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.une fijgseî une vierge qui n'était pas dépouillée de sa robe d'hymen , et qu'ils vont jeter à jamais dans la terre humide et profonde, à la merci de toutes les intempéries des saisons et de tous les ravages du temps 1 Cette innocente Cordélia, hier, hélas! si ravissante cfc perfections et de beautés 5 aujourd'hui, un cadavre !
Tandis que je me livrois à mes réflexions, le cortège s'est porté au cimetière , où il devoit laisser Gordélia ; et les regrets qu'elle inspiroit ont éclaté avec plus d'amertume. C'est alors qu'on auroit pu penser que chacun pleuroit en elle une fille ou une sœur chérie, tant l'idée de s'en séparer pour toujours , et de perdre bientôt de vue le peu qui en restoit, avait augmenté le développement de toutes les douleurs!
Dans ce moment même , un étranger s'est approché , et quel homme ce devoit être que celui-ci! H paraissoit toucher à l'âge mûr; mais quelque grande douleur avoit déjà gravé sur* son front les empreintes d'une vieillesse anticipée. Son regard doux et fier, tendre et cependant un peu sombre, comraandoit le
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respect , l'admiration et l'amour; et je ne sais quoi de céleste et d'éblouissant flottoit sur son visage, avec une majesté incomparable. H est venu, à moi, il m'a interrogé d'une voix émue, et je lui ai répété en peu de mots ce qu'on m'a voit raconté de Cordélia et de sa mort ; mais quand j'en suis arrivé à la fin de ce récit , il a cessé de nrïnterroger, et, peut-être, de me voir $ ses joues se sont enflammées , ses membres se sont roidis , tout son corps a tremblé d'une convulsion subite ; il s'est précipité vers la fosse , il y a attaché un regard avide ; et quand on y* poussé le cercueil , et que les aïs ont crié en glissant le long des cordes, ses bras qui cherchoient un appui , se sont enlacés autour de moi : — Oh ! vous ne savez pas , s'écrioît-il, vous ne saurez jamais ce que cette matinée me rappelle de tourments ! Vous ne savez pas qu'autrefois j'ai vu mourir et tomber ainsi sur la terre celle qui étoit, à elle seule, toute ma joie et tout mon amour, — ma sœur d'adoption , — l'amie de ma jeunesse , — l'épouse qu'on alloit me donner. — Et il a perdu connaissance. Dès que nos soins empressés ont eu ravivé son cœur, je l'ai entraîné loin de
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cette scène d'affliction; et, marchant à grand* hâte du côte de la ville , noua ne nous sommes arrêtés qu'au détour de ce chemin d'où j'avois vu descendre lé convoi, et lorsque le village «'est caché derrière le pied des coteaux boisés, comme sous un rideau.
Là, nous nous sommes séparés; mais avant de me quitter, — en me pressant contre son sein avec une ferveur d'amitié dont j'étois tout enorgueilli, en me prodigant des témoignages ai affectueux de reconnaissance pour une action si simple , il s'est nommé; et cet inconnu , vers qui mon cœur avait volé d'abord, — c'est l'époux d'Eulalie!
Quand je me souviens, après cela, qu'Eulalie avoit cru découvrir quelques rapports entre nous ; et quand je me le représente avec sa physionomie de demi-dieu , il me semble que «'est une faculté qui a été accordée aux âmes tendres, en dédommagement de la vicissitude de nos affections , que de pouvoir retrouver partout des images de ce qu'elles ont aimé,.
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Le 9 septembre.
Cest encore ici une marque de la faiblesse «le notre esprit , et de l'inutilité des efforts qne nous employons à combattre nos penchants. 11 m'est bien démontré que notre vie a été prévue et ordonnée avec toutes ses harmonies ; que toutes les habitudes, toutes les relations que nous contractons dans le commerce du monde , sont des conséquences nécessaires de notre organisation ; et qu'il ne nous appartient ni d'expliquer ni de vaincre les sympathies dont nous nous trouvons quelquefois liés. Par quel autre ascendant que celui d'une autre fatalité toute-puiçsante, ce ravisseur qui m'a dépossédé de mes plus chères espérances seroit-H venu me séduire et me subjuguer , quand tout m'étoit odieux en lui , et que j'aurois voulu pouvoir mettre un monde entre nous deux? N'est-il plus l'époux d'Eulalie , et Eulalie , ne Faimé-je plus?
Qui empêchoit cependant que je passasse ma
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vie entre eux ? Idée si riche en délices que ma faible imagination s'en étonne ! qui empéchoit que je fusse son époux comme lui , et qu'elle nous partageât sa tendresse ? Une âme d'une sensibilité si vive et si tendre ne nous auroitelle pas facilement confondus dans- son amour ? et fallok-il que le bonheur des autres ne s'enrichît que de mes pertes et de mes douleurs ? Il le faut avouer , c'est une condition bien digne de pitié que la mienne ! car tout maltraités du sort que soient la plupart des hommes , j'ai tu, du moins, qu'ils pou voient se dédommager de la sévérité de leur fortune dans quelques sentiments consolants. Moi seul , sur cette terre misérable , je réunis toutes les misères de l'humanité ; et tout ce qui les charme ou les soulage m'est cruellement interdit. Mes affections les plus douces deviennent des tourments insupportables ; et sur mes lèvres , l'air même que je respire s'empoisonne depuis que Dieu m'a déshérité de sa provideace !
DI ftALTHMUt.
Le 10 septembre.
Cepeiafeufl il en à aimé, il en aime, il en regrette une autre. Il netait point l'aimer comme je ràimois. Il ne rapporte pas à elle seule ton» âfcs souvenirs , tontes ses pensée», tonte* sa vie; et sur le sein d*Eulalie , il rêve un antre amour et une autre félicité. Désabuse-toi de ton bmh beur , âme tendre et confiante ! Gel époux ne t*étoit pas destiné. Ses transports, ses soupire, se» larmes ne sont point pour toi* Ce n'est point ton qu'il désire , <|u'2 cherche à son réveil ; mais celle que les prestiges de la? nuit lut avoient inontrée , et qui enehantoit son sommeil adultère* Infortunée ! ce n'est point toi qu'il aime! et de quel droit exigeroit-il de toi l'affection qu'à ne peut plu* te donner ? n?est-il pas nul rengagement qui a violé tons les engagements du cœur, et qui a trahi la nature ?
Je peurrois donc — jamais. Cette idée a beau fermenter dans mon sein , — jamais !
Chimère! illusions de ténèbres ! Qui snis-je,
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hélas ? un captif dont l'imagination s'est reposée un moment dans des songes voluptueax f qui croyoit marcher sur des routes de verdure, et sous des bocages de roses ; qui ne s'occupoit que d'espérances faciles et de pensées riantes, et qui retrouve tout-à-coup autour de lui ses» chaînes et son cachot. <*
Quand je mç vois ainsi séparé de tout bon— heur par un océan sans rivage ; quand je me sens froissé , anéanti par le désespoir ; quand j'observe comment toutes mes facultés se dégradent et s'irritent tour-à-tour dans cet état de convulsion et de douleur ; quand j'essaie de calculer jusqu'à quel point de légères modifications de circonstances ou de tempérament peuvent influer sur nos résolutions les plus graves , et que je réfléchis sur tant de misérables que le ciel a jetés , avec une sensibilité brûlante , au milieu des contraintes et des luttes de la vie, — je m'étonne moins de compter un si grand nombre de réputations écrites avec du sang , et je m'indigne des jugements insensés de la foule* Interrogez ces fiers , ces aveugles dispensateurs de gloire et de châtiments : ils ont tout apprécié , tout mesuré, tout prévu. 11 n'est pas un crime,
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pas une pensée qui échappe à leurs lois , à leurs inquisitions , à leurs bourreaux ; — et cependant ils ne savent pas , ils ne sauront jamai» combien est faible , étroite , imperceptible , h distance qui sépare un révolté de son empereur et le supplice d'un proscrit de l'apothéose d'u> demi-dieu.
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I* i i septembre.
Pour la seconde fois je l'ai va ~~ j'entrai* dans une maison étrangère ; -on m'annonce , et M. Spronck yole à moi avec les marques de la pins vive affection. — Charles Munster ! a-t-il dit , hélas ! c'est donc vous ! — et il n'a point achevé; mais son silence même parle à mon cœur. Il sembloit me plaindre et se justifier ; il vouloit se défendre de ma haine ! et moi , pendant ce temps-là , frémissant , interdit , et les yeux trempés de pleurs , j'ai été vingt fois tenté de me jeter à ses genoux — ou dans ses bras.