D'ENVIRON 9 PIEDS DE HAUT SUR 7 DE LARGE
Nous avons raconté dans quelles circonstances ce portrait fut demandé à David. Il s’en inspira pour la composition. Le comte, décoré du grand cordon bleu de l'Aigle blanc de Pologne, est représenté en manches de chemise, comme un homme qui, pour un instant, a mis habit bas. Il salue l'assemblée de son chapeau. Son cheval blanc, effrayé par un chien danois qui s’élance en aboyant, s’arrêle en baissant la tête. Un morceau d'architecture figurant un manège forme le fond du tableau.
Dans les mémoires de Bachaumont, où les articles sur le Salon et sur David occupent une place importante, on dit qu'on voyait dans l'atelier du peintre ce tableau qui n’avait pu ètre exposé; peut-être ne le fut-il que tardivement, car le Wercure de France en parle à la date d'octobre. Les deux critiques louent sans réserve cette peinture à peine connue en France. Ils s'étendent sur la composition qui fait éclater la supériorité que l'étude de la peinture d'histoire donne pour traiter le portrait. Ils constatent le beau dessin du cheval, le parfait accord du cavalier et de sa monture. Ces observations ont été complètement confirmées par des amateurs éclairés qui, il y a peu de temps, ont vu ce magnifique portrait dans le grand salon du château de Villanowa, près Varsovie.
N° 314. Zes F'unérailles de Patrocle, esquisse.
N° 315. Zrois fiqures acadénviques, dont une présente un saint Jérôme.
Ces deux numéros se composaient des envois de Rome exécutés pour satisfaire aux conditions de la Pension. Le jugement du public confirma celui de l’Académie.
N° 316. Femme allailant son enfant.
N° 317. Une tèle de vieillard.
N° 318. Plusieurs autres études sous le même numéro.
L'ensemble de cette exposition produisit une vive impression. Le succès de David et de plusieurs autres jeunes artistes suggère aux écrivains l'espoir que le règne de Louis XVI sera le signal de la renaissance des arts. La foule qui visitait le Salon, applaudissait aux louanges des connaisseurs, car un jour, ayant reconnu l’auteur du Zélisaire, elle le porta en triomphe. Sedaine était témoin de cette ovation, et à son ami ému qui courut l’embrasser il dit : « Vous venez de recevoir le plus bel éloge qui puisse encourager un artiste; j'ai craint que vous ne fussiez enivré de ce succès; mais le calme et le sang-froid de votre accueil me promettent que vous en saurez mériter d’autres. »
D'autres personnes recueillaient aussi les marques d'estime données par le public.
La mère de David allait s'asseoir devant ses ouvrages et prenait part aux observations bienveillantes qu'on faisait à haute voix sur un peintre d’un talent si plein d'espérances. Elle laissait deviner qu'elle lui tenait de près; pressée de questions, elle avouait avec bonhomie être sa mère, et comme on la complimentait sur le génie de son fils, elle s'écriait : « Ah! tout cela n'est rien: si vous connaissiez son cœur. » Ces triomphes la remplissaient d'orgueil et de joie; aussi, quand elle rentrait dans la famille de son frère, ne fallait-il plus lui parler d'architecture et d'architecte, tout cela n’arrivait pas à la cheville de son enfant.
Cependant, comme il le disait à sa mère, ces succès ne le rendaient riche que de gloire, car Pierre, directeur de l’Académie et premier Peintre du Roi, qui lui avait promis deux cents louis de son Zélisaire, n'ayant voulu au dernier moment ne lui en donner que cinquante, il préféra garder son tableau. Cette peiniure subit d’étranges destinées. Achetée par l'électeur de Trèves, elle disparut à la Révolution. Retrouvée ensuite sur un caisson d'artillerie, elle fut mise en vente avec la collection Tholosan le 24 février 1801, sous le n° 84 et adjugée 4,800 francs au citoyen Simon qui la céda à Lucien Bonaparte. Elle passa en Italie quand ce dernier, se retirant des affaires publiques, s'établit dans cette contrée : elle fait maintenant partie du musée de Lille.
Quant au tableau de Swint Roch intercédant la Vierge pour les pestiférés, M. D'Angiviller aurait bien voulu le conserver pour le Roi. N'ayant pu réussir, en le renvoyant à Marseille, il fit demander par l’Intendant de la province et même par un frère du Roi aux membres du bureau de la Santé, de prouver par une gralification accordée au peintre leur
satisfaction de l’œuvre qu'il leur avait livrée. Ces Messieurs, « jaloux des deniers du com-
merce », ne voulurent ajouter que 350 francs, représentant les frais de transport et d’agrandissement du sujet, au prix convenu de 550 francs, et malgré le désintéressement de l'artiste qui, avant d'avoir pu connaître le résultat des démarches faites par les plus hauts
personnages, avait déclaré ne rien vouloir accepter au delà de ce qui lui était dû, ils
persistèrent dans leur mauvaise humeur et refusèrent de lui envoyer un mot de remer-
ciement et même de lui accuser réception de son tableau. Cependant, fiers du succès que cette œuvre qu'ils avaient si peu payée obtenait parmi leurs concitoyens, ils ne voulurent pas « l'enterrer » dans la chapelle du Lazaret, et ils la placèrent dans les bâtiments de la Santé où on la voit encore aujourd'hui.
Le talent de David engagea quelques jeunes artistes à lui demander des conseils. Ainsi
fut fondé cet atelier célèbre où vint étudier tout ce que la France et l’Europe comptèrent de distingué dans les arts. Son premier élève fut Germain Drouais, dont le père et le grandpère étaient estimés comme peintres de portraits. Ilavait été placé par son père chez Brenet, mais il le quitta attiré par la renommée de David. Wicar, Fabre, Girodet profitèrent aussi les premiers de ses leçons.
Comme agréé, David avait droit à un logement au Louvre. Pour les appropriations de ce nouveau domicile il fut adressé à l'entrepreneur des Bâtiments du Roi, à M. Pécoul, le père de l'ami qu'il avait laissé à Rome. En le recevant, celui-ci lui rappela le mess:
ge dont il s’était chargé. L'artiste s’excusa de son oubli, et ayant exposé l’objet de sa visite, il pria