‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 124 sur 328 · TITRE V · texte numérisé non relu

TITRE V

Lncouragements, Récompenses, Honneurs publics.

« ART. V. — Le palais national à Rome, destiné jusqu'ici à des élèves français de peinture, sculpture et architecture, conservera cette destination.

» Arr. VI. — Cet établissement sera dirigé par un peintre, ayant séjourné en Italie, lequel sera nommé par le Directoire pour six ans.

» ART. VII. — Les artistes français désignés à cet effet par l'Institut, et nommés par le Directoire exécutif, seront envoyés à Rome. Ils y résideront cinq ans, dans le palais national, où ils seront logés et nourris aux frais de la République, comme par le passé; ils seront indemnisés de leurs frais de voyage.

» ART. X.— L'Institut national, dans ses séances publiques, distribuera chaque année plusieurs prix. »

Par arrêté du 13 frimaire an IV, le Directoire, conformément à l’article IX de la loi votée par la Convention, nomma les quarante-huit premiers membres de l’Institut.

Ces nominations étaient précédées de l'exposé suivant :

« Le Directoire Exécutif, considérant qu'il est de son devoir d'ouvrir avec célérité toutes les sources de la prospérité publique; profondément convaineu que le bonheur du peuple français est inséparable de la perfection des Sciences et des Arts, et de l’accroissement de toutes les connaissances humaines; que leur puissance peut seule entretenir le feu sacré de la liberté qu'elle a allumé, maintenir dans toute sa pureté l'égalité qu'elle à révélée aux nations, forger de nouvelles foudres pour la victoire, couvrir les champs mieux cultivés de productions plus abondantes et plus utiles, seconder l'industrie, vivifier le commerce, donner en épurant les mœurs de nouveaux garants à la félicité domestique, diriger le zèle de l'administrateur, éclairer la conscience du juge, et dévoiler à la prudence du législateur les destinées futures dans le tableau de leurs vertus et même de leurs erreurs passées ;

» Voulant manifester solennellement à la France et à toutes les nations civilisées, sa ferme résolution de concourir de tout son pouvoir aux progrès des lumières, et fournir une nouvelle preuve de son respect pour la Constitution, en lui donnant sans délai le complément qu'elle à déterminé elle-même, et qui doit assurer à jamais au talent son éclat, au génie son immortalité, aux inventions leur durée, aux connaissances humaines leur perfectionnement, au peuple Français sa gloire, et aux vertus leur plus digne récom—

pense, arrête :

« Sont membres de l’Institut national des Sciences et Arts... »

Le Directoire avait appelé à faire partie de la troisième classe de Littérature et

Beaux-Arts : pour la grammaire, Sicart, Garat; pour les langues anciennes, Dussault, Bitaubé; pour la poésie, Chénier, Lebrun: pour les antiquités, Mongèz, Dupuis; pour la peinture, David, Van Spaendonck; pour la sculpture, Pajou, Houdon:; pour l'architecture, Gondouin, de Wailly; pour la musique et la déclama tion, Méhul, Molé. A

Cette nomination de David était un hommage rendu à l'artiste et pouvait compenser les déboires et les persécutions qui avaient assailli le député à la Convention.

Pour former cette troisième classe de l'Institut, la Convention avait heureusement désigné tous les genres qui puisent leurs inspirations à une source commune. Comme les arts du dessin, la littérature et la poésie reposent sur l'étude de la nature; la beauté éveille le même enthousiasme chez les poètes et chez les artistes, il était donc naturel de les réunir en un même faisceau, de leur fournir l'occasion de se connaître, de s’apprécier, d'échanger leurs idées, d'exalter leur génie, qui, échauffé par l'exemple et l'émulation, enfanterait ces chefs-d'œuvre qui illustrent la patrie.

David consentit à faire partie de l'Institut. On s'étonnera peut-être que l'homme qui avait poursuivi avec tant d'ardeur l'ancienne Académie, allât siéger dans une réunion qui semblait devoir faire revivre les errements contre lesquels il s'était si vigoureusement, élevé. Il faut considérer cependant, que la troisième classe de l'Institut n'était pas, surtout à sa création, la reproduction diminuée des Académies. Les arts de l'esprit y étaient représentés et éloignaient par leur concours l'idée d’une corporation animée de sentiments étroits, exclusifs, et jalouse d'exercer son autorité sur une certaine branche de l’art.

Les fonctions de l'Institut étaient presque honorifiques et les membres de cette assemblée d'élite ne représentaient les beaux-arts auprès du gouvernement, que pour obtenir de lui les encouragements les plus propres à les animer. Le rôle de cette Société, ne pouvait porter aucune atteinte à la liberté des artistes. On lui avait bien restitué le jugement des prix de Rome, et cet hommage, rendu à ses Connaissances, lui laissait encore une certaine direction à imprimer aux études, mais direction qui ne ressemblait en rien à cette surveillance de l’Académie, qui prenait un artiste à ses débuts dans la carrière, pour ne le quitter qu’à sa mort.

Du reste, la nomination de Van Spaendonck, miniaturiste et peintre de fleurs, montrait que, dans l'esprit des législateurs, l'Institut n'était pas réservé à une seule espèce de talent.

Après deux séances consacrées aux élections, la troisième classe se trouva définiti-

vement constituée :

Grammaire : Sicart, Garat, Villars, Louvet, Domergue, Wailly.

Langues anciennes : Dussault, Bitaubé, Sylvestre de Sacy, du Theil, Langlès, Sélis. Poésie : Chénier, Lebrun, Ducis, Delille, Collin d'Harleville, Fontanes. Antiquités-Monuments : Mongèz, Dupuis, Le Blond, David Leroy, Ameïilhon, Camus. Peinture : David, Van Spaendonck, Vien, Vincent, Regnault, Taunay.

Sculpture : Pajou, Houdon, Julien, Moitte, Roland, Dejoux.

Architecture : Gondouin, de Waïlly, Pâris, Boulée, Peyre, Remond.

Musique — Déclamation : Méhul, Molé, Gossec, Grétry, Préville, Monvel.

Parmi les concurrents qui avaient échoué, nous trouvons le bon Sedaine, qui conçut de son échec un chagrin mortel, Andrieux, Barthélemy, Millin, Gérard, Suvée, Girodet, Cherubini, Talma et Larive.

Il est à remarquer qu’à l’exception de Vien, considéré comme le père de l'École française, les peintres qui furent élus avaient, bien qu’académiciens, accepté les fonctions de jurés au salon de 1791, fonctions que la majorité de l'Académie royale avait récusées.

Quant aux sculpteurs, ils avaient été honorés des travaux commandés après les concours décrétés par l’Assemblée législative ou la Convention.

La première séance publique de l'Institut national de France eut lieu le 15 germinal an IV. On entoura d'une certaine pompe cette cérémonie qui était comme la preuve de la renaissance des lettres, et du réveil des arts en France. Cette séance se tint dans la salle des Cariatides du Louvre. Les Directeurs, les Ministres, les Ambassadeurs des puissances étrangères y assistaient en grand costume, au milieu d'un concours considérable de citoyens. Les différentes classes de l'Institut donnèrent au public connaissance des travaux qu'elles avaient déjà exécutés.

Les réunions de l’Institut étaient les seules pour lesquelles David se décidait à quitter son atelier, retenu qu'il était par son grand tableau des Sabines.

Cependant il avait accepté la commande de différents portraits, entre autres ceux des citoyens Blauw et Meyer, ministres plénipotentiaires des Provinces-Unies.

Le prix de ces deux portraits, payé en or, vint améliorer la situation de l’artiste, qui appliquait à son travail le peu de ressources dont il pouvait disposer à cette époque.

Blauw se montra très content de l’œuvre de David ; il le lui exprima ainsi :

« Paris, 8 frimaire, lan IV de la République française.

» Mes vœux sont enfin satisfaits, mon cher David, vous m'avez fait revivre sur la toile; vous m'avez en quelque sorte immortalisé par votre sublime pinceau et vous me rendez chère à jamais une mission qui, sans cette fleur que vous y avez jetée par votre complaisante amitié, ne m'aurait rappelé que les piquantes épines dont elle a été jusqu'ici parsemée.

» Ne croyez pas, cher ami, que le désir seul d’avoir mon portrait m'ait déterminé à vous engager à le faire. Non : je vous ai plus considéré que moi-mème; j'ai voulu posséder un de vos chefs-d'œuvre et j'ai voulu plus encore avoir dans ce portrait un monument éternel de mon étroite liaison avec le premier peintre de l'Europe. Vos talents, votre réputation, votre civisme, vos malheurs, les grands services que vous avez rendus à la Révolution française par les fêtes civiques que votre génie a dirigées, que de titres à mon admiration! Que de motifs pour désirer de vous connaître! Mon portrait m'a servi de prétexte et je le prise bien plus par l'amitié qui vous l’a fait entreprendre, que par les talents que vous y avez déployés.

» Raoul vous remettra avec cette lettre une légère marque de ma reconnaissance; elle est bien peu proportionnée au mérite de l'ouvrage ; mais c'est moins une récompense

qu'un souvenir que je vous ai voué, et dont je me ferai toujours un devoir et un plaisir de vous donner des preuves.

» Salut, fraternité, estime et amitié.

» BLAUW. »

Pour l’autre portrait, celui du citoyen Meyer, on dit qu'il avait été exécuté pour entretenir le souvenir d'un tendre attachement, mais qu'au milieu des événements, le propriétaire ayant disparu, l'artiste ne sut à qui remettre cette toile. Il fit, pour le retrouver, de nombreuses démarches qu'il renouvela quand l'exil l'ayant conduit à Bruxelles, il résida plus près de la patrie de son modèle; mais elles demeurèrent sans résultat, et le tableau est resté dans la famille de l'artiste qui le conserve encore aujourd’hui. Il est connu sous le nom de « l'Homme rouge, » à cause de l'ample gilet écarlate que porte l'ambassadeur de Hollande.

David, à cette époque, vivait simplement, à l'écart, sans affecter cependant une rigidité républicaine. Il évitait de se mêler à la politique et si, par hasard, il en parlait, après quelques mots, il tombait dans une sombre rèverie. Il ne voyait que ses élèves et quelques amis intimes. Dès le matin, il se rendait à l'atelier de restauration du Muséum, situé dans la partie du Louvre qui regardait les Quatre-Nations et qu'on avait mis à sa disposition, car il avait prêté l'atelier des ÆZoraces à Moreau pour l'exécution de son tableau de Virginius. Il n'en sortait que vers le milieu du jour pour aller corriger ses élèves et prendre son repas avec sa famille, qui observait le plus grand silence, pour ne pas troubler la méditation profonde où le plongeaient quelquefois les difficultés qu'il rencontrait dans l'exécution de son ouvrage.

Vers les trois heures, le maître se remettait au travail, aidé de son élève, Pierre Franque, un de ces deux orphelins que l’Assemblée législative avait confiés à ses soins.

Le sentiment qui lui avait inspiré la composition des Subines était toujours vivace dans son cœur. Aussi, dès qu’il l’avait pu, il avait acquitté la dette de reconnaissance qu’il avait contractée vis-à-vis de sa femme, en régularisant leur position par un second mariage.

À ce même moment, un triste événement vint ranimer toutes ses impressions. Il eut la douleur de perdre sa mère, cette femme si tendre, qui avait veillé avec sollicitude sur sa jeunesse, partagé de si bon cœur ses succès, et dont l'amour l'avait encore soutenu aux heures d’épreuve.

En cette douloureuse circonstance ses amis ne lui firent pas défaut ; Ducis, entre autres, à la famille duquel il venait de rendre service, lui adressa la lettre suivante, bien digne de celui qui l'avait écrite et de celui à qui elle était destinée :

« À Versailles, le 25 ventôse l'an LV de la République française.

» Ma femme vient de m’apprendre, mon cher ami, que lu sortais de chez elle pour lui annoncer que fu avais la réquisition de mon neveu. Mon frère et ma sœur me chargent de te remercier de leur part, de tout ce que tu as fait pour leur fils, je joins ma reconnaissance

326 CHAPITRE VI à la leur. S'il y avait quelque chose dont tu dusses m'instruire pour faire jouir Ducis de l'avantage de sa réquisition, tu aurais la complaisance de m'écrire à cette adresse :

» Au citoyen Ducis, membre de l’Institut national, rue des Deux-Portes, sous la voûte, auprès du Marché, chez le citoyen son frère, à Versailles.

» Jouis, mon cher David, du bonheur que tu as mis dans une famille bonne et honnète, qui voudrait bien te posséder sous son toit, s’il l’arrivait de faire un voyage à Versailles.

» Nous avons tous les deux éprouvé une grande douleur dans le mème temps. Nous avons perdu, toi, ta mère, et moi, ma fille. Les larmes et les regrets n'ont pas manqué à mon cœur, pendant le cours de ma malheureuse vie. Ton pinceau et ma plume, voilà nos distractions; la soumission au Dieu qui réunit les pères avec les enfants dans un monde meilleur que celui-là, voilà nos consolations les plus solides. J'oppose le travail à mes souvenirs. Fais de même, mon cher David. J'ai été bien longtemps sans pouvoir écrire une ligne, et mes pauvres pinceaux tragiques ont bien de la peine à tenir dans mes mains.

» Je t'embrasse comme mon compagnon d'infortune et de douleur.

» DUCGIS. »

Quelque temps après, la mort vint encore frapper Sedaine, son plus vieil ami. Il se joignit à ses enfants pour lui rendre les derniers devoirs, et pleurer comme un père cet homme de bien qui, dès ses premières années, l'avait entouré de tant d'affection.

David se plaisait à rendre de ces services dont le remerciait Ducis, surtout lorsqu'il s'agissait, comme dans cette circonstance, d'obliger ses élèves et, grâce à sa sollicitude, il avait pu combler ainsi les vides que les événements politiques avaient faits dans leurs rangs, car c'était par lui que Broc, Mullard, Robin et d’autres encore étaient revenus des armées.

Peut-être faudrait-il attribuer à l’empressement que ces jeunes gens avaient mis à

voler à nos frontières menacées, ainsi qu’à l'interruption momentanée des leçons du maître,

le manque d'hommes remarquables dans la génération qui étudiait alors dans son atelier. En effet, autant l’école fréquentée par Drouais, Wicar, Gérard, Girodet, Gros, Topino- Lebrun, Fabre, Devosges, Laneuville, Hennequin à laissé d'illustres souvenirs dans les arts, autant celle de 1789 à 1798 s’est montrée pauvre en talents. L'atelier de David ne reprit son éclat que plus tard avec Ingres, Granet, Langlois, Léopold Robert.

N'est-ce pas une nouvelle preuve du besoin qu'ont les beaux-arts d’une atmosphère calme, qui permette à tous leurs germes de se développer et de donner une récolte abondante?

L'atelier, au moment où David travaillait à son tableau des Sabines, comptait près de soixante élèves. IL était toujours au-dessous de l'atelier des Zoraces au Louvre, à l’extrémité nord de la Colonnade, à ce coin infect dont Delécluze nous a laissé la description.

C’est aux souvenirs de cet élève de David que nous renvoyons le lecteur, désireux de se faire une idée d'un atelier à cette époque. Constatons avec lui que cette réunion offrait les éléments les plus divers, car l'artiste accueillait dans son école, avec une égale bienveil-

lance, républicains et royalistes, ne leur demandant que d’être de bons peintres. Il donnait

ainsi un exemple de modération qui ne fut pas suivi dans le monde des arts et des sciences. En effet, après les événements de fructidor, l’Institut, ce temple qui aurait dû être fermé à la politique, rejetait de son sein Carnot, Fontanes et Sicard frappés par les arrêtés du Directoire, mesure regrettable qui, dix-sept ans plus tard, sera renouvelée contre un des fondateurs de cette institution.

Mais, en ce moment, à l'atelier, à côté de jeunes gens partisans des idées du jour, tutoyant le maître, selon la mode républicaine, comme Mullard et Gautherot, se trouvaient des représentants de l'aristocratie, empreints de son élégance et de son esprit, comme MM. de Saint-Aignan et le comte de Forbin. Tout ce monde, jeune et joyeux, passait par des alternatives de calme et de tempête. Si quelques-uns y travaillaient avec assiduité, avec acharnement même, comme Ducis et Moriez, d'autres y dépensaient leur verve et leur temps en amusements frivoles comme Robin, ou en disputes artistiques, en spéculations le plus souvent stériles, comme les frères Franque, Perrier et Maurice Quay. Mais rien, de nos jours, ne peut donner une idée de la vénération, du respect, nous pourrions même dire de l'amour, dont tous ces jeunes gens entouraient leur maitre.

Il intéressait ses élèves à ses travaux. Emporté par sa pensée, il les entretenait du rôle des femmes dans la société, où elles sont, disait-il, la consolation et le soutien de l’homme qui doit les chérir.

Après sa correction, il désignait quelques-uns d’entre eux pour venir, à la fin de la journée, le visiter dans l'atelier des Sabines. Là, les mettant en présence de son tableau, il écoutait leurs observations, sachant parfaitement distinguer celles dictées par un sentiment naturel et juste, de celles inspirées par une sotte présomption. Autant il se montrait Satisfait des premières, autant il reprenait d’un mot piquant la vanité suffisante de lignorant.

Puis, quand une occasion se présentait pendant la belle saison, on renouvelait, comme avant 1789, ces parties champêtres qui, suivies d’un modeste repas, établissent entre le maitre et les élèves des liens si précieux. On y applaudissait les essais poétiques de Delécluze; poésie souvent digne du vin du crû voisin qu'on dégustait à grand bruit.

En 1796, Sérangeli, Gautherot, Debret, Boucher, Pajou, Delafontaine étaient à la tête de l'atelier. Quelques-uns d’entre eux figuraient avec éclat au Salon de cette année. Cette Exposition rompait avec les habitudes anciennes, et commençait cette série de Salons annuels qui, abandonnés, puis repris, semblent aujourd’hui être passés dans les traditions artistiques de la France. En développant les raisons qui militent en faveur des expositions annuelles, Benezech, ministre de l'Intérieur, désireux de faire renaître les beaux-arts, s’empressa d'annoncer, dans la préface suivante du livret de 1796, que les anciens prix de Caylus et de Latour allaient être de nouveau distribués, et que l’année prochaine, s’ouvriraient les concours pour les prix de Rome.

« Les nouveautés, dit-il, même les plus utiles, ont toujours éprouvé le choc des opinions ; il serait trop heureux que cet effet conduisit à la vérité. Plusieurs personnes ont Paru craindre qu’en ouvrant, tous les ans, aux beaux-arts, un Salon d'exposition, ce terme trop rapproché ne leur devint funeste. Le plus grand nombre doit savoir gré au Gouver-

nement de m'avoir pas partagé. leurs doutes, et de leur avoir facilité ainsi les moyens de faire connaître des ouvrages qui, pour la plupart, dans l'espace de deux années, se trouvent transportés loin de Paris.

» A Londres, l'exposition a lieu tous les ans. On y invite les artistes étrangers et régnicoles qui habitent cette ville, à soumettre leurs productions au jugement public. On dit qu'un jury rejette les ouvrages trop médiocres et l'on ajoute qu'il en rejette beaucoup. Les arts ont-ils gagné en Angleterre depuis que cet usage y existe ?

» Quoi qu'il en soit, ici les intérêts particuliers, ceux du moment surtout, disparaitront avec les circonstances qui changeront en bien. Mais, dès aujourd'hui, le nombre des inscrits pour l'exposition étant plus considérable qu’il ne l'était l'année dernière, on à la preuve que l'invitation du ministre de l'Intérieur, relative à l'Exposition qui va avoir lieu, a satisfait le plus grand nombre des artistes.

» ILa paru utile et convenable de conserver ici le texte de cette invitation. Le voici :

LE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR Aux Artistes de l'École française

» 9 Floréal, an IV de la République.

ens, à la dernière exposition publique, que le génie des arts est resté le compagnon fidèle du génie de la liberté. Vous aviez eu trop peu de temps et de alme surtout, pour produire tout ce que l’on peut attendre du concours avez excité l'étonnement et l'admiration, par le grand

» Vous avez prouvé, citoy.

loisir, trop peu de € de vos talents, et cependant vous nombre et le mérite de vos ouvrages.

» Je vous invite à cueillir, cette année, une nouvelle moisson de gloire. Ce serait trop peu pour l'activité française, pour comme ils l'étaient avant la Révolution, à une seule exposition publique en deux ans. La s grand nombre de talents y sont entrés; l'émulation va

le progrès et l'encouragement des arts, de les borner,

carrière s’est agrandie. Un plu renaître avec les concours, avec l'organisation de l'instruction publique et des travaux d'encouragement : offrez donc, citoyens, chaque année, des jouissances à la patrie, de l'aliment aux arts et au commerce; imposez à l'univers l'obligation d'admirer l’école française devenue fer

» La liberté vous invite à retracer ses triomphes. Transmet

ançais ne sent pas le besoin de

tile comme la nature qu’elle étudie et dont elle se rapproche. tez à la postérité les

actions qui doivent honorer votre pays. Quel artiste fr et l'énergie que la nation a déployées, la puissance avec laquelle elle

célébrer la grandeur ? Les sujets que vous prenez dans

a commandé aux événements et créé ses destinées anciens se sont multipliés autour de vous. Ayez un orgueil, un carachéroïsme, et que les générations qui vous succèderont ne e n'avoir pas paru Français dans l’époque la plus remar-

l’histoire des peuples tère national : peignez notre puissent point vous reprocher d

quable de notre histoire.

» Pour porter l'encouragement et l'émulation dans toute l’école, le concours d'expo-

sition fondé par Caylus, aura lieu le 25 du présent mois, provisoirement, selon le mode

établi par la ci-devant Académie de Peinture et de Sculpture; et celui de la demi-figure

peinte, fondé par Latour, commencera le 25 prairial suivant.

» Quant au concours solennel pour les grands prix, il ouvrira le 25 ventôse de l’an prochain. J’invite les élèves que le mouvement de Ja Révolution aurait distraits de leurs études, à les reprendre avec plus d'ardeur, et à fixer leurs regards sur cette couronne

qui à toujours excité une noble émulation dans l’école française. » BENEZECH. »

Les concours pour la demi-figure et la tête d'expression s'ouvrirent comme on les avait annoncés. La distribution des prix, entourée d’une certaine solennité, se fit dans une des salles du Louvre, Le citoyen Ginguené, directeur général de l'instruction publique, prononÇça un discours auquel succéda une allocution du citoyen Renou, bien déchu de sa première splendeur, car, de secrétaire de l’Académie royale de Peinture et Sculpture, il était devenu surveillant des écoles. Il retraça l'histoire de ces cours de dessin rétablis provisoirement dans leur ancienne forme, malgré l'impudence tranchante et la barbarie aveugle qui voulait les détruire, car les professeurs sont les mêmes et leur zèle ne s'est pas ralenti.

Si les membres de l'ex-Académie de Peinture avaient presque restauré son enseignement, les encouragements donnés par le Gouvernement étaient encore plus honorifiques que précieux.

Guérin, de l'atelier de Regnault, recut pour prix de la demi-figure qui était autrefois de 300 livr

on donna à Bouillon, pour prix de la tèle et de l'expression, au lieu de 100 livres, 12 livres ; I

S, 48 livres en numéraire et quarante eslampes d'après les grands maitres ; en numéraire ef six gravures. Enfin, un rouleau d'estampes fut remis en reconnaissance de son zèle et de sa complaisance à Mie Robineau, élève de Suvée, qui avait bien voulu poser pour le concours de la tête.

Quant au Salon de 1796, Gérard y obtint un grand succès avec son portrait d’Zsabey, qui fait aujourd'hui l'ornement de notre musée du Louvre; Gautherot fut remarqué par son tableau de Marius à Minturnes : Serangeli pour une Composition d'Orphre et d'Furydice. Enfin, Berthon, Damame, Fortin, Harriet, le lauréat de l'an Il, Laneuville, Pajou, Roland, y soutinrent la bonne réputation de l'atelier, Miger et Tardieu y exposèrent des portraits gravés d'après David.

Ce dernier était trop absorbé par son tableau des Subines. Pour prendre part à ces luttes pacifiques. Il avait répondu par un refus, en date du 26 prairial an IV, à Ja demande du ministre de lIntérieur, de faire partie du jury d'examen des ouvrages destinés au Salon, « son opinion ayant toujours été pour une liberté absolue ». Il ne sortit un instant de sa.réserve que pour s'élever avec quelques artistes et amateurs éclairés, entre autres Quatremère-Quiney, contre l'usage que le Directoire faisait de la victoire en dépouillant la Hollande et l'Italie de leurs richesses artistiques pour en embellir Paris,

Il résistait à l'opinion générale qui pensait que la vue des chefs-d’œuvre des maitres enfanterait en France des hommes de génie.

Il signait la pétition suivante, que les artistes envoyèrent au Directoire le 28 thermidor

an EV (15 août 1796) :

« Citoyens Directeurs,

» L'amour des arts, le désir de conserver leurs chefs-d’œuvre à l'admiration de tous les peuples, un intérêt commun à cette grande famille des artistes répandue sur tous les

points du globe, sont les motifs de notre démarche auprès de vous. Nous craignons que cet

enthousiasme qui nous passionne pour les productions du génie, n'égare sur leurs véritables

intérêts mème leurs amis les plus ardents, et nous venons vous prier de peser avec matu-

rité celte importante question de savoir s’il est utile à la France, s’il est avantageux aux

artistes en général, de déplacer de Rome les monuments d'antiquité et les chefs-d'œuvre de peinture et de sculpture qui composent les galeries et les musées de cette capitale

des arts.

1 soumis à l'opinion publique

» Nous ne nous permettrons aucune réflexion à ce sujet dé ions : nous nous bornerons à demander, citoyens Directeurs, qu'avant et de

par de savantes diset de rien déplacer à Rome, une commission formée par un certain nombre d'artistes wens de lettres nommés par l'Institut national, en partie dans son sein et partie en dehors,

soit chargée de vous faire un rapport général sur cet objet.

» C'est d'après ce rapport, où toutes les considérations seront discutées et pesées avec

s qui est indispensable au développement d'un sujet si grand et si

cette masse de lumièr diene de vous, que vous prononcerez, citoyens Directeurs, sur le sort des beaux-arts dans les générations futures.

» Oui! l’arrèté que vous prendrez va fixer à jamais leur destin, n’en doutez point, et c’est ainsi que, pour former des couronnes destinées à nos légions triomphantes, vous saurez

unir les lauriers d’Apollon aux palmes de la victoire, et aux rameaux si désirés de l'arbre

de la paix.

» Valenciennes, peintre; Le Barbier l'ainé, #d.: L. Moreau l’ainé, #d.; Bataille: David, peintre; Dumont, sculpteur ; Meynier, peintre; Soufflot le Romain, architecte du français: Nien, peintre; Levasseur, graveur; Julien, sculpteur; Lethière, Dufourny, architecte; L.-F. Cassat, auleur du Voyage pillo- Lesueur, peintre; Suvée, id. ; Peyron, #d.; Boizot,

Panthéon peintre; Givodet, peintre ; resque en Syrie; Quatremère-Quincy ; sculpteur; Colas, architecte ; Fontaine, #d.; Percier, id.; Denon, graveur; Lange, sculpteur; Nincent, peintre; Moreau jeune; Robert; Lorta, sculpteur : Giraud, id. ; Pajou, #4. ; Berruer, #4. ; Michallon, #d.; Fortin, id. ; Roland, #d.; Desoria, peëntre ; Chancourtois,

eau, d.; Lemonnier, 4d.; Legrand, architecte ;

y, d.; Clair

id.; Perrin. od.; Te Molinos, architecte ; Lempereur.

Cette question passionna le monde des arts; Lebreton répondit aux allégations des L gouver-

pétitionnaires, et Sur ces entrefaites l'Institut, consulté par les conmnissaires di

GRAVURES DE LEPELLETIER ET MARAT 331 nemen{ sur le choix des œuvres d'art à Wansporter à Paris, ayant dressé une liste des statues et des tableaux à enlever de Rome, donna officiellement raison à la portion des artistes qui réclamaient pour la France les chefs-d'œuvre de l'Antiquité et de la Renaissance.

On n’a pas oublié que, lorsque David offrit à la Convention nationale son tableau du Marat, YAssemblée avait décrété, le 24 brumaire an Il, que, sous la direction de l'artiste, des gravures seraient exécutées de ce tableau et de celui de Lepelletier.

Conformément à ce décret, David avait passé, pour l’exécution du Lepelletier, an traité avec Tardieu et, pour le Marat, avec Morel, tous deux graveurs distingués de cette époque. Mais le travail de ces gravures fut abandonné quand les vainqueurs de Robespierre, bien

qu'ayant dans les sans-culottides de l'an IL transporté les cendres de Marat au Panthéon,

firent rendre à l'artiste les tableaux originaux qu'un nouvel arrèté de la Convention avait

fait enlever de la salle des séances.

Cependant, sur la somme de 24,000 livres mise à sa disposition par le même décret du 24 brumaire, David avait touché 12,000 livres en deux payements de 6,000 livres, effectués en l'an II, lun le 5 pluviôse, l’autre le 14 prairial.

En 1797, la Réaction contre les patriotes, la queue de Robespierre comme on les appelait, était plus violente que jamais. Les injures étaient à l'ordre du jour, et les journaux royalistes rééditaient ces invectives prodiguées après le 9 thermidor. Ainsi faisait lZspion de la Révolution francaise en reprenant, sur l'attitude de David au 2 septembre 1792, l'imputation que Courtois avait glissée dans les notes de son l'apport Sur les événements de Thermidor, lu à la Convention au premier anniversaire de cette révolution. Dans de telles conditions, il arriva probablement que quelque feuille, croyant trouver une nouvelle alomnie à ajouter à celles dont on abreuvait le peintre de Marat, prétendit qu'il était incapable de rendre compte de l’argent mis à sa disposition pour la gravure de ses deux tableaux du Marat et du Lepelletier.

L’accusation pouvait paraitre d'autant mieux fondée qu'aucun exemplaire de ces deux gravures n'avait été livré au public, les artistes ayant été arrètés dans leur travail par les événements politiques.

David, pour couper court à toutes ces insinuations qui l'outrageaient dans sa « ignité d'honnête homme et dans sa probité désintéressée qu’il mettait au-dessus de toutes les

vertus, envoya au ministre de l'Intérieur le mémoire suivant :

« Citoyen Ministre,

» Jacques-Louis David, peintre, vous expose qu'en l'an II, il fit hommage à la Convention nationale de deux tableaux de sa composition, représentant l’un la Mort de Michel Lepelletier et Y'autre celle de Warat.

» Par décret du 24 brumaire de ladite année, la Convention nationale ordonna que ces

deux {ableaux seraient gravés aux frais de la nation ; elle mit à la disposition de la Commis-

sion de l'instruction public ue une somme de 24,000 livres pour fournir aux frais de gravure I I g

et d'impression. Le décret porte que la propriété des planches appartiendra au citoyen

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