‹ Le peintre de Salzbourg: Les meditations du Cloitre. Adèlé. Thérèse-AubertChapitre 25 sur 26 · THilÈSB MJttKT · texte numérisé non relu

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disputaient à tous les refrains l'inappréciable faveur d'un baiser de préférence. Je ne me rappelle pas bien l'air et les parole» de ces chansons-là, mais il me sembloit qu'elles ne vibreroient jamais à mon oreille sans qne mou cœur en tressaillit, tant elles me révéloient de choses charmantes. Cependant , ce n'étoit rien en soi, ou plutôt cela seroit impossible à ex*, primée à ceux qui n'ont pas senti la même chose. C'étoit, si je m'en souviens, une belle qui s'étoit endormie au bord d'une fontaine, et que son père et son fiancé cherchoient sans la trouver. C'étoient des filles de roi chassées de leurs palais qui se réveilloient dans la forêt un jour de bataille, et qui faisoieut plus de vœux pour leurs prétendus que pour la couronne.

C'étoient les regrets des bergères qui s'affligent de ne plus aller au bois parce que les laurier sont coupés , qui aspirent après la saison qui doit ramener leurs danses et leur»

amours.

Je m'étois trouvé enfermé dans le cercle des jeux ; j'y avois été retenu d'abord par la curiosité d'une sensation nouvelle, et puis par cette satisfaction d'une âme fatiguée qui trouve à se

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délasser dans des émotionsdoaces , et pais enfin par un intérêt d'une espèce singulière qui aurait absordé tous mes antres sentiments , si je n avois pas connu Sancy. Plusieurs fois le nom de Jeannette , ce nom attaché à une jeune personne dont le candeur , la franche gaieté , l'air de bien-être et de contentement , reposoient agréablement la pensée ; plusieurs fois , dis-je, il avoit frappé mon oreille et retenti jusqu'à mon cœur. Je m'étois d'abord plaeé à côté d'elle, je la regardois, je comparais notre taille et nos habits, je me demandois si e'étoit Jeannette , et au moment où je me croyois près de me confirmer dans mes conjectures , elle se. perdoit comme à dessein au milieu de la foule. Enfin , les combinaisons d'un jeu nouveau me rapprochèrent d'elle , et une loi de ce jeu me prescrivoit de lui dire un secret. Je m'emparai de sa main , et je la portai sur mon sein, j'attachai mes yeux sur ses yeux, de manière à la forcer de soutenir un moment mes regards, je laissai tomber une tresse de mes cheveux , comme ils étoient dans le désordre de ma fuite , et je me penchai sur son épaule pour n'être entendu que par elle :

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Jeannette, lui dia-je, Dieu te récompensera, parée que tu as pris pitié d'un pauvre brigand \ . . — Elle poussa un cri , et tremblant de mon imprudence et de la sienne , elle déguisa son effroi sons je ne sais quel prétexte , après quoi elle rejoignit ses compagnes.

11 étoit fort tard quand j'entrai dans la ville, et l'obscurité favorisoit mes desseins. J'arrivai assez facilement à la maison de M. Aobert , parce que Thérèse me l'avoit indiquée avec beaucoup de soin, et le vieux domestique qui vint m'ouvrir me reconnut d'abord pour m'avoir vu quelquefois à la ferme , quand il y étoit envoyé par son maître. Je fus frappé de sa tristesse et de son abattement ; et je n'eus pas de peine à m'apercevoir , à la lueur de la lampe qui éclairoit son visage , que des pleurs tout récents avoient mouillé ses paupières. Cependant, il ne proféra pas une parole tant que la porte fut ouverte : mais à peine l'eut-il laissé retomber sur ses gonds , qu'il se bâta de déposer la lampe qui vacilloit dans sa main tremblante , tomba sur une chaise , et m'apprit , en fondant en larmes , que M. Aubert étoit arrêté. — Arrêté ! m'écriaije — ïl y a deux

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jours. — Et pourquoi ? — Sait-on pourquoi on est mené dans les prisons , et des prisons à l'échafaud ? me dit -il en secouant la tête; mais cela ne pouvoit pas manquer tôt ou tard , coatinua-t-il. C'étoit un trop honnête homme pour ces gens-ci , et depuis long-temps je pensois bien à part moi qu'ils finiroient par le tuer , pour le punir de n'être pas méchant comme eux. — Ils ne le tueront pas , ou je mourrai près de lui !... Antoinette, reprit le vieillard étonné ! — Qu'étois-je en effet , et comment pouvois-je essayer de délivrer à mon tour mon généreux libérateur, sans achever de le perdre? Il falloit cependant tout entreprendre , et , pour parvenir à quelque chose il falloit communiquer avec lui. Cela n'étoit pas aisé. Huit jours entiers se passèrent avant de rien obtenir parce que M. Aubert étoit au secret , et la permission enfin accordée à nos prières ne me concernoit point. En même temps , la correspondance de M. Aubert lui fut remise tout ouverte par le gardien de la prison. C'étaient deux lettres de Sancy , postérieures à mon départ. Je passai le jour a attendre dans une anxiété

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