‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 130 sur 328 · PREMIER PORTRAIT DE BONAPARTE · texte numérisé non relu

PREMIER PORTRAIT DE BONAPARTE

Un événement que Paris attendait avec impatience vint aussi le distraire un instant de ses occupations.

Nous voulons parler de l'arrivée de Bonaparte. Chacun brülait de voir ce jeune héros qui avait su arracher à l'ennemi séculaire de la France une paix glor ieuse, et relever, dans les champs de bataille de l'Italie, la splendeur de ses armes.

David surtout désirait le remercier de l'abri qu'il lui avait offert dans son camp et de l'accueil bienveillant qu'il avait fait à Gros, son élève, que Madame Bonaparte lui avait présenté à Milan.

La première fois qu'il vit le général, ce fut à sa réception officielle, par le Directoire, au palais du Luxembourg; cérémonie dans laquelle on avait déployé un appareil fastueux pour répondre au sentiment des Parisiens, qui, par une illumination spontanée, célébrèrent le retour du vainqueur d’Arcole.

Bonaparte, de son côté, désirait se trouver avec David. Il sut en faire naître l’occasion. Le secrétaire du Directoire, M. Lagarde, ambitionna l'honneur de le recevoir à sa (able. Le général accepta l'invitation en Stipulant que David serait du nombre des convives, M. Lagarde, bien que n'ayant aucune relation avec l'artiste, dans son désir de posséder dans ses salons le héros du jour, accepla celte proposition et se rendit chez le peintre. Celui-ci refusa avec une grande fermeté cette politesse qu'il ne s’expliquait pas, lorsque ce haut fonctionnaire, à bout d'arguments, lui confia la condition qu'on lui avait imposée.

David aussitôt se rendit à un désir aussi honorable pour lui.

Au jour fixé, Bonaparte, après avoir salué Madame Lagarde, se fit présenter David et, s'emparant de son bras, l’entraina dans une embrasure de fenêtre, pour s’entretenir avec lui. Au moment du diner, après avoir conduit la maîtresse de la maison dans la salle à manger, il cherche la place de David, et s'adressant à un des voisins de l'artiste, il le prie de le remplacer auprès de Madame Lagarde, pendant que lui, s'asseoit à la place qu'il vient de choisir, et continue sa conversation.

C'est dans ce court entretien que David lui demanda l'honneur de faire son portrait. I y consentit, mais au milieu de ses nombreuses préoccupations, il oublia le rendez-vous qu'il avait donné; il fallut que le peintre lui rappelät sa promesse.

Le jour étant pris, David fit préparer l'atelier des ZZoruces pour cette séance, et sachant, combien son modèle avait peu d’instants à lui donner, il conçut les principales lignes d'une composition dans laquelle le général Bonaparte était représenté sur le plateau de Rivoli, descendu de cheval, le regard interrogeant l'avenir, et tenant à la main le traité de Campo-Formio. Des chevaux et l'État-major occupaient le reste du tableau. Cette toile devait avoir un développement en largeur de neuf pieds sur sept.

Bonaparte vint accompagné de deux aides de Camp, les cheveux poudrés, vêtu d’une simple redingote bleu foncé dont le collet se confondait avec une large cravate noire. Il

avait traversé, pour arriver à l'atelier, la haie formée par les élèves des différents ateliers

du Louvre, et Ducis, tout essoufflé, était venu l’annoncer à son maitre. Le général revêtit

un habit militaire et commença à poser, donnant des marques d’impatience, tout en

regardant avec attention les Horaces et le Prutus qui, avec des moulages des plus belles

statues antiques, décoraient alors l'atelier.

Cette séance, pendant laquelle David employa toutes les ressources de son talent et de

son expérience, ne fut pas renouvelée. Il avait pu, pendant ces trois heures, faire une ébauche

très serrée de la tète : le tableau en resta la. La toile fut retrouvée à la vente de David et

achetée par Denon, qui la fit couper, pour ne conserver que la tête et toute la partie du buste

indiquée au bistre.

Le lendemain de cette séance, David vint, selon son habitude, corriger ses élèves. Il

devinait dans leurs regards le désir qu'ils avaient de connaitre les détails de son entrevue

avec le général. Il leur en parla avec enthousiasme, antique de la tête, que d’ignares graveurs italiens n'avaient pas su rendre. Enfin, se faisant finement taillé, il traça sur le mur de l'atelier le profil de l’homme

s'arrètant surtout sur le caractère

donner un crayon blane, qu'il appelait « son héros ».

Déjà, à son retour de la réception au Luxembourg, il avait de mémoire dessiné un croquis de Bonaparte, le montrant à ses amis en leur disant : «Voilà le général de la grande nation.» Cet enthousiasme pour Bonaparte était, au reste, partagé par la plus grande partie du publie. L'Institut l'avait appelé par l'élection à remplacer et le nouveau membre, simplement vètu d'un frac gris, se confondit

Carnot dans la Classe des sciences

et des mathématiques,

avec ses collègues à la séance du 15 nivôse an VI, dans laquelle Chénier donna lecture de

son poème sur la mort du général Hoche.

Quand il termina par ces vers qui menacent les Anglais,

Quels rochers, quels remparts deviendront leur asile, Quand Neptune irrité lancera dans leur ile

D'Areole et de Lodi les terribles soldats,

Tous ces jeunes héros, vieux dans l'art des combats, La grande nation, à vaincre accoutumée,

Et le grand général guidant la grande armée !

la salle retentit d'applaudissements et les regards se tournèrent vers ce jeune homme dont

xtraordinaire allait avoir tant d'influence sur le monde.

la destinée déjà e à Paris, le général revit David, et même, sans lui

Pendant le court séjour qu'il fit

découvrir que l'Égypte était le but de ses pensées, il le pressa de le suivre dans un pays

renommé pour son beau ciel et ses précieux souvenirs de lan tiquité.

L'artiste alors touchait à la cinquantaine : ce n’était plus pour lui l'heure des entreprises hasardeuses. Il avait eu, pendant ces dernières années, une vie assez agitée pour ne aventures. En outre, son tableau des Subines restait à finir ;

plus désirer courir de nouvelles ance, il se contenta de le

il refusa done les offres du nouvel Alexandre. Avec toute la Fr

suivre, par la pensée, sur cette terre d'Écypte, où un gouvernement mesquinemen jaloux

ait que sa gloire et lui trouveraient un tombeau. Mais les événements, mème à Paris, lèvres à la

espér' trompèrent cette secrète attente, car le nom de Bonaparte revenait sur toutes les

vue des chefs-d'œuvre que son génie avait conquis à la patrie. S I D

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