MODÈLES DES SABINES
C’est sans doute en apprenant ces persécutions ardentes que Bonaparte, éclairé par Gros sur le véritable caractère de David, lui fit Proposer, par son aide de camp Julien, un asile, à l'ombre de ses lauriers, sur cette terre d'Italie qu'il venait de conquérir. Une telle démarche répondait à la sympathie que le général manifestait pour les hommes distingués dans les arts, les lettres et les sciences, quand, le 5 prairial an IV, il écrivait au citoyen Oriani, astronome : « Le peuple Français ajoute plus de prix à l'acquisition d’un savant mathématicien, d'un peintre en réputation, d'un homme dis ingué, quel que soit l'état qu'il professe, que de la ville la plus riche et la plus abondante. »
David refusa la noble hospitalité que lui offrait le général, qu'il ne connaissait même pas de vue, mais dont les victoires avaient frappé son imagination, car, après Lodi, il ui avait écrit pour lui demander un dessin des lieux où s'était passée cette action d'éclat,
désirant la retracer sur la toile. Ce fut alors que naquit dans son cœur cet attachement
sincère et durable pour Napoléon, qu'accrut encore la respectueuse admiration inspirée par les œuvres de cet incomparable génie, dont, plus tard, dans son exil, il se plaisait à rappeler l'offre généreuse.
Son refuge contre l'injustice des hommes était son atelier. Il travaillait sans relâche aux Sabines, et, pour épargner un temps précieux, il avait cédé un petit appartement, au-dessus de l'atelier des Zoraces, à son élève Pierre Franque.
C'était là que se réunissait la petite coterie des Primitifs, auxquels Maurice Quay exposait ses théories sur les principes de l'art, desquels, disait-il, David ne se préoc- Cupait pas assez. Ces jeunes réformateurs ne {rouvaient pas suffisantes les audaces de leur maitre, bien qu'il eût renoncé à habiller ses Personnages des Sabines, tentant de faire un tableau «plus Grec que celui des Horaces ». Cependant, telle qu’elle était conçue, sa Composition, à leurs yeux, n'aspirait pas encore assez à la pureté et à la beauté des Anciens. Désireux de ramener les arts aux plus beaux temps de la Grèce, ces jeunes gens, non contents de ne peindre que des héros d'Homère ou de Pindare, résolurent d'en adopter le costume, et un jour Paris vit, dans ses rues, quelques rares spécimens des costumes de Pâris et d’Agamemnon. Ils poussèrent si loin l’exagération de leurs doctrines, n’épargnant pas même leur maître, que celui-ci remercia Pierre Franque, et le remplaça par Langlois, d'un talent aussi mûr et plus modeste.
Il eut aussi à se séparer de jeunes gens qui, dans son atelier, se faisaient les apôtres d'idées contraires aux siennes. A côté des Primitifs, s'élevait une autre secte qui, faisant bon marché des études pratiques, prétendait que la « seule méditation » pouvait remplacer toutes les parties de l'art. Ces novaleurs, accablant de leurs dédains les grands maitres, ne considérant pas David comme un peintre, tranchaient avec hauteur tous les problèmes de l’art, qu'ils n’admettaient que « naïf ou puissant ». A l’opposé des Primitifs, qui déployaient une certaine recherche dans leur costume, ils affectaient une tenue cynique, et par leur ton, leurs manières, effrayaient les femmes et les jeunes filles qui passaient dans les corridors du Louvre.
David les éloigna de son atelier, et après avoir provoqué quelque temps la malignité du public, comme les Primitifs, les Méditateurs disparurent.
sir, car le suprème bon ton commandait
Du reste, ils avaient peu de chance de rét
oses, et surtout dans la toilette, une recherche excessive. Celle des femmes
en loutes ch se proposait une imitation raffinée des modes de l'antique Grèce.
David s'applaudissait de cette réforme du costume, qui, débarrassant les femmes de
leurs atours empruntés, découvrait une partie des formes et laissait deviner celles qu'on Leurs longues robes d’étoffes souples et moelleuses, ornées de légères
fabine ; leurs cheveux, sans poudre,
ne montrait p broderies, rappelaient le vêtement de Camille et de S
retenus par des bandelettes, étaient disposés comme la coiffure des filles de Brulus. Aussi
en témoignait-il sa satisfaction, quand, au sortir d’une représentation théâtrale, en voyant s’écouler le flot étincelant des beautés qui venaient de briller dans la salle, il disait à ses yeux, car, ce soir, ne sommes-nous pas à Athènes. »
amis : « Admirons de tous nos s à l’état de
lus que transparents, des belles du Directoire, sont pa
Les costumes, p
légende. Tout s'excusait alors, quand on s’appuyail sur un exemple donné par l'antiquité. Cet engouement des mœurs antiques servit David pour l'exécution de ses Sabines, car à ‘émule des femmes de Rhodes, de Corinthe et de Sicyone, qui se glorifiaient de se montrer lle, action mise en relief par les rédacteurs du livret de 1795,
en
sans voiles à Zeuxis où à Ape dans son discours de la distribution des prix de peinture, où il s'écrie, qui s'était prètée à servir de modèle : « Des honneurs publics ndre ceux
et par Renou, parlant de la jeune fille 8 beautés dont les artistes avaient imité les traits pour re {rois jeunes dames du meilleur monde, passionnées pour
*Hersilie, vinrent lui offrir le concours de
étaient offerts aux jeune d'une Vénus où d'une Hélène, »
es arts, apprenant son embarras pour la figure d es se dévoilèrent devant lui, et il chois e que le peintre s'inspirât de sa beauté
eurs charmes. El t parmi elles l'épouse de Romulus.
Madame de Bellegarde se prèta ainsi à ce les figures de son tableau. Elle en tirait mème vanité en par jait la brune Sabine, pour laquelle on disait qu'elle
jour une des be issant en
sublic coiffée d'une manière qui rappe
avait bien voulu servir de modèle.
res personnages du tableau furent dessinés d’après ses élèves etle danseur Degville, son Zatius. La vieille mère
Plusieurs au : Bayard, avons-nous dit, lui posa son Romus,
qui, déchirant ses vêtements, se présente le sein nu, fut faite d'après la fidèle Catherine,
la couvernante de ses enfants; enfin, un homme qui, dans la suite, occupa une place
distinguée dans l'administration, le jeune Paganel, lui servit pour les bambins qui se roulent entre les combattants.
La figure d'AÆersilie lui présenta quelques difficultés; qui ne le salisfaisait pas encore complètement et avait effacés. La main de Romulus comme
il la recommença plusieurs
fois, se contentant à la fin d'un résultat € lui faisait regretter quelques-uns des essais qu'il le pied du père des Æoraces, l'arrêla un instant. avail par une grande fatigue des yeux. Ce fut à
Il fut aussi interrompu dans son tre partir de ce moment, qu’il dût, pour terminer, faire usage des lunettes. Il bénissait l'inventeur
uquel, disait-il, on devrait « élever des statues, car il a donné
de ce précieux instrument, à ttres
» à l'homme la faculté de poursuivre toute sa vie ses travaux dans les sciences, les le
» et les beaux-arts. »