RETOUR EN FRANCE
Se renfermant dans son atelier, il consacra à cette œuvre toute sa science et toute son énergie. Il se rappelait que Pompeo Battoni, peintre alors célèbre en Italie, lui avait dit « que les Français faisaient toujours bien les esquisses, mais qu'ils ne savaient pas finir ».
Il chercha son inspiration dans les maitres de l’école de Bologne. La composition et le ton général du tableau dénotent assez ce souvenir. Comme dessin il consulta la nature, surtout pour son Saint Roch; mais le fruit de ses études sérieuses se révèle dans la belle figure d’un pestiféré étendu sur le premier plan.
Cette peinture terminée, il la montra à son maitre et à ses camarades. Elle excita leur étonnement, et comme ils se tenaient sans exprimer leurs sentiments, le sculpteur Giraud, condisciple de David, qui comme lui s'était épris de l'antique, s'écria : « Qui nous empêche, messieurs, de dire que c’est fort beau. » Tous alors d’une commune voix s'étendirent sur les qualités du tableau.
A l'exposition publique, l& Pesle de Saint-Roch obtint un égal succès. Pompeo Battoni vint aussi voir cette toile, et sachant que David après cet ouvrage devait regagner la France, il lui dit : « Depuis cinquanté-quatre ans que j'habite cette ville, j'ai vu les peintres de toutes les nations; je connais tous les ouvrages qu'ils ont faits sous nos
yeux : je n’en trouve aucun qui soit à légal du vôtre. Ce pestiféré est tout à fait dans
le style de Michel-Ange ; il est digne de lui. Croyez-moi, ne quittez point ce pays pour l'amour de l'art vous devez vous y fixer; ne retournez pas en France, vous vous y perdriez. » Ces observations n'ébranlèrent pas le désir de David de revoir sa famille et sa patrie. Quant à la prédiction de courir à sa perte en quittant Rome, une semblable lui avait été faite quand il avait dû y venir, et son succès récent devait l'encourager à braver ces sortes d’oracles.
Il partit le 17 juillet 1780, emportant avec lui, outre le portrait commencé du comte Potocki, la composition et les études d'un Bélisaire. IL avait peint, pendant qu'il était pensionnaire, une Tète de Philosophe, une Femme allaitant son enfant, le portrait d’une Dame française restée inconnue, et celui de l'abbé Dom Francesco Schiavoni. D'après Lenoir, le savant fondateur du Musée des Monuments français, il aurait aussi composé
une grande esquisse représentant le Serpent d’airain.
En quittant Rome, David se rendit à Florence, où il demanda la permission de
« prendre de lég
es intentions », d'après les bas-reliefs placés dans les galeries. Est-ce à
cette époque qu'il passa à Venise? Nous voyons dans ses livres d’études plusieurs croquis
notés comme exécutés dans cette ville à la Librairie, et d'après le Véronèse, à l'église Saint- Sébastien ; mais, en dehors de ces renseignements, nous n'avons rien trouvé qui nous indiquât à quel moment et dans quelles conditions il avait fait ce voyage.
Pendant son séjour à Rome, David avait pu cultiver sa p
ion pour la musique; il en partit charmé des mélodies italiennes. Il avait fait aussi de nouvelles connaissances. Sans compter Quatremère et Bouquier peintre français, qu'il devait retrouver plus tard à la Convention, il s'était lié d'amitié avec un jeune compatriote nommé Pécoul, fils d'un riche entrepreneur des Bâtiments du Roi, qui, à son départ, lui donna une lettre pour son père, à qui il avait parlé de David et du désir qu'il aurait de le voir entrer dans
leur famille. L'artiste, qui ne soupconnait rien de ces intentions, prit la lettre. mais oublia complètement de la remettre jusqu'à ce que le hasard le mit en présence de M. Pécoul, qui lui rappela le message dont on l'avait chargé.
Nous voici arrivés à la fin de la première période de la vie de David. Si nous en considérons l’ensemble, nous voyons un homme épris de la peinture, énergique, persévérant, et ion. Il traverse
réussissant à renverser les obstacles qui l'empèchent de satisfaire sa pe des moments de désespoir et de découragement, mais par son travail incessant il finit par
juges. Il part pour l'Italie, confiant dans
triompher de ses rivaux et de la froideur de
mn
on savoir et fier d’appartenir à l'École française ; cependant la vue des chefs-d'œuvre
es maîtres le trouble, le doute pénètre dans son âme : il réfléchit, et, convaincu par
es observations que la voie où il marche est mauvaise, il abandonne ce qu'il consi-
dère comme de pernicieux principes pour remonter aux sources pures de l'art. Comme
il le dit lui-même, il recommence ses études, l'esprit constamment tendu vers le but qu'il
a entrevu.
Enfin, dans un ouvrage important, il montre ce qu'il a appris et part de Rome trans-
formé.