‹ Le peintre de Salzbourg: Les meditations du Cloitre. Adèlé. Thérèse-AubertChapitre 4 sur 26 · Ll PEIKÏBE · texte numérisé non relu

Ll PEIKÏBE

de votre passage t et que mon œil , troublé de pleurs nçpouvoitplus distinguer l'endroit d'où vous étiez parti? Avez -vous assisté à ces longues veilles que je passais à gémir en m'occupant de vous ? M'avez-vous vus , enfin , — et pourquoi ne suis-je pas morte ce jour-là? je croy ois , j 'espérois mourir ; car je , ne pensois pas que le faible cœur d'une femme pût contenir tant de douleurs. — Dites, m'avez- vous vue , prête à expirer de désespoir à la nouvelle de votre mort ?

A ce mot , qui me frappait pour la première fois , j'ai soupiré ; — tant la seule pensée que j'aurois pu mourir de la sorte , emportant son amour et regretté par elle, m'offroit de charmes et m'inspiroit des désirs! Elle a poursuivi ainsi:

M. Spronck arriva de Carinthie à Saltzbourg ; il nous fut présenté. Je le vis. Il plut à ma mère. Moi-même , — je ne sais ., — mais je lui trouvois, — comme elle — quelque chose de votre air et de votre manière de sentir ; et, surtout , cette empreinte de mélancplie , ce caractère touchant d'une ame qui nourrit des peines cachées , ce je ne sais quoi qui impose avant que nous ayons entrepris de le définir.

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Il avok , d'ailleurs , éprouvé de grands chagrins. L'intérêt qu'il m'inspira, il l'auroit obtenu de vous. N'est-il pas vrai qu'il y a une tendre pitié qu'on ne peut refuser au malheur ?

Vous le savez , Charles , pendant votre absence j'ai perdu ma mère. Quand elle vit s'avancer le moment fatal , elle nous appela autour d'elle, — lui aussi; — d'abord elle me regarda , et un nuage d'inquiétude sembla ternir l'éclat qui commençoit à briller sur son visage. Ensuite elle nous regarda tous deux ensemble ; elle engagea la main de Spronck dans la mienne , et l'expression d'un volonté irrésistible s'arrêta sur ses lèvres mourantes-, puis elle passa si doucement de cette vie dans l'éternité, qu'on auroit cru qu'elle sommeilloit, si notre douleur n'avoit pas témoigné qu'elle n'étoit plus. Voilà comment , déplorable héritage de l'infortune et de la mort, je suis devenue l'épouse d'un autre ; c'est ainsi que j'ai trahi votre mémoire pour obéir à la voix de la nature et du tombeau ; et ce que toutes les puissances du monde ne m'auroient par contraint à faire , c'est ainsi que le dernier regard de ma mère l'a obtenu —

OU Ut PBIRTKE

Ceci achevé, Eulalie s'est tournée vers moi avec une douce compassion; Charles, a-t-elle dit, nous voilà comme deux voyageurs du désert qui avaient rêvé du repos et delà patrie , et qui reprennent parmi les sables un chemin laborieux. Tout s'est évanoui ; — mais armezvous de courage, et soyez sûr, ô Charles, que mon amitié vous suivra. —

En prononçant ces paroles, elle s'est échappée , disparaissant à la faveur des ténèbres qui descendoient sur le monastère. Je me suis attaché à ses pas; je voulois la retrouver et la voir une fois encore; mais le bruit que j'entendois , c'était celui du saule pleureur , qui frémissoit dans ses rameaux épars et dans sa chevelure mélancolique. Tout à coup j'ai répété ces mots, son amitié me suivra ; et avec quelle douceur je les ai répétés jusqu'ici ! Cette idée rassérénoit mes sens , embaumoit l'air , et jetoit sur toute la nature un charme indéfinissable qui tenoit de l'enchantement. J'ai été plus heureux , — pourquoi pas? j'étois avide d'affections ; et Dieu sait de quelles chimères je remplis quelquefois le néant de mon cœur.

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