IL EST MIS EN LIBERTÉ PROVISOIREMENT
suppositions et des conjectures auxquelles ils n'ont trouvé d'autre base que la chaleur de mOn patriotisme et l’exal{ation de mes opinions. '
» Il est temps, représentants qu peuple, que vous fassiez cesser cette injuste oppression.
» Depuis plus d’un an, je suis le jouet infortuné des vicissitudes d’une Révolution pour laquelle je n’ai plus que des vœux à faire, ayant vu la pureté de mes intentions souillée par la calomnie: je réponds de la manière la plus détaillée et la plus satisfaisante à tout ce qui m'a été imputé depuis.
» Daignez donc me rendre justice.
» Ma santé s'altère, mes forces dépérissent, je sens s’évanouir dans la douleur cette faible portion de talent que je reçus du ciel et que je voulus consacrer à la gloire de mon PaÿS; ne me Condamnez pas à cette perte cruelle, ou ne me forcez pas de survivre à moi même.
» Souffrez que je retourne dans la retraite champêtre d'où l'on m'a tiré; je n’ai voulu
l’habiter que sous la surveillance des Comités de gouv. ernement, que j'instruisis moi-même du lieu de mon séjour ; j'y vivrai sous la caution du citoyen qui me donne un asile. Les liens de l’honneur, de l’amitié, de la reconnaissance, seront plus forts que les chaînes des prisons.
» Salut; Fraternité, citoyens collègues.
» DAVID, de Paris. »
Cette requête fut, après un assez long retard, prise en considération. Un arrèté du Comité de sûreté générale, daté du 16 thermidor an IT, et signé de Bailly, Lomont, J. Mariette, Rovère, Ysabeau, Pierre, P.-M. Delaunay, Bergoing et Guyomard, lui accordait en ces termes la liberté provisoire.
« Sur les rapports qui ont été faits, constatant la maladie du représentant du peuple David et l’état où il se trouve, le Comité arrète qu'il sera transféré dans la maison de la citoyenne Pecoul, section du Luxembourg, où il restera sous la garde d'un gendarme, jusqu’à ce qu’il puisse être conduit à Saint-Ouen, près Tournan (Seine-et-Marne), chez le citoyen Sériziat, pour ÿ demeurer également sous la garde du même gendarme. »
L'arrêté mentionne en outre que le garde sera payé aux frais de la République ; mais, comme il ne s'agissait que d'un transfèrement, sous la garde d’un officier de police et non d'une mise en liberté, le Comité de sûreté générale refusa d’ expédier officiellement l'arrôté qu'il venait de prendre.
David, aussitôt les portes des Quatre-Nations ouvertes, s'empressa de retourner à Saint-Ouen, près de son beau-frère. Il y recut de sa femme les deux lettres touchantes que nous croyons devoir reproduire.
« Le 23 thermidor an III.
» J'ai reçu ta lettre, mon doux ami; je suis bien sensible aux Marques d'amitié que tu me donnes, et il est bien doux pour moi d'avoir reconquis le cœur du père de mes enfants.
Non, mon ami, je ne tirerai jamais vanité d'avoir réparé mes étourderies, et je m'appliquerai à te les faire oublier. Ton âme, bonne et généreuse, attache trop d'importance à mes démarches: elles sont celles d'une femme qui n'a jamais cessé de t'aimer et qui était obligée de se faire violence pour ne pas te le dire. Tu parles de tes torts, quels sont-ils? Je ne t’en
vois point. Ta conduite n'était point celle d'un mari qui n'aime point sa femme, mais d'un
amant qui est chag
in d’avoir perdu celle qu’il aime, et quand nous croyions tous deux nous détester, nos cœurs nous démentaient.
» J'ai passé chez tes collègues, qui ont eu l'air très satisfaits d’avoir contribué à pallier l'injustice que l'on t'a faite ; j'ose le dire : l'injustice!
» L'on n’a pas parlé de toi dans ce rapport (sans doute celui de Courtois) ; que pouvait-
on dire qui ne prouvât ton innocence, et combien les moyens que tes ennemis ont employés
étaient dignes d'eux.
» Je vais envoyer David chez le citoyen Coulier, ou j'y passerai moi-même. Il est
bien nécessaire qu'il ne s’accoutume point à ètre toujours à rien faire. M. Eugène n’est point du tout de cet avis. Je te rendrai réponse très incessamment de cela.
» Tu attends Constance (sœur de M%* David, dont le mari, Hubert, avait déposé contre David à la section du Muséum), je t'en prie, ne la juge pas aussi sévèrement et mets-toi à sa place. Examine que jusqu'à présent elle à cru qu'on tirait tout son mérite d'avoir plus ou moins d'argent et qu'elle s'imagine que la fortune vous donne toutes les qualités nécessaires pour « faire » tout avec impudence. Elle aura, il faut l’espérer pour elle, quelques bonnes leçons qui lui feront plus d'effet que tout ce qu'on pourrait lui dire. L'expérience et la société sont deux maitres qui vous instruisent fortement, mais avec succès.
» Tu diras à ma bonne Émilie que je ne suis pas étonnée du bien qu’elle dit de moi.
L'amitié qu’elle a, le désir de me voir heureuse l'inspirent, et elle me juge comme elle voudrait que je sois; mais je ferai mon possible pour ne pas la tromper.
» Tu lui diras que j'embrasse bien son gendarme et ses deux chasseurs, et que je l'invite à faire le patissier. . - : - . Mon amie est bien sensible à ton souvenir et te fait bien des amitiés. Mes compliments à Sériziat et mes remerciements de toutes ses bontés.
» Je ne me ralentirai pas dans mes démarches pour te rendre ta liberté entière el comme tu aurais toujours dû l'avoir. Tes enfants se portent bien et l’'embrassent de tout
leur cœur.
» Je suis, pour la vie, ta GAROLINE et ton amie. »
« 27 thermidor an IH.
» J'ai, mon bon ami, déjeüné, hier, chez M Huin avec Serangeli, et le sujet de notre conversation a été d'autant plus agréable que c'était de toi que nous nous sommes
ur tes ennemis si tu pouvais
occupés. Nous avons pensé à l'avantage que tu remporterai exposer quelque chose au Salon, dont l'ouverture sera le 4 du mois prochain. » Serangeli pense que le portrait de ma sœur et de son enfant et ta Psyché seraient
assez marquants pour que l'on parle de toi. Tu as encore un mois devant toi, et lorsque tu
veux fu as bientôt terminé un ouvrage. Ainsi, mon doux ami, ne les Jais point jouir de
la place sans les combattre. Cela sérait d'autant plus nécessaire qu'ils ont l'air de S’appitoyer sur le malheur que tu as, disent-ils, d'avoir perdu fon talent. Ainsi il faut absolument les rassurer sur cet article.
» Nous joindrons à cela le tableau du paysage que tu as fait au Luxembourg, et nous énoncerions, dans l'exposé, qu'il a été fait dans les fers, cela ferait bien. Si tu te détermines à cela, marque-le-moï, parce que je louerai, dans mon quartier, une pièce avec l’aide des conseils d’un de tes élèves que tu me désignerais, pour te servir d'atelier, et j'aurai encore le plaisir de te donner mes soins.
» Pour ta santé, je ferai les démarches que tu désires.
» Je ne me fatigue point : rien ne peut me fatiguer quand il s'agit de toi; aussi, mon doux ami, dispose de moi et de tout; tu es le maître absolu.
» Embrasse bien ma bonne Émilie ; dis-lui que ma reconnaissance est au comble et que je lui rends bien l'amitié qu'elle me marque, que je n’oublierai jamais sa conduite envers foi.
» Quant à tout ce que tu me dis de Sériziat, rien ne m'étonne de lui, parce que, d'après la conduite qu’il à toujours tenue avec toi, tu dois le Compter au nombre de tes amis les plus zélés. Je te remercie de l'offre d'argent que tu me fais, je n’en ai pas besoin ; je vais, dans quelques jours, recevoir mes ren{es.
» Adieu, mon ami, écris-moi souvent; ne crains rien, je veille sur toi, et le cœur d’une amie ne s'endort point.
» Je t'embrasse de tout mon cœur et je suis, pour la vie,