CHAPITRE XY
Quelques notes sur le costume et documents divers
Autrefois, les artistes professaient pour le costume en général un véritable mépris. En fait de vêtement, la draperie seule était admise et recherchée non seulement parce quelle écarte toute précision de temps et de pays, mais aussi parce que, dans la peinture religieuse et dans la peinture d’histoire, qui seules ont été en honneur pendant si longtemps, les plis d’une ample étoffe encadrent toujours bien une figure et aident puissamment à son style et à sa tournure.
Michel-Ange a dit :
« Quel peintre serait assez niais pour préférer « le soulier d’un homme à son pied? »
Et pourtant, dans un autre genre, notre inimitable Meissonier, un artiste de génie aussi, nous a montré dans ses tableaux et dans ses études, des personnages costumés si admirables de des-
sin et d’allure, qu’on est bien forcé de reconnaître que l’introduction du vêtement et du costume exact est dans certains cas une ressource de plus, mais ne saurait être envisagée comme une décadence.
On pourrait citer quantité d’œuvres de grands maîtres — et sans remonter bien loin — représentant des scènes de la Bible, de l’Antiquité ou de l’Histoire, dans lesquelles toute recherche de vérité dans le costume semble avoir été systématiquement bannie, de peur d’attirer l’attention sur des objets d’ordre secondaire et de nuire à la grandeur et à l’austérité du sujet.
C’est ainsi qu’on voit dans certains tableaux des guerriers grecs ou romains ayant pour arme offensive un glaive ou un javelot, pour arme défensive un bouclier, et pour tout vêtement un énorme casque.
Mais les innombrables découvertes de l’archéologie,- cette science toute moderne, ne nous permettent plus d’ignorer complètement, ou de traiter avec une fantaisie absolue les choses de l’antiquité. Ces questions, qui passionnent le monde savant, excitent par contre-coup, la curiosité du public quelque peu éclairé. Nous voulons de l’exactitude par-dessus tout, et nous nous emballons même souvent pour des reconstitutions plus ou moins fidèles (fig . 194).
De sorte qu’aujourd’hui un peintre, qui veut
Fig. 194. — Scène de sacrifice.
nous intéresser à un sujet quel qu’il soit, est tenu de nous montrer ses personnages vivant et agissant dans leur milieu, habillés avec les costumes du temps, et non dans un décor quelconque
avec des costumes de convention, ou même de son époque à lui, ainsi que faisaient encore certains artistes au siècle dernier.
J’ai donc pensé qu’il pouvait n’être pas indifférent au lecteur d’avoir sous les yeux, à titre de
simple indication, quelques costumes et quelques objets intéressants de différentes époques, em¬
pruntés à la collection si parfaitement documentée de l’École des Beaux-Arts ( Histoire du Costume , fig . 195 à 215),
Et s’il a clu goût pour ces sortes de recherches, et qu’il désire lui-même puiser aux sources, nous
l’engagerons à consulter plus spécialement les ouvrages suivants :
— L Histoire de l'Art égyptien, par Prisse d’Avennes ;
— Ruines de Pompéi , par Niccolini ;
Fig. 199. — Lyre antique.
— L'Histoire de l'Art dans l' Antiquité ,par Perrot et Chipiez;
— La Peinture antique, par P. Girard, qui com¬
prend la peinture égyptienne, la peinture orientale, la peinture grecque, la peinture étrusque, la peinture romaine (le tout au point de vue technique); — Enfin, f Histoire du Costume.
Fio. 201. — Francs (IVe siècle).
Fig. 202. — Laboureurs (XIIe siècle).
Fig, 203. — Casque (XII* siècle).