REACTION CONTRE SON ORDONNANCE DES FÊTES NATIONALES
française et l'évacuation du territoire, il signale le mauvais goût des cérémonies passées, la stupidité de la Commission d'instruction publique, et l'engourdissement où la crainte avait plongé les arts dont il annonce le prochain et éclatant réveil. Il s'exprime ainsi :
« Citoyens représentants, quand l'instruction publique peut espérer de renaître, au moment où la Convention nationale se prononce fortement en faveur des arts froissés longtemps par des amours-propres tyranniques, en faveur des sciences persécutées el avilies par l'ignorance dominatrice, il est nécessaire, il est instant d'imprimer aux fêtes nationales un caractère solennel, et d'en écarter sans retour les détails minutieux, les images flétries, également indignes du génie du peuple et des talents qu'il rallie autour du char de la liberté. C’est là votre vœu, représentants du peuple, et votre Comité d'instruction publique est animé du même désir; mais, chargé par vous de faire célébrer, le 10 vendémiaire, une fête relative aux victoires rapides de nos armées et à l'entière évacuation du territoire républicain, il doit vous rendre un compte fidèle des entraves qu’il rencontre dans sa marche. Vous sentirez, comme lui sans doute, qu'il est indispensable d'établir promptement dans cette partie des moyens d'exécution vastes mais simples, et dont le développement facile réponde à la majesté du peuple souverain.
» Le Comité d'instruction publique a été péniblement affecté en comparant la grandeur des événements qu'il s'agit de retracer dans nos fêtes nationales, et les faiblesses, pour ne pas dire la nullité des ressources créées Jusqu'ici pour leur célébration. Il a vu, d’un côté, nos guerriers victorieux au centre de la République et sur tous les points de la frontière ; le télégraphe devenant chaque jour un signal de triomphe, chaque jour annonçant à la Convention un nouveau succès de nos armées et au même instant reportant aux armées un nouveau témoignage de la reconnaissance nationale ; et, au milieu de tant de prodiges, il a vu, d'un autre côté, les arts paralysés, les talents rebutés par un long dédain, nuls monuments durables et forts comme la liberté; mais des matériaux sans cohérence, des esquisses sans dignité, des inscriptions où la raison et la langue française sont également dégradées, un despotisme capricieux et puéril enchaînant la pensée des artistes, des plans bizarres sans originalité, durs sans énergie, fastueux sans véritable richesse, monotones sans unité, des fêtes, en un mot, colossales dans leur objet, petites dans leur exécution, et n'offrant d’imposant que la présence du peuple qui a voulu la République et de la Convention qui l'a fondée.
» Les sectateurs du nouvel Omar ont tout combiné pour anéantir l'instruction publique en France, d'où il résulte que nos fêtes nationales n’ont pu avoir et ne peuvent avoir encore le caractère auguste qui leur convient. En effet, tout se tient dans l'instruction publique. Sans la gymnastique, par exemple, qui faisait le principal charme des jeux publics dans Athènes et Lacédémone, ne vous flattez pas d’avoir jamais des fêtes dont le but soit utile et l'intérêt puissant. Sans de vastes arènes couvertes, vous n’obliendrez jamais des jeux Symnastiques. Quant aux jeux scéniques, l'effet n’en peut être complet dans des théâtres resserrés comme les nôtres, et l'on y trouvait souvent l'ignorance et le
délire, lorsque des enfants stupides dirigeaient la commission d'instruction publique, et,
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épiaient, étouffaient, avec un soin serupuleux, dans
devenus déjà des censeurs 70yaux les ouvrages dramatiques, tous les germes de raison et de liberté.
» … Quant aux arts de littérature, on déclamait avec violence contre ceux des gens de lettres qui ne travaillaient point pour les fètes nationales, et l’on persécutait avec acharnement ceux qui, depuis les premiers jours de la Révolution, se livraient à ce travail avec zèle et activité.
» Dans les arts de peinture, de sculpture et d'architecture, tous les talents distingués
se cachaient au fond de leurs ateliers; quelques-uns languissaient dans les cachots ;
une poignée d'intrigants les calomniait avec bassesse et consumait en de misérables essais les sommes qui auraient dû servir à élever des monuments immortels. La seule
fète du 10 août 1793 a coûté à la nation 1,200,000 livres : de tout cela, il n’est resté que
du plâtre et des chiffons. Cette somme aurait suffi pour soutenir cent artistes d’un vrai mérite, et pour payer trente chefs-d'œuvre en marbre et en bronze, qui, dans vingt siècles, auraient encore embelli les fêtes nationales.
» Un seul établissement, l'Institut national de musique, fruit de la Révolution, à surnagé sur les débris des arts.
» … Au reste, n’en doutez pas, représentants, le sommeil des arts en France n’est as un sommeil de mort. Des hommes habiles en tous genres ont échappé au glaive meurtrier du Vandale ; tous ont gémi, tous ont souffert, mais tous ne sont point assassinés. L'harmonieux Lebrun chante encore la liberté; le traducteur des Georgiques exerce dans e silence son talent correct et pur ; Laharpe, Ducis, n’ont pas abandonné la scène tragique ;
Vien, Regnault, Vincent, n’ont pas jeté leurs pinceaux; Gossec, Méhul, Chérubini, n’ont
pas brisé leur lyre; Houdon, Julien, Pajou, tiennent encore en main le ciseau qui fait penser le marbre, pleins du génie de Voltaire, de La Fontaine et de Pascal. » S'il existe dans la République des talents plongés dans la stupeur et l’engourdis-
sement, un mot, un signe de la Convention nationale les retirera de cette léthargie
assagère où l'intérêt de leur sûreté mème a pu longtemps les retenir; et déjà ces courtes réflexions que vous présente votre Comité vont porter dans leur cœur la première des consolations, l'espérance.
» Il est temps que dans la République on puisse avoir du génie impunément ; il est
temps que les talents dispersés par l'épouvante se rassemblent fraternellement sous Pabri
eulement, nous aurons des fètes et des monu-
de la protection nationale. Alors, mais alors ments dignes du peuple, car le génie à besoin de la liberté et la liberté a besoin du génie.»
Bourdon de l'Oise demande que la Convention se défasse de cette manie de faire des processions et de se donner en spectacle.
Merlin de Thionville lui succède ; il fait une amère critique de la fète de l'Être suprême, à laquelle il compare celle de la Fédération du 14 juillet 1790. «Il à remarqué, dit-il, que l’inaction nuit aux fêtes publiques, et qu'une fois le spectacle fini, la musique entendue, Robespierre et son autel admirés, on est revenu au pas de charge. pressé de se quitter; chacun est retourné péniblement chez soi, pour y réparer ses forces, S'y délasser
et s'y ennuyer le reste de la journée. »