SON MARIAGE
M. Pécoul de venir déjeuner avec lui au Louvre pour examiner les changements à faire dans son appartement. Ayant accepté, cet excellent homme trouva le couvert mis sur la toile des Funérailles de Patrocle. 1 gronda d'abord l’auteur de son peu de soin de ses ouvrages ; puis, tout en l’interrogeant sur ses intentions futures qui devaient décider la distribution de son intérieur, il lui fit connaître le désir de son fils de lui voir épouser une de ses sœurs,
désir que de son côté il avouait partager complètement. Il termina en l’engageant à venir
dans sa famille pour s'y rencontrer avec l’ainée de ses filles qu’il lui destinait.
David demanda à réfléchir, et, se rendant chez Sedaine, il lui exposa les faits, le priant de lui donner son avis. Celui-ci mettant de côté toute ambition personnelle, car il avait caressé pour sa fille l'idée d'un mariage avec son jeune ami, approuva fort cette alliance, en fit ressortir tous les avantages et insista sur l'estime justement méritée dont son futur beau-père jouissait parmi les membres de l'Académie d'architecture.
Il était en effet dans une belle situation de fortune, et la proposition qu'il venait de
faire à un homme encore seulement riche de gloire et d'espérances montrait à quels senti ments élevés son cœur était enclin. Il aimait aussi les arts, et recherchant la société des artistes il avait, pour s’en rapprocher, loué dans son hôtel de la rue du Coq la partie qu'il
n'occupait pas
à Ducret, architecte, et à Moreau jeune, le dessinateur.
David suivant les conseils de Sedaine répondit à l'invitation qu'il avait reçue et fit ainsi connaissance avec Mie Charlotte Pécoul. Cette jeune fille était douée des dons les plus gracieux de la nature : sans avoir les traits réguliers, l'éclat de son teint et de ses regards prêtait à sa physionomie une animation charmante, parfaitement en rapport avec la vivacité de son esprit. En entrant dans cette famille, David retrouvait dans son beau-frère un ami qui s'était lié à lui par la conformité de leurs goûts; enfin la fortune de sa femme, en lui assurant l'indépendance, lui permettait de suivre dans les arts la route qu'il s'était tracée.
Le mariage, bientôt décidé, fut célébré le 16 mai 1782, ainsi que le constate l'acte suivant :
« Du jeudi seizième de mai 1782. Sieur Jacques-Louis David, peintre du Roi et de son Académie, âgé de trente-trois ans et demi passés, fils de défunt Louis-Maurice David, ancien marchand, et de dame Marie-Geneviève Buron, quai de la Mégisserie, d'une part; et demoiselle Marguerite-Charlotte Pécoul, âgée de dix-sept ans passés, fille de sieur Charles-Pierre Pécoul, entrepreneur des Bâtiments du Roi, et de défunte dame Marie-Louise Lallouette, de droit et de fait, rue du Coq, d'autre part; tous deux de cette pardisse, ont été fiancés et mariés de leur mutuel consentement et avec la permission de M. le curé par moi soussigné, prêtre, bachelier en théologie, habitué et maître des cérémonies en cette église, après la publication d'un ban faite en cette paroisse sans opposition, et la dispense des deux autres accordée par Monseigneur l’Archevèque de Paris, portant permission de fiancer et de marier le même jour. signée : D'Argent, vicaire général; datée, insinuée et contrôlée le dix du présent mois et an. »
Les témoins de David étaient : François Desmaisons, architecte du Roi, et François Buron, architecte des Eaux et Forèts, ses oncles; ceux de Mie Pécoul, Nicolas Ducret, architecte du Roi, et Joseph Lalouette, avocat au Parlement et Conseil du Roi, ses cousins.
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La belle-mère de la mariée, son frère et ses deux sœurs signèrent avec les parents et les témoins l'acte de mariage.
Ce changement dans sa position ne ralentit pas l’ardeur de David pour le travail.
JL termina pour le Salon son tableau d'Andromaque, morceau de peinture que l’Aca-
démie lui avait désigné pour sa réception, et dont elle agréa l’esquisse dans sa séance
du 29 mars 1783.
Il apportait dans cet ouvrage la mème recherche du caractère antique. Il fil preuve d'un dessin correct et savant dans la tête et les pieds d'Hector, et il traita les accessoires d'après ses documents rapportés d'Italie, empruntant plus aux Romains qu'aux Grecs. Quant à la couleur, en exagérant la tonalité sombre, convenable à une scène de ce genre, il tomba dans les défauts de
s peintures précédentes.
Il travaillait en mème temps à un ouvrage complètement en dehors de ses aspirations, car ses études toutes païennes ne l'avaient nullement préparé à la peinture religieuse, et son Sixt Roch, où l'intérêt est surtout appelé sur les souffrances humaines, appartenait plutôt à l'histoire. Mais ici on ne pouvait éluder la difficulté, car la maréchale de Noailles lui avait demandé un Christ en croix. Il peignit cette figure en copiant peut-ètre trop rigoureusement son modèle pris parmi les soldats du maréchal. Une fois placé dans l’église des Capucines, ce tableau attira un tel concours de curieux que cette affluence incommode fut, nous le croyons, la véritable raison qui décida la donatrice à le soustraire aux yeux du public.
Ces deux toiles avec deux portraits et un dessin formèrent l'exposition de David au Salon de 1783.
Ces ouvrages sont ainsi désignés au catalogue :