SA MALADIE
« J'ai l'honneur de vous envoyer, Monsieur le Comte, un extrait de la lettre qu'il a paru que vous désiriez que j'écrivisse à M. Vien au sujet du sieur David. Je ne m'amuse pas à
chicaner les motifs vagues d'un dégoût aussi extraordinaire. Je connais mon homme, mais
quand je me tromperais dans ma conjecture, il serait avantageux de s’y tenir pour ne pas envisager pis.
» Nous avons eu des camarades de pension qui étaient mariés ici, à Paris, ainsi que
nce avait amorti
le Directeur à Rome en était informé, et l'on fermait les yeux. La jouis un sentiment que M. David doit porter à l'excès ainsi que tous ses accessoires. Perte pour perte de cette année de grâce j'estime, Monsieur le Comte, que vous devez nommer M. Le Monnier, pour vous délivrer de l'importunité des sollicitations dont vous en aurez de toutes sortes. »
Copie de la lettre à M. Vien.
« Je suis bien mortifié, Monsieur, d'apprendre par la lettre que vous avez adressée à M. le Directeur général l'état d’anéantissement où se trouve le pauvre David, que nous
aimons tous. Je ne puis me prêter à un dégoût vague de la part d'un homme aussi avancé,
aussi caressé que lui, et je n’ai pu me refuser à l’idée de quelque passion violente ici, qu'il aura sacrifiée d'abord pour un premier enthousiasme de voir l'Italie et de se perfectionner.
» Quatre années d'absence, de sollicitations pressantes et réitérées pour accélérer son retour, sont des motifs et des raisons puissantes sur une âme aussi active. Tout ce qui s'opposera au sentiment qui l'occupe..…… l’un des deux effets. Ou il périra après avoir été miné par une mélancolie prolongée, ou il courra les risques d’essuyer de ces explosions que es âmes fortes éprouvent lorsqu'elles sont contrariées. La crainte de déplaire, le désir même de répondre aux bontés de M. le Directeur général, en opposition avec sa préoccupation telle qu'elle soit, le rendront la victime de ces combats. Nous avons affaire à un homme franc, honnête, mais en même temps d’une chaleur qui exige des ménagements.
» Mon avis serait donc que, sans chercher à approfondir rien, on le laissât revenir. année de grâce qui serait le bonheur de tout autre, deviendrait une perte pour lui, sans
même envi:
rer les suites. Qu'il revienne plutôt que de se perdre, et sans un changement hors d'espérance j'estime que la prudence sera d'accord sur tous les points. »
it la situation de David d’une manière si peu bienveil-
Pendant qu'à Paris on jug
ante, sa bonne constitution et sa jeunesse amenaient ce « changement hors d'espérance »,
ainsi que l’apprend cette lettre de Vien à M. D’Angiviller.
« Rome, le 22 septembre 1779.
» Monsieur,
» Lorsque j'ai eu l'honneur de répondre à votre lettre du 15 août, par laquelle vous me chargiez d'offrir au sieur David une année de prolongation, je vous détaillais l’état où il se trouvait alors, et la crainte que j'avais qu’il ne püût terminer son académie pour être envoyée avec celles de ses camarades. Le repos qu’il a pris depuis ce temps-là, mon consentement pour son retour en France, enfin les éloges que je lui ai faits sur ses talents, l'ont si fort
animé qu’il a terminé son académie avec plus de chaleur que je ne l'aurais pu imaginer.
Il a reçu avec toute la reconnaissance possible, ainsi que le sieur Peyron, l'offre avantageuse et flatteuse que vous avez bien voulu leur faire. Ils m'ont chargé, conjointement avec les sieurs Bonvoisin et Labussière pénétrés des mèmes sentiments, de vous faire, Monsieur, leurs respectueux compliments.
» Ces quatre pensionnaires voulaient avoir l'honneur de vous écrire, mais je leur ai dit que les choses étant rentrées dans l'ordre où je les avais trouvées dans le temps où j'étais pensionnaire, le Directeur était totalement chargé de vous demander les grâces et de vous en faire les remerciements.
» Sous peu de jours je compte que l'exposition de leurs ouvrages sera en état d'être vue par le ministre du Roi, Mgr le cardinal de Bernis, et par une quantité de personnes qui ont fortement approuvé le motif d'émulation que j'ai introduit dans cette maison.
» La figure de laquelle il est question dans cette correspondance était une académie représentant un Saint Jérôme. Elle fit autrefois partie de la galerie du cardinal Fesch et orne en ce moment celle de M. Mailan, à Paris. Elle est conçue dans un bon sentiment de la nature, peut-être cependant un peu triviale pour les extrémités inférieures, elle est aussi d'une grande vigueur de couleur, quoiqu'un peu ardente. Ce sont les observations qu'adressèrent à l'auteur Dandré-Bardon, Belle, Pajou, Lagrenée, Gois, Roslin, Vernet, Renou, dans le rapport lu à l’Académie de Paris, le 26 février 1780.
» On reconnait dans la figure du sieur David la facilité de pinceau qu'il a déjà montrée
ainsi que beaucoup de vérité de nature dans les parties telles
dans ses précédents ouvrages es mains et la tête, dans laquelle il y a beaucoup d'expression, mais où
que les br e etun caractère plus grand et plus noble. La
cependant on désirerait moins de sécher le la figure est d’une belle couleur ainsi que les ombres du bas-ventre et
partie luminer du bras gauche : heureux si le sieur David eût reflété davantage son bras droit et évité dans l'ombre de l'estomac trop de rouge et d’ardeur. Ses draperies sont touchées d'une
manière méplate et de bon goût; malgré nos observations nous pensons que les plus grands
encouragements lui sont dus. »
A Rome, le cardinal de Bernis et les seigneurs romains avaient vu avec plaisir l'exposition des pensionnaires. Peyron avait fait pour l'abbé de Bernis un tableau représentant Bélisaire recevant l'hospitalité d'un paysan qui avait servi sous lui.
La santé de David était raffermie, et Vien avait pu, le 13 octobre 1779, écrire à
iller « Vous avez vu, Monsieur, par ma lettre du 22 septembre, que le sieur David est
totalement revenu du désir qu'il avait de retourner en France à la fin de ce mois. Les soins
et les précautions que j'ai pris pour lui faire entendre qu'il serait toujours le maitre de partir lorsqu'il en aurait envie, sans que vous puissiez en être fâché, lui ont fait accepter avec plaisir l’année de prolongation, et il est actuellement plus occupé que jamais à profiter
de son temps. »
En effet, tous ses travaux précédents n'étaient que les préliminaires du grand
ouvrage qui devait clore ses études romaines. Il avait reçu la commande , pour le
Lazaret de Marseille, d'un Saint Roch intercédant la Vierge pour la guérison des pestifür