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CHAPITRE V

Zhéorie des couleurs

Spectre solaire

Ainsi qu’on l’a dit plus haut, l’art du peintre poursuit deux objectifs distincts :

1° La reproduction de la forme par le dessin ;

2° La reproduction de la couleur par la peinture.

Nous venons d’étudier le dessin ; nous aborderons maintenant la peinture proprement dite.

Mais, avant de songer à étaler des couleurs sur une toile, il est important que nous sachions tout d’abord ce que c’est que la couleur.

Tel sera l’objet du présent chapitre.

Nous l’avons constaté, une différence essentielle sépare l’une de l’autre la forme et la couleur.

La forme existe par elle-même, c’est-à-dire indépendamment de la lumière. Le rôle de la

THÉORIE DES COULEURS

lumière se borne uniquement à nous la rendre visible, non à l'engendrer.

La couleur n’est pas la propriété du corps que nous voyons coloré. Elle brille, s’efface, se gradue ou se transforme suivant les degrés d’intensité de cette lumière qui l’a fait naître en apparaissant, et qui la fera mourir en se retirant.

Considérons cet arbre qui se profile sur le ciel à travers la nuit.

Même dans l’obscurité la plus profonde, nous distinguons encore avec quelque netteté sa forme, sa structure, la direction de ses branches principales.

Pourquoi?

Parce que tout cela, c’est lui-même, parce que sa forme fait partie intégrante de son individualité, parce que sa forme ne peut le quitter.

Mais, au lieu de nous montrer ce beau feuillage vert, qui, en plein jour, reluisait si gaiement au soleil, le voici, à cette heure, tout à fait noir, dépourvu de toute espèce de coloration.

Pourquoi?

Parce que cette coloration verte, dont il s’embellissait à la lumière, n’était pas à lui... parce quelle ne dépendait pas de lui... parce qu’elle était un pur accident, un simple phénomène chimique produit par la lumière, et que, la cause ayant disparu, l’effet a disparu avec elle.

Car la couleur n’est pas seulement la fille de la

lumière. Elle est quelque chose de plus encore : elle est la lumière elle-même.

Je me garderai avec soin, dans un traité purement pratique, tel qu’est celui-ci, de m’appesantir longuement et prétentieusement sur le côté scientifique de la théorie des couleurs.

Les ouvrages de physique sont dans toutes les mains.

D'ailleurs, les quelques notions dont le peintre a besoin sont trop sommaires, pour qu’il me soit permis de les rappeler ici autrement que pour mémoire.

Chacun connaît le spectre solaire , chacun a pu observer dans l’arc-en-ciel, dans un prisme triangulaire de cristal, dans une carafe d’eau exposée au soleil, la décomposition de la lumière enrayons infinis.

Ces innombrables nuances, impossibles à délimiter tant le passage de l’une à l’autre est insaisissable, ont été divisées en sept groupes principaux :

Violet , indigo , bleu, vert, jaune, orangé, rouge.

Ces sept rayons, éléments constitutifs de la lumière, sont les principes de toute coloration dans la nature.

En effet , ce que nous appelons improprement la couleur d'un corps, c’est la propriété que possède ce corps de diffuser tel ou tel de ces sept rayons à l' exclusion des autres.

THÉORIE DES COULEURS

Par exemple, si nous disons que le coquelicot est rouge, cela signifie en réalité que le coquelicot est organisé de manière à renvoyer le rayon rouge de la lumière et à absorber les autres.

De même, si nous disons que le bouton d'or est jaune , cela veut dire que le bouton d’or renvoie le rayon jaune , et absorbe les autres.

Ainsi du myosotis pour le rayon bleu , de la violette pour le rayon violet , de X herbe ou des feuilles pour le rayon vert , des oranges pour le rayon orangé.

Deux couleurs ne se retrouvent pas dans le spectre, le blanc et le noir.

C’est que la première est la résultante de toutes les couleurs du spectre mêlées et fondues ensemble, et que la seconde n’existe pas, car elle n’est pas autre que l’absence de toute couleur, c’està-dire une privation de couleur, une fiction. En d’autres termes, un corps est dit blanc, lorsqu’il réfléchit en parties égales toutes les couleurs du spectre ; ilestditnoir, lorsqu il n’en renvoie aucune.

Pour démontrer que le blanc est produit par la fusion de toutes les couleurs entre elles, on se sert de la petite expérience suivante :

On dispose circulairement sur un disque de carton les couleurs du spectre en égale quantité, et on imprime à ce disque un mouvement de rotation très rapide. Le disque en tournant perd toute coloration, et paraît d’un blanc plus ou

moins pur, suivant que le mouvement de rotation est plus ou moins rapide (1).

Le spectre des peintres diffère de celui des physiciens. Ceux-ci ont conservé l’habitude de distinguer sept rayons, puisque les sept couleurs existent en effet dans la nature. Mais les peintres n’en comptent que six. Ils suppriment l'indigo comme étant non une couleur spéciale et distincte, mais plutôt une couleur intermédiaire entre le bleu et le violet, et participant de l’une et de l’autre.

Le spectre circulaire des peintres a été connu des plus anciens maîtres. Il présente les six couleurs dans l’ordre suivant (2).

Couleurs primitives ou simples Couleurs composites

On distingue les six couleurs du spectre en primitives ou simples et en binaires ou composites.

Les trois couleurs ronge, jaune, bleu , sont dites primitives ou simples, parce qu’elles ne peuvent être obtenues à l'aide d’aucun mélange des autres couleurs (3).

Les trois autres couleurs, vert , violet , orangé , sonl dites binaires ou composites, parce qu’elles

En imprimant au disque A un mouvement de rotation, on obtiendra le disque B (surface incolore/T

Spectre solaire

Se divise généralement en 6 parties comportant chacune, au minimum, 6 variétés de tons.

— Nous ne donnons ici que les principales variétés de chaque ton.

Couleurs fondamentales

ne pouvant se composer.

Couleurs composites

dérivant des trois premières

Jaune et bleu.

Rouge et bleu.

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se forment du mélange de deux des précédentes entre elles : le vert, du mélange du bleu avec le jaune; le violet, du mélange du rouge avec le bleu ; l’orangé, du mélange du rouge avec le jaune (4).

En résumé, il y a trois couleurs initiales, bleu, jaune, rouge. De ces trois couleurs dérive toute la coloration de la nature (3, 4).

Comme pour nos oreilles, les sept notes servent de point de départ à toute la science des sons, de même pour nos yeux ces trois couleurs bleu, jaune , rouge , servent de point de départ et comme de rudiment primordial à toute la science des couleurs.

Toute la coloration dans son infinie variété résulte des innombrables combinaisons de ces trois couleurs entre elles, puis de celles de leurs dérivées, de telle sorte que la multiplication des nuances dans le coloris n’a pas plus de limites que celle des sons dans la musique. Tons, demi-tons, accords ou dissonances, harmonie ou cacophonie, tout cela est à la peinture comme tout cela est à la musique, tant les lois qui président au mariage des sons offrent d’analogie avec celles qui président au mariage des couleurs !

De même que notre ouïe enregistre des impressions agréables ou choquantes, suivant que deux sons qui la frappent à la fois s’accordent ou se

nuisent entre eux ; de meme, lorsque nous apercevons deux couleurs différentes placées à côté l'une de l’autre, notre vue est ou charmée ou blessée, suivant que ces deux couleurs vont bien ou mal ensemble.

J’use à dessein de cette locution vulgaire : <( aller bien ou mal ensemble », parce que c’est celle dont on se sert communément pour dire que deux couleurs j uxtaposées produisent un bon ou un mauvais effet.

Le bleu et le violet ne vont pas ensemble, pas plus que le bleu et le vert.

Mais si je place entre le bleu et le violet un ton jaune ou légèrement orangé, entre le bleu et le vert un ton orangé tirant sur le rouge, j’obtiendrai un ensemble harmonieux et correct.

Il y a donc des couleurs qui s’appellent l'une l’autre, et d’autres couleurs qui s’excluent l’une l’autre.

h y a donc des couleurs qui se plaisent ensemble, et d’autres qui se détestent et qui se fuient.

Il y a donc entre les couleurs des sympathies et des antipathies réciproques, des affinités et des répugnances mutuelles.

Rechercher strictement, et appliquer avec précision ces lois naturelles des couleurs, est pour le peintre une obligation inéluctable; car c’est le plus souvent l’ignorance ou le dédain de ce code

THÉORIE DES COULEURS

mystérieux, mais inviolable, qui fait qu’un tableau, d’ailleurs bien dessiné et composé avec talent, nous déplaît quand il devrait nous séduire.

La palette du soleil

Pour peu que nous examinions le spectre avec attention au point de vue spécial dont nous venonsde parler, deux choses nous frapperont tout de suite :

1° Les six couleurs dont il est formé se succèdent de telle sorte, et sont placées les unes par rapport aux autres dans un ordre tel, que de leur seule disposition naturelle résulte un ensemble d’une harmonie parfaite, et produisant sur notre sens visuel une impression attrayante ;

2° Si nous essayons de troubler et d’intervertir cet ordre, aucune des modifications que nous apporterons à la disposition de ces six couleurs n'aura d’autre résultat que de remplacer l’agréable par le déplaisant, l’harmonieux par le criard, le beau par le laid.

« Les couleurs du spectre, dit M. Régnier, « dans l’ordre où elles se suivent, sont toujours « entre elles en parfaite harmonie, parce qu’elles « se suivent dans leur ordre naturel, que ce soit « en droite ligne, que ce soit circulairement.

« Les trois couleurs primaires, c’est-à-dire « celles qu’on ne peut obtenir par aucun mé- « lange : le jaune, le rouge, le bleu, placés circu- « lairement, sont toujours en harmonie entre elles, « dans quelque ordre qu’on les place.

« Mais, quand on y ajoute les trois couleurs bi- « naires, c’est-à-dire celles que l’on obtient par le « mélange de deux couleurs primaires, jaune et « rouge, rouge et bleu, bleu et jaune, il faut « qu’elles se suivent dans l’ordre du spectre pour « être harmonieuses ; car, si l’on ôte ou si l’on « déplace l’une des six couleurs de l’ordre où elles « se suivent dans le spectre, la succession bar- « monieuse est détruite en l’endroit où l'on a « ôté ou déplacé une couleur.

« Que la succession soit faite avec les trois cou- « leurs primaires ou avec les six couleurs du « spectre circulaire, si l’on en ôte une, les deux a d’entre lesquelles on aura fait la soustraction « se rapprocheront trop brusquement, l’effet sera « plus dur, l’harmonie relative sera détruite en « ce point, parce que l’ordre de succession sera « détruit.

« Ainsi les trois couleurs primaires, quel que « soit l'ordre dans lequel elles se touchent circu- « lairement, seront harmonieuses.

« Si entre le jaune et le rouge on place l’orangé, « en ce point l’harmonie sera plus douce que si « le jaune et le rouge se touchaient, parce que

THÉORIE DES COULEURS

« l’orangé participe également des deux extrêmes. « Il en est de même si, entre le jaune et le bleu, « on interpose le vert, qui est un mélange de « ces deux extrêmes. Il en est de même encore si, « entre le rouge et le bleu, on interpose le violet, « qui participe également de ces deux extrêmes.

« Et maintenant, si, entre le jaune et l’orangé, « entre l’orangé et le rouge, entre le rouge et le « violet, entre le violet et le bleu, entre le bleu « et le vert et entre le vert et le jaune, on ajoute « un nouveau mélange participant également des « deux couleurs entre lesquelles chacune de ces « couleurs se trouve placée, l’harmonie sera plus « douce encore.

« Enfin, si, par addition de blanc, on ramène le « rouge, le violet et le bleu à une valeur appro- « chant des tons du jaune, du vert et de l’orangé, « on aura atteint la perfection harmonique pos- « sible. »

De cette page judicieuse, que nous avons empruntée au remarquable travail de M. Régnier, nous déduirons logiquement cette conclusion :

C’est que le spectre sera toujours pour les peintres non seulement le plus sûr de tous les guides qu’ils pourront suivre, mais encore le plus éloquent de tous les professeurs auxquels ils pourront s’adresser pour approfondir la science de la couleur.

Le spectre leur offrira toujours en lui-même le

traité le plus savamment et à la fois le plus simplement écrit qui ait jamais paru sur la matière.

Car il n'y a qu'un coloriste , c'est le soleil, et le spectre est sa palette.

L’art des Corrège, des Rubens, des Delacroix, a toujours consisté à régler la leur sur celle-là.

Composition chimique des couleurs

Les couleurs industrielles sont tirées des minéraux, de la terre, de la houille, des animaux, des métaux, par des préparations plus ou moins compliquées. On les obtient sous forme de solides jaunes, rouges, bleus, etc., qui sont ensuite réduits en poudre et finement broyés.

On prépare les couleurs à l’eau, à l’huile, au pétrole, à l’essence, à la cire, à la colle, à l’œuf.

Les nouvelles couleurs sèches — Rafaëlli — sont préparées sous la forme de petits cylindres rappelant les bâtons de pastels.

Voici la composition chimique des principales couleurs que l’on emploie.

Blancs.

Blanc de plomb ou d'argent. — Carbonate de plomb ou céruse purifiée.

Blanc de zinc. — Oxyde de zinc, obtenu par combustion.

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Jaunes.

Jaune de Naples. — Antimoniate de plomb et sulfate de chaux.

Ocre. — Oxyde de fer, produit minéral naturel.

Sie?ine (naturelle). — Terre naturelle de Sienne (Italie).

Cadmium (clair et foncé). — Sulfure de cadmium (métal).

Jaune indien. — Produit animal, urine de certaine variété de serpents.

Rouges.

Vermillon. — Produit du soufre et du mercure.

Rouge de mars , brun rouge. — Oxyde de fer précipité.

Ocre rouge. — Oxyde de fer. Produit minéral naturel.

Laque de garance. — Racines de la plante.

Carmin. — Cochenille, petite punaise trouvée et cultivée sur les cactus.

Bleus.

Outremer. — Extrait autrefois du lapis, pierre d’un bleu d’azur très riche. Est obtenu aujourd’hui à l'aide de silicate d’alumine, de silicate de soude et de sulfure de sodium.

Bleu de cobalt. — Calcination d’alumine et de sel de cobalt (métal).

Verts.

Vert de cobalt. — Oxyde de cobalt et oxyde de zinc.

Vert émeraude. — Oxyde de chrome hydraté.

Violets.

Violet de cobalt , violet de mars. — Phosphate de cobalt, oxyde de fer-cobalt-alumine.

Bruns.

Terre de Sienne brûlée. — Terre naturelle ou oxyde de fer.

Bitume. — Produit naturel (mer Morte) ; ressemble au goudron.

Brun de mars , brun Vibert. — Oxyde de fer précipité.

Noirs.

Noir de vigne. — Sarments calcinés et pulvérisés (vignes du Rhin).

Noir de fumée. — Suie provenant de résines brûlées.

Noir animal. — Obtenu par la calcination des os (pieds de mouton).

Noir d'ivoire. — Obtenu par la carbonisation de débris d’ivoire.

Loi des Couleurs complémentaires

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