‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 131 sur 328 · CHEFS-D'ŒUVRE DE L'ANTIQUITÉ ET DE LA RENA NCE A PARIS · texte numérisé non relu

CHEFS-D'ŒUVRE DE L'ANTIQUITÉ ET DE LA RENA NCE A PARIS

Les convois qui les portaient, attendus avec impatience, arrivèrent enfin. L'administation du Muséum avait déjà recu quelques envois insuffisants pour satisfaire la curiosité du public, qui ne voyait dans tous ces retards qu'une preuve de l'incurie des Conservateurs, À la séance du Conseil des CGinq-Cents du 1 nivôse an VI, le député Marin s'était fait l'in terprète de ces sentiments en se plaignant de ce que les objets d'art et les tableaux conquis par la valeur de nos armes restaient entassés, sans soins, dans les magasins.

L'administration du Muséum répondit à cette attaque par un long article justifiant sa conduite et dévoilant assez naïvement les prétendus secrets de l’art de restaurer les peintures. Elle terminait sa défense en appelant des savants et des artistes à procéder à un examen des objets contenus dans le Muséum.

Le Directoire, se sentant touché par cette résolution prise sans les ordres du ministre de l'Intérieur, casse et annule toutes les opérations faites et nomme une Commission, composée des commissaires de la France en Italie, d'artistes et d'experts en tableaux, pour qu’on lui fasse un rapport sur les travaux faits dans le Muséum et l'état des tableaux qui y sont déposés.

Cette Commission tint deux séances auxquelles David, qui en faisait partie, n'assista pas. Elle fit un rapport qui donnait gain de cause à l'administration du Muséum et la

déchargeait de toutes les imputations qu'on avait élevées contre elle.

Le banquet qu'avait offert à Bonaparte le Corps législatif dans la grande galerie du que tiq j: PSies 8 8 Muséum fut encore-par ses dégâts la cause d'un nouveau retard.

On savait cependant que des convois organisés avec les plus grands soins par les

commissaires Monge, Moitte, Berthollet et Tinet avaient g

Livourne, puis le port de Marseille, sous la condüite de Gros, que le général en chef de l'armée d'Italie avait nommé à ces fonctions pour lui assurer des ressources.

De ces objets d'art, les premiers parvenus à Paris furent exposés dans la galerie d'Apollon, puis dans le grand salon du Muséum dont la porte était ornée d’armes et de drapeaux enlevés à l'ennemi avec ces mots : À l’armée d'Italie; mais les chefs-d'œuvre les plus renommés étaient encore attendus.

Ce fut la pensée générale de faire de leur arrivée une fête nationale, Les artistes, les membres de l’Institut en tète, demandèrent que l’organisation de cette pompe triomphale leur fût confiée. Le Directoire eut lheureuse idée de profiter de cette circonstance pour enlever à l'anniversaire du 9 thermidor son caractère de vengeance et de haine.

Ce jour-là, une longue procession, qui commençait devant le Jardin des Plantes, où on était allé chercher les objets précieux arrivés par la Seine, se déroula dans Paris, jusque dans le Champ de Mars où le Directoire, entouré de tous les hauts fonctionnaires, se tenait près de l'autel de la Patrie. Ce cortège était divisé en quatre parties, chacune accompagnée des membres de l'Institut, des savants, des artistes, qui s'intéressaient aux richesses qui la composaient. Des chariots chargés, les uns de manuscrits, de livres, de cages contenant des animaux féroces ombragés par des plantes exotiques ; les autres, de caisses sur lesquelles on lisait : Zransfiguration de Raphaël.., Christ du Titien:; les derniers, enfin, plus massifs, plus solides, portant 14 [pollon du Belvédère, le Zaocoon, etc., défilèrent sous les yeux des

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Parisiens, leur rappelant le nom du héros dont la destinée s'accomplissait alors sous des

cieux si éloignés. Chacun était fier de ces précieuses conquêtes et espérait pour la France

une génération glorieuse de peintres et de sculpteurs.

David ne partageait pas l'illusion générale. Nous avons vu qu'il avait désapprouvé ces réquisitions artistiques, et il ne croyait pas à leur influence sur la culture des arts en

France. Beaucoup avaient attribué ce sentiment à une basse jalousie d'artiste ou de

politique : l'avenir lui donna raison.

Il en causait quelquefois avec ses élèves, et surtout avec Delécluze, qui nous à conservé

la conversation suivante :

« Sachez bien, lui disait-il, que l'on n'aime pas naturellement les arts en France ;

c'est un goût factice. Soyez certain, malgré le vif enthous apportés d'Italie ne seront bientôt considérés que comme

sme que l’on témoigne ces

jours-ci, que les chefs-d'œuvre des richesses curieuses. La place qu'occupe un ouvrage, la distance que l'on parcourt pour aller l’'admirer, contribuent singulièrement à faire valoir son mérite, et les tableaux

en particulier, qui étaient l'ornement des églises, perdront une grande partie de leur charme et de leur effet quand ils ces chefs-d'œuvre formera peut-être des savants, des Winckaelm servait toujours pour les expositions des œuvres des artistes

ne seront plus à la place pour laquelle ils ont été faits. La vue de ann, mais des artistes, non.»

Le grand salon du Louvre vivants. Le publie ne s’étonnait pas del des Subines : mais ses élèves, à défaut du maître, y occupaient la place jour plus nombreux, faisait retentir son nom dans les concours de ‘Institut. A la distribution

‘absence de David qu'il savait absorbé dans son tableau la plus distinguée.

L'atelier, chaque peinture que le Directoire avait rétablis et rendus au jugement de 1 des prix de peinture de l'an VI, Boucher, son élève, avait obtenu le troisième premier grand

prix. Cette même année, Pajou fils, de son atelier, avait été couronné, pour la tète d'expres-

sion. Au concours de l'an VII (6 octobre 1798), son élève Harriet, le lauréat de l'an I, remportait ce prix avec son Combat des Horaces. Au concours de l'an VIT, Mullard recevait un second prix.

ation commençait à cueillir les palmes académiques, celle qu'au

Si cette jeune génér alait chaque

début de sa carrière David avait initiée à la pratique des beaux-arts se sign

jour par de nouveaux triomphes. En effet, les tableaux les plus remarqués au Salon étaient l'Amour et Psyché, de Gérard ;

la Mort de Caius Gracchus, de Topino-Lebrun; une #

attiré l'attention de la critique. Girodet et Gros étaient représentés par des portraits. Ce é d'Italie le portrait du Général

qui exposait pour la première fois, avait envoyé sonard, d'Hennequin,

rydice, de Serangeli, avait aussi

dernier, Berthier. Enfin, les ouvrages de Delafontaine, de Devosges, de F

d'Isabey, de Pajou fils, rappelaient au public le nom du maitre. tistes se plaignaient, malgré quelques achats faits par l soulagement dans le concours que l'Institut avait ouvert sur la

Mais les ar ‘administration. Ils

trouvaient un médiocre

question :

« Quelle a été et quelle peut-être encore l'influence de la peinture sur les mœurs et le

gouvernement d'un peuple libre. »

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