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CHAPITRE PREMIER

Xe dessin

Définition et divisions générales

Du chapitre précédent, le lecteur a tiré cette conclusion nécessaire :

Avant d'apprendre à peindre, apprenons à dessiner.

« Le dessin — dit Léonard de Vinci — est la base fon- « damentale des Beaux-Arts : c’est une imitation de tout « ce qui est visible, faite avec des lignes.

« On entend par le dessin, non seulement la forme par- « ticulière des corps, mais encore l’analogie de toutes les « parties qui en forment l'ensemble, qu’on appelle propor- « tions.

« On entend encore par le dessin, la précision du trait « et la finesse des contours.

« Le dessin a pour partage la forme, l’ensemble et la « pureté des lignes.

« I/ensemble est ce qui présente à la vue l’union de « toutes les parties d'un corps dans la proportion qui lui

« est propre, et sa perfection naît des rapports et de l’har- « monie des mouvements. C’est avec le dessin qu’on jette « les premiers fondements de la science de peindre. Sans « l’étude bien approfondie de cette partie de la peinture, « toutes les autres n’ont point de solidité. »

Mais le dessin lui-même exige et comprend un certain nombre de notions préalables, et les bases sur lesquelles il repose ne sauront être appliquées par l’élève avec une entière intelligence ni une entière sincérité, si jamais elles n’ont été ni exposées ni définies devant lui.

Gomment reproduira-t-il sans erreur le jeu multiple de l’ombre et de la lumière sur une main humaine, s’il ignore complètement la forme et la position respective des os et des muscles dont cette main se compose?

Supposez, au contraire, qu’il ait fait, même sommairement, de l’anatomie, et voyez avec quelle facilité il lira tout de suite dans ces formes extérieures, qui ne sont pas autre chose que la révélation plus ou moins apparente des os et des muscles cachés sous la peau.

On voit par là que l’étude superficielle de l’anatomie s'impose à l’élève dessinateur.

De même, l’élève appelé à donner sur le papier l’illusion d’une allée d’arbres qui s’éloigne, d’un édifice qui oblique, d’un chemin qui monte, d’une rivière qui fuit, d'un escalier qui tourne, etc., s’il n’a pour atteindre ce résultat d’autre ressource

LE DESSIN

quesavision, pourra, quellesqu’en soient lajustesse native et son habileté à dessiner, se trouver souvent fort en peine.

Mais s’il est quelque peu familiarisé avec les règles de la perspective, il verra promptement s’aplanir, à sa grande satisfaction, une difficulté en apparence insurmontable.

Il faut donc classer la perspective au nombre des études nécessaires à toute personne soucieuse de bien dessiner et de bien peindre.

Quelques maîtres — je le sais — ont nié ou contesté l’utilité de l’anatomie pour le peintre. Ils ont soutenu qu'une vue très exercée suffisait à celui-ci, et qu’il pouvait très bien copier ce qu'il voyait sans avoir besoin de connaître ce qu’il ne voyait pas.

Sans remonter à Michel-Ange qui a fait de l’anatomie une étude tellement approfondie qu’il considérait cette science comme la base même du dessin, il suffira d'invoquer ici l'opinion exprimée plus près de nous par l'un des plus parfaits dessinateurs au xixc siècle.

« Je tiens — dit Ingres — à ce que l’on con- « naisse bien le squelette, parce que les os « forment la charpente même du corps, dont « ils déterminent les longueurs, et parce qu'ils « sont pour le dessin des points continuels de « repère. Je tiens moins à la connaissance ana- « tomique des muscles. Trop de science en pareil

« cas nuit à la sincérité du dessin, et peut détour- « ner de l’expression caractéristique pour con- « duire à une image banale de la forme. Il faut « cependant se rendre compte de l’ordre et de la « disposition naturelle des muscles, afin d’éviter, « de ce côté aussi, des fautes de construction.

« Ils sont tous mes. amis, les muscles; mais je « ne sais aucun d eux par son nom1. »

Ce dernier mot résume spirituellement toute la pensée d’Ingres sur la question qui nous occupe. D’après lui, il importe donc que l’artiste connaisse bien l’anatomie superficielle du corps humain au point de vue général des formes et de la structure; mais il est absolument inutile de l’étudier et de l’approfondir au point de vue spécial des médecins et des chirurgiens.

C’est par des considérations analogues que le futur peintre devra étudier la perspective, non en mathématicien ambitieux de démonstrations et de théories savantes, mais purement et simplement en artisan avisé désirant contrôler son travail à l’aide de quelques-unes des règles certaines dont dispose la science.

En conséquence, l’étude du dessin comprend trois parties distinctes, savoir :

1° Le dessin proprement dit;

2° L’anatomie superficielle ;

3° La perspective pratique.

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