du front. Cette verticale forme avec la ligne oblique générale du visage un angle plus ou moins ouvert, selon le degré d’inclinaison de la tête.

Les lignes du visage, savoir : la ligne du sommet, la ligne des yeux, celles du nez, de la bouche, du menton deviennent obliques tout en conservant entre elles leurs distances relatives.

Dans ce dessin, l’horizontale qui divise la tête en deux parties égales ne passe plus par les yeux, mais par une ligne indiquant sur le front la naissance des cheveux [fig. 110).

Si la tête se présente de face et penchée en avant, ses lignes de construction cessent d’être des droites, elles deviennent des courbes.

Ainsi, la ligne horizontale qui, dans une tête droite, indique les yeux, dans une tête inclinée en avant s’arrondit et se déforme si complètement qu’elle ne représente plus du tout le milieu de la face.

On voit en grande partie le dessus du crâne, le visage paraît plus petit, les oreilles sont placées beaucoup au-dessus du niveau du nez et des yeux, et elles forment avec eux une ligne courbe.

Dans la tête d’enfant (fig. 111), la ligne horizontale qui, dans une tête droite, divise la tête en deux parties égales, se trouve, sur le front, presque à la naissance des cheveux.

Dans cette position, l’extrémité du nez et le haut de la tête égalent en volume la plus grande largeur des cheveux.

Si la tête se présente de face et renversée en arrière , ses lignes de construction deviennent des courbes dirigées dans le sens inverse.

La partie supérieure de la tête fuyant à son tour et disparaissant aux yeux, le bas du visage prend une importance relative énorme. Le dessous du nez, le dessous du menton deviennent visibles aux dépens du dessus, et les oreilles qui occupaient tout à l’heure une position dominante descendent maintenant au-dessous du niveau de la bouche

La partie du visage qui s’étend du sourcil le plus élevé à l’attache du menton et du cou, est égale à l’espace compris entre les deux contours des joues au niveau de l’oreille (fig. 112).

Enfin, si nous supposons une tête vue tout à

fait d’en dessous, et dans la position dite en raccourci, la distance comprise entre les contours des joues dans leur plus grande largeur est égale à la distance comprise entre l’attache du cou et le haut du front... c’est-à-dire que la tête aura tellement perdu de hauteur quelle se trouvera aussi large que haute ( fig . 113).

Figures habillées.

Nous venons de jeter un rapide regard sur les proportions des figures nues.

Dans la pratique, quand, à force d’études, ces proportions sont devenues tout à fait familières, point n’est besoin de toujours déshabiller le modèle pour se les remettre en mémoire.

Malgré la légende qui veut que certains peintres aient eu la fantaisie de dessiner leurs personnages nus avant de les vêtir, il serait puéril, dans les scènes d’intérieur, champêtres, costumées, dans la peinture de genre en général, d'établir les proportions autrement qu’avec les vêtements (fig. 114, 115, 116, 117, 118 119, 120).

Figure divisée en 7 têtes 1/2.

Sommet du crâne

Milieu du corps

Base des pieds

- if-

1 SfcU.AWÔlV

Fig. 114.

Fig. 115.

Enfant de 14 ans, mesure 6 têtes 3/4.

Fig. 116.

Figure assise mesurant 6 têtes 1/2.

Fig. 117.

Figure assise mesurant 5 têtes 3/4.

Fig. 118

Figure assise et courbée en avant ne mesure plus que 4 têtes 1/2.

Fig. 119

Figure assise par terre, ne mesure plus que 3 têtes 1/2.

CM

HH

Page 1