‹ Le peintre de Salzbourg: Les meditations du Cloitre. Adèlé. Thérèse-AubertChapitre 6 sur 26 · PEINTE · texte numérisé non relu

PEINTE

Sans !« délivrer de cette ombre,

Le jour a lui} Elle promène un regard sombra

Autour de lui.

Dès que ses sens, chargés de veilles,

Vont s'assoupir, Elle murmure à ses oreilles

Un long Soupir.

Mais quand sa peine fut -comblée

Il eut merci, Et rendit son arae accablée

D'un noir souci.— 4 Puisse comme lui tout parjura

À son serment Subir de .«son lâche imposture .

Le châtiment.

En me rappelant cela , je me suis surpris à répéter cette imprécation d'une voix haute , avec l'accent de la colère, et je me suis enfui, plein de terreur ; car je craignois que lé ciel ne m'eût entendu.

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Le 8 teptetabre.

À quelque» pas» de Saltabourg, il y a un petit village, découpé d'une manière agreste et légère au revers de la montagne. Plusieurs ruisseaux descendus des rochers se réunissent audessous de l'enclos du presbytère , et forment ensemble un canal qui se déroule au travers»

de k plaine, comme un large sillon d'argent, et va se perdre dans la rivière. Le murmure de* petits flots , le mugissement éloigné des ondes , et le frissonnement des peupliers émus par le vent, s'harmonient avec une douceur inexprimable % et portent à 1 ame je ne sais quelle langueur , quel trouble délicieux qu'on aime à en» tretenir. Mais jamais ce tableau n'a un charmé plus indicible qu'à l'heure où le ciel, orné' dus couleurs de l'aube , sourit à l'approche du jour, quandùu brouillard humide^ blanchâtre nage sur îe vallon , et que les premiers feux du soleil commencent à dorer les plombs du

clocher.

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Ce matin, je me promenois de ce côte, en proie à des rêveries plus heureuses que d'habitude , quand les sons lugubres , distans et prolongés de l'airain mortuaire , sont venus me distraire de tous les songes dupasse. Je me suis tourné vers la ville, et j'ai vu, à l'angle du chemin , un convoi qui s'av&içoit avec lenteur, en récitant des prières Xa\ voix basse. Quatre hommes qui portoient une ^ière couverte d'un grand linceul ouvroient ce funeste cortège* Près d'eux marchoient autant de jeunes filles vêtues de blanc , les cheveux épars , les yeux rouges de larmes , le sein haletant de soupirs ; et , d'une main , elles soulevoient les extrémités du drap funèbre. Ensuite venoient pêle-mêle des femmes, des enfants et des vieillards , qui paroissoient tous pénétrés de douleur, mais d'une douleur muette et résignée; ce qui m'a fait penser que l'être infortuné qu'on allait déposer dans sa dernière demeure n'y étoit point accompagné par ses parents , car les regrets de b nature ont un autre caractère. J'oubliois de dire que le linceul étoit blanc , et qu'on y avoit attaché une petite couronne de fleurs, semblable à celles dont on pare le front des vierges.

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Lorsque la foule a été écoulée, je me suis adressé à une femme presque octogénaire , qui suivoit d'un pas plus tardif, à cause de son grand âge; et je lui ai demandé le nom de là personne qu'on emportait dans cette bière. — Hélas ! Monsieur, m'a-t-elle reparti en sanglotant, tous n'avez pas manqué d'entendre parler de la bonne Cordélia. Si jeune encore, elle étoit déjà la mère des pauvres et l'édification des sages. C'est elle qui est morte hier. — Mais comme j'ai témoigné à cette bonne femme que le nom de Cordélia m'était inconnu, et que, depuis quelques années , j'étais étranger à Saltzbourg, elle m'a raconté ce qui suit , pendant que je prenois son bras pour lui adoucir les fatigues du voyage.

« Cordélia éèoit née d'une famille opulente-; mais elle étoit si humble et si compatissante pour la misère, qu'on ne s'étoit jamais aperçu de sa fortune qu'à ses libéralités. La mère de Cordélia se glorifioit de sa fille ; les pères la donnoient pour modèle à leurs enfants ; ses amies la nommaient avec orgueil ; les pauvres la bénissoient ; et l'envie elle-même se taisoit quand onparloit d'elle; car tout le monde l'aimoit,

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tant elle était douce et bonne, la pauvre Cordélia ! Il fait bien que les anges en aient été jaloux, pour que Dieu l'ait éprouvée à ee point. Il y a déjà long-temps que sa mère s'aperçut qu'elle dévoroit un chagrin caché , et qu'elle s'efforça de pénétrer le mystère de son cœur. Qu'as-tu, ma Cordélia? lui disoit-elle ; et Cordéiia se penchoit sur le sein de sa mère , et gémissait. Tu aimes? ajouta sa mère un jour.

Cordélia ne répondit rien. C'est que c'étoit là son secret , et qu'elle n'osait ni le taire ni l'avouer.

» Cependant elle n'avoit point à rougir du choix qu'elle avoit fait, car Guillaume est un digne garçon; mais elle croyoit qu'on ne voudroit point consentir à son mariage avee lui , parce que Guillaume étoit pauvre. Voilà pourquoi elle déroboit la connaissance de son mal , quoiqu'il s'accrût tous les jours. Enfin, elle fut atteinte d'une maladie effrayante , et dans les accès de délire qui la saisissoient , elle prononçoit souvent le nom de Guillaume. Quant la fièvre commençoient à se calmer, et que Cordélia reprenoît ses sens, sa mère s'nsseyoit auprès d'elle, et l'interrogeoit de nouveau. Une

foie elle pouvait de tout , parce qu'on lui apprit comment elle, s'étoit trahie. Ses parents te rouirent ; et après y ayoir mûrement réfléchi, il» résolurent de la mariera Guillaume, poiaqu'alle lui avoit donné ton amour.

» On profita d'un de ces moments paisibles oùGordélia laissoit quelque espoir de convalescence pour lui en apporter la nouvelle, et comme on pensoit que sa parfaite guérison pouvoit dépendre de cette union tant désirée, on prit jour pour y procéder, dans une chapelle voisine de la maison. C'étoit hier , à pareille heure que maintenant , et précisément comme elle venoit d'atteindre .à sa dix-septième année. Elle se leva , s'habilla , et se rendit à la chapelle, entre sa mère qui étoit toute consolée, et Guillaume qui ne se sentoit pas de joie. Ces amies qui l'entourent encore marchoient à ses côtés. On disait en la voyant passer. : Voyez Cordélia ! elle est plus pale, mais elle est au moins aussi belle. En effet , son air étoit plein de noblesse , de grâce et de sérénité. Seulement , au pied de l'autel , elle prononça tout bas ces mots , en s'appuyant sur Guillaume : Je me trouve mal.

On la ramena $ mais le coup étoit porté , et il

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avoit détruit tontes les ressourcés de la vie; Quelques minutes après midi , son œil sembla se ternir et s'éteindre. Elle le fixa tendrement sur son mari et sur sa mère , soupira et sourit. Ensuite elle détourna la tête , et demeura immobile. Guillaume effrayé prit sa main ; elle étoit froide. Gordélia venoit de mourir ! » -

Nous marchions déjà dans le village que Cor* délia , pendant le cours de sa maladie , avoit marqué pour le lieu de sa sépulture ; et je m'infbrmois encore , avec une triste curiosité , de tous les détails de cet événement. J'aimois à entendre comment cette âme. sensible et généreuse s'étoit fait connaître des malheureux pendant son trop rapide séjour sur la terre* Je plaignois Guillaume surtout; car, de survivre à ce qu'on aime. ... — Que dis-je ? Il en mourra, sans doute!

Et cependant nous arrivons devant l'église.

La porte s'ouvre , le corps est déposé sur le seuil ; et le prêtre debout , les yeux levés au ciel , le iront calme , les bras étendus , l'aspersoir à la main; laisse tomber quelques gouttes d'eau consacrée sur la prison étroite et mystérieuse qui renferme Cordélia. Ensuite

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on introduit le cercueil, le convoi l'accompagne, silencieux , sous la nef antique , et se divise en deux rangs , auprès des grilles du chœur ; le peuple se prosterne , et le sacrifice commence. Quel spectacle elle offroit a mes yeux , et de quelles idées elle venoit assaillir mon cœur, cette pompe touchante que la religion a placée comme un point de repos entre le trépas et l'éternité ! La sainteté du lieu ; la grandeur des cérémonies ; la mélodie imposante qui retentit dans l'enceinte sacrée ; les vapeurs de l'encens qui se mêlent à la fumée des flambeaux funéraires ; un prêtre auguste qui apporte au Tout- Puissant les prières de la midtitude ; une foule pieuse qui appelle les miséricordes inépuisables du Créateur sur le tombeau de la créature; Dieu lui-même , descendu en victime expiatoire pour la rédemption des hommes , et ramenant les fidèles au pied du trône do son père ; — et près de moi , dans cette bière , — sous ces tristes livrées de la mort , — une jeune fille qui avoit à peine rêvé les embrassements d'un époux , et qui échange si vite ses roses contre des cyprès , les délices de son printemps contre les secrets do l'avenir , son lit nuptial contre

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