‹ Le peintre de Salzbourg: Les meditations du Cloitre. Adèlé. Thérèse-AubertChapitre 8 sur 26 · SB SALTU0V1G · texte numérisé non relu

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11 y a des plaisirs 'que nous avons goûtés arec tant de délices , que nous croirions volontiers que le souvenir qui nolis en reste doit suffire à nourrir notre eceur d'idées riantes et heureuses, pendant tout le cours de la vie ; et quand nous nous retrouvons , long-temps après , dans les mêmes circonstances , il arrive cependant que ces émotions , si agréables et si regrettées , ont perdu presque tout ce qu'elles avoient d'ivresse/ Nous nous plaignons alors de l'instabilité des choses de la terre ; et, parce que nous ne savons plus jouir des beautés qui nous transportaient , nous accusons follement la nature d'avoir changé.

Est-il rien de plus doux , disois-je , que de pouvoir , après de grandes traverses et des années d'exil et de douleur , se reporter par la pensée aux jours si purs de l'heureuse enfance? que de revoir les lieux qui ont été le théâtre de nos premiers jeux, de nos premiers

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travaux, et de nos premiers succès? les per-» spectives qui ont exercé nos premiers crayons; le toit natal et les domaines héréditaires? que de reconnaître le champ que notre père a défriché; l'arbre dont il aimoit l'ombrage, sa charrue , son foyer rustique et le lit de paix d'où il nous a béni? On se rappelle avec tant d'envie ce temps , riche d'ignorance et de simplicité , ou une médiocrité laborieuse bornoit nos désirs , et un horizon étroit , notre univers ! Nous avons tant de fois souhaité de rassembler autour de nous tous ceux avec lesquels nous avons fait l'apprentissage de la vie, et nous espérions tant de ravissements dans leur entretien! J'ai quitté Saltzbourg pour venir réchauffer mon cœur à ce foyer d'innocentes voluptés; et au lieu des consolations que j'y cherchois , tout ce que j'ai vu n'a servi qu'à redoubler mes chagrins. Plaisirs péniblement achetés que ceux qui ont de tels retours ! le bonheur passé peut donc être un tourment de plus !

Je me figure un de ces anges réprouvés qui consument leur éternité dans d'inutiles repentirs. Quelquefois il s'élère pensif jusqu'aux

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