‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 141 sur 328 · RE · texte numérisé non relu

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tombés au champ d'honneur. Le 20 mars 1800 (29 ventôse an VI), Lucien soumettait aux Consuls le rapport suivant :

« Citoyens Consuls,

» Sous les divers gouvernements qui vous ont précédés, les tribunes des Assemblées ont souvent annoncé à la France que des monuments allaient s'élever sur tous les points, en l'honneur des guerriers morts au champ de bataille ; mais, au milieu des secousses révolutionnaires, l'intention du bien demeurait presque toujours sans effet.

» C'est à vous, citoyens Consuls, qu'il appartient de réaliser des projets tant de fois annoncés.

» Tous les points de la République sont illustrés par la naissance et la mort des guerriers, et leurs noms ne sont gravés que dans la mémoire de leurs concitoyens.

» L’étranger, frappé d’admiration, chercherait en vain sur notre sol les noms des héros. Cette négligence n'appartient point à la nation, mais bien à un gouvernement qui, se trouvant dans l'arène au milieu des factions diverses, employait toutes ses facultés à lutter contre elles.

» Je vous propose, citoyens Consuls, d'acquitter enfin celte dette sacrée du peuple français, et j'ai l'honneur de vous soumettre le projet d’arrèté suivant.

» Salut et respect.

» LUCIEN BONAPARTE

« LES CONSULS DE LA RÉPUBLIQUE, après avoir entendu le ministre de l'Intérieur, arrêtent ce qui suit :

» ARTICLE PREMIER. — Il sera élevé dans chaque chef-lieu de département, sur la plus grande place, une colonne à la mémoire des braves du département morts pour la défense de la patrie et de la liberté.

» ART. II. — Sur cette colonne seront inscrits les noms de tous les militaires domiciliés dans le département qui, après s'être distingués par des actions d'éclat, seraient morts sur le champ de bataille.

» ART. III. — Le nom d'aucun homme vivant ne pourra être inscrit sur la colonne, à l'exception de celui des militaires qui, en conséquence de l'arrêté du 4 nivôse dernier, auront obtenu des sabres, fusils, grenades ou baguettes d'honneur.

» ART. IV. — A Paris, outre la colonne du département, qui sera élevée sur la place Vendôme, il sera érigé une grande colonne nationale au milieu de la place de la Concorde.

» ART. V. — Les noms des militaires morts après avoir rendu des services d’une importance majeure, seront inscrits sur la colonne nationale.

» ART. VI. — Les Conseils des départements sont chargés d'arrêter, dans la prochaine session, sur la présentation du préfet, les noms des militaires qui doivent être inscrits sur

la colonne départementale.

» ART. VII. — Les frais des colonnes départementales seront pris sur les centimes additionnels: le ministre de l'Intérieur règlera le maximum.

» ART. VIII. — Les frais de la colonne nationale seront pris sur le Trésor public. ———————— s - s = =

» ART. IX. — La forme et les dimensions des colonnes seront arrôtées par un jury d'artistes et approuvées par le ministre de l'Intérieur, qui est chargé de l'exécution du présent arrêté.

» ART. X. — Le présent arrêté sera imprimé au Zulletin des lois. »

Ce noble projet était la réalisation d'une idée longtemps caressée par David. Dans ses relations avec Lucien, qui aimait à s’entourer des hommes distingués et à recevoir leurs conseils, il avait réussi à lui communiquer l'enthousiasme qu’il ressentait pour les héros qui s'étaient sacrifiés pour leur patrie.

Travaillant à sa composition du Zéonidas aux Thermopyles, sujet qu'il avait choisi après l'achèvement des Sabines, l'artiste devait s'exalter à l'espoir de voir élever un témoignage public de reconnaissance à Ja raleur des soldats français, lui qui, dans ce moment même, était inspiré par le souvenir de trois cents Spartiates se vouant à une mort certaine pour sauver l'indépendance de la Grèce.

Son cœur avait toujours été ouvert à ces nobles sentiments.

L'héroïque défense de Lille et de Thionville avait inspiré son premier discours à la Convention. Les triomphes de nos soldats avaient dicté son programme de la fête en mémoire de Toulon. Ces monuments, consacrés aux

des victoires des armées françaises après la prise

mânes des défenseurs du sol natal, lui semblaient dignes de la reconnaissance d’un grand peuple, et l’érection d’une colonne nationale, confirmant l'union des citoyens et le triomphe de la République, couronnait ses vœux de patriote et de français.

Aussi accepta-t-il volontiers la direction de l'exécution de l'arrêté du 29 ventôse, et, sur la demande du ministre, il s’adjoignit Percier et Legrand, architectes.

Si David avait été un homme ambitieux ou intéressé, une semblable mission Jui

fournissait les moyens de satisfaire ses penchants. Dans une entreprise aussi importante que l'érection de monuments publics dans cent huit départements, entrainant le choix de l'emplacement et des modèles, il avait une occasion unique de gloire et de profit. Abandonnant tout avantage personnel, il résolut, avec ses collègues, de demeurer fidèle aux principes qu'il avait toujours défendus, et de recourir encore à un concours. Mais, comme pendant la Révolution, ils avaient acquis l’expérience que les concours publics étaient encombrés de nombreux projets envoyés par des concurrents étrangers aux premiè

"es

notions de l’art, et que leur examen entrainait une perte de temps, sans compter l’ennui

à lutter avec l'ignorance; ils dressèrent une liste des artistes connus auxquels on fit parvenir l’invi-

des juges et le découragement des artistes de talent, qui se voyaient ainsi appelé

tation de répondre aux vues du gouvernement.

Dans une lettre du 24 germinal, ils informèrent le ministre de leur décision, et celui-ci adressa aux artistes de Paris et des départements l'appel ci-dessous :

«28 floréal an VIII (8 mai 1800).

» Ministre de l'Intérieur aux architectes de Paris et des départements.

» Par son arrèté du 29 ventôse dernier, citoyens, le Souvernement à ordonné que dans

chaque chef-lieu de département il serait élevé une colonne à la mémoire des défenseurs de la patrie morts dans les combats.

» Je vous invite à vous occuper d'un ou de plusieurs projets pour les villes que vous choisirez vous-mêmes. La connaissance des localités vous donnera les moyens d'attacher à ces monuments l'intérèt dont ils sont susceptibles. Vous consulterez tout à la fois la situation de la ville, le genre d'architecture qui lui convient, son climat, l'étendue de ses places et, en général, toutes les circonstances qui peuvent déterminer la forme et les dimensions d’un monument public.

» Vous voudrez bien me faire connaître les villes que vous aurez choisies et m'adresser, dans le délai de trois mois, les plans que vous aurez tracés sur une échelle de proportion

de cinq millimètres pour un mètre.

» Je vous laisse, pour la forme et les dimensions de ces colonnes, toute latitude nécessaire au génie des arts. Je vous recommande seulement la grandeur et la simplicité dans les idées, caractère distinctif d’un monument national, et l'économie, qui assure le succès

de ces entrepris

» Vous voudrez bien désigner les matériaux qui pourront servir à la construction de ces monuments, et consulter, à cet égard, les facilités que donnent les emplacements où ils devront être élevés. Vous joindrez au plan général les coupes, les profils et tous les détails de l'exécution avec un devis approximalif des frais qu’elle occasionnera.

» Lorsque j'aurai reçu, dans le délai de trois mois, qui est de rigueur, les dessins que

vous m’aurez adressés, j'en confierai l'examen à des artistes que je nommerai à cet effet. Je ferai graver les projets qui en seront jugés dignes, et l'honneur de l'exécution deviendra le prix.

» Les artistes qui ne voudront point se faire connaître avant le jugement pourront employer la voie des devises, et leurs noms resteront ignorés si leurs projets n'obtiennent pas la préférence.

» LUCIEN BONAPARTE

Le 24 juin (5 messidor an VID), le ministre renouvelle ses encouragements aux artistes et les avertit que les premières pierres de ces monuments seront posées à la fète qui se célèbrera le 14 juillet, anniversaire de la prise de la Bastille.

Lucien tenait d'autant plus à donner de l'éclat à cette cérémonie nationale, que la France venait, dans les plaines de Marengo, de remporter, par l'épée du premier Consul, une victoire décisive qui consolidait le gouvernement el promettait à l'Europe une paix si désirée.

Aussi, le 14 juillet, au milieu d’une pompe guerrière, On posa, Sur la place de la Concorde, la première pierre de la colonne nationale. Lucien prononça un long discours, el on grava une médaille commémorative de cette cérémonie qui avait aussi été célébrée dans

les départements.

Le 12 août (29 thermidor), le ministre adresse aux artistes un dernier appel, et, le 29 août (4 fructidor), il arrête que les projets des colonnes départementales seront EXPOSÉS

au Louvre pendant quatre semaines.

Les projets, au nombre de quatre cents, furent classés avec goût par Raymond.

architecte, dans la salle du Louvre qui servait aux séances de l'Institut.

La Commission nommée par le ministre eut à examiner cette masse de projets. Pour les colonnes départementales, elle en choisit trente-sept, qui lui parurent les meilleurs, et s'arrêta, pour la colonne nationale, au plan de Moreau, élève et ami de David, qui avait eu le double honneur de remporter le premier grand-prix d'architecture et le second grandprix de peinture.

Son plan fut présenté le 11 nivôse an IX (ler janvier 1801) au premier Consul.

, La colonne devait avoir 210 pieds de haut. Le soubassement. de forme circulaire, avait 90 pieds de diamètre. Tous les départements y étaient représentés par autant de figures qui se tenaient par la main et formaient une chaîne autour du monument. Ces figures avaient la tête ornée de couronnes rappelant les différentes productions du sol de la France et étaient vêtues de la tunique, ancien costume gaulois.

Des inscriptions, des trophées, à la gloire de la nation française et des armées du Rhin. d'Italie, des Pyrénées et d'Orient ornaient les quatre angles ou soubassements.

La statue qui surmontait la colonne était une figure de la République debout et triomphante.

Cette figure ainsi que les ornements devaient être en bronze, la colonne de granit et le reste en marbre.

Nous retrouvons dans cette composition l'inspiration de David. Ainsi l'emploi du granit recommandé par la circulaire ministérielle du 2 juillet rappelait la motion de David que les monuments de Lille et de Thionville fussent construits de cette belle pierre, comme la plus durable; la frise des départements était encore une de ses conceptions dont ses enfants avaient conservé le souvenir, et qu'ils rappelaient toutes les fois qu'on parlait devant eux d'un monument national.

Cependant la Commission, désirant apporter quelques modifications au plan de Moreau, l’appela dans son sein avec d'autres architectes. Le 8 mai 1801, elle déposa son rapport qui confirmait le prix à Moreau et mentionnait honorablement quatre autres projets.

Mais, pour mieux se rendre compte de l'effet du monument, on décida qu'un modèle en plâtre et en toile en serait exécuté sur la place de la Concorde. La vue de ce modèle, érigé dans le courant du mois de mai, souleva une polémique passionnée dans les journaux, surtout pour l'emplacement qu’il occuperait définitivement.

Le choix de la Commission et la lenteur qu’elle mettait à se décider sur les plans des colonnes départementales étaient loin de satisfaire les concurrents, et l’un d’eux, Detournelle, l’ancien rédacteur du Jowrral de la Soctélé populaire et républicaine des arts, publia, dans le Journal des arts, des sciences et de la lillérature, une série de lettres donnant l'histoire des concours de la République. Après avoir montré que tous ces projets annoncés avec grand fracas ne rapportaient aux artistes que de la peine et du découragement, parce que les jugements n'étaient pas rendus avec impartialité et que l'exécution en était toujours

remise; il terminait par le concours des colonnes nationale et départementales et se plaignait

vivement, dans le numéro du 25 fructidor an IX, de la manière dont les opérations en

avaient été dirigées.

«Lorsque, disait-il, le gouvernement eut arrèté, le 29 ventôse, qu’il y aurait des colonnes dans chaque département élevées à la gloire des défenseurs de la patrie, il ny eut pas d'abord de concours de publié. Le ministre invita par une circulaire les artistes distingués à lui envoyer des projets; ne connaissant pas ceux qui pouvaient l'être, il consulta, pour avoir une liste, un artiste de la plus grande réputation. Qu'il eût été facile à la bonne foi, à celui qui ne devait avoir d'égard ni aux coteries, ni aux partis, de dresser un tableau des vrais prétendants : soit ignorance, soit oubli, soit malice, malgré un imprimé où existait le nom et la demeure de vingt-deux architectes couronnés dans les précédents concours, malgré la facilité de pouvoir trouver tous ceux qui avaient eu les prix ou les médailles de l’Académie d'Architecture, on n’envoya de lettres qu'aux amis et connaissances. Cette manière d'agir fit réclamer. Le ministre Lucien, qui n'avait eu que des intentions droites, fit une invita-

tion générale aux artistes, et la lettre dont quelques-uns se glorifiaient de la préférence,

devint un appel général dans toute la France. N'étant point question de jugement, d'exposition, ni de choix, les artistes des départements regardèrent leurs projets, quoique soumis au ministre, comme une chose exécutée, et leur opinion fut plus affermie dans cette hypothèse quand les préfets les choisirent pour poser la première pierre le 25 messidor.

» Ilen fut de mème à Paris. Les colonnes nationale et départementales avaient déjà des architectes : l’un, membre de l’Institut, et l’autre, architecte du département, devaient les exécuter.

» La réputation distinguée de ces artistes et les égards que l’on a quelquefois de ne pas aller, pour m’exprimer vulgairement, sur les brisées de personne, étaient cause que le bruit courait que les colonnes nationale et départementales ne seraient pas en concours. Mais un architecte fit insérer dans le Jowrnal de Paris et dans le vôtre, n° 71, une lettre dont il envoya copie au ministre, qui détruisit ce doute, et fut cause que plusieurs s'occupèrent de ces deux projets.

» Quatre cents colonnes furent remises dans l’espace de trois mois. Le ministre en ayant reçu plusieurs pour le mème département, il fallut opter. D'abord on envoya les dessins à plusieurs architectes pour donner leur avis: puis ensuite le ministre décida l'exposition dans la salle de l’Institut national. Jamais on n’en vit une plus singulière : le citoyen Raymond l'avait classée avec ordre et méthode. On parla beaucoup de projets dans les journaux, et si l'on veut s’en former une idée, la lettre imprimée dans votre n° 94%, du citoyen L. G., est parfaitement dans le sens de l'opinion publique, qui ne fut jamais divisée dans cette occasion.

» Les concurrents se rassemblèrent pour demander que les juges fussent nommés par eux, afin que l'Exposition eût lieu quelques jours après le jugement. Cette demande fut trop tardive! une commission était nommée. On connaît le résultat du jugement. Si on en est curieux, le rapport de la commission qui contient 12 pages in-8°, se trouve dans le Wonileur

du 17 ventôse an IX. Le dernier article consiste dans le choix de la colonne de Moreau

LES COLONNES NATIONALE ET DÉPARTEMENTALES Grp)

que la commission a regardée comme digne d'exécution et dans la mention honorable de quatre artistes après lui.

» Les artistes de Paris disaient que la meilleure colonne n'avait pas été choisie. Ceux

des départements disaient que n'étant pas à Paris pour soutenir leurs projets, on n'y avait

pas fait attention. En général, on aurait voulu que la commission ne se fût pas bornée au choix de trente-quatre monuments, el il y en avait bien cinquante de rejelés qui ne méritaient pas de l'être.

» Ainsi finit le concours : il y à bientôt un an, et rien ne s'exécute. La Commission s’assemble régulièrement et s'occupe, dit-on, d’un rapport sur chaque monument. Le seul rapport établi avec les architectes se fait par le Journal de Paris.

- » La colonne nationale, obtenue par Moreau, se trouve arrêtée par les membres de la Commission qui, après leur jugement entre les projets de douze concurrents, admettent des changements dans la composition de celui qu’ils ont proclamé le premier et amènent ainsi les concurrents à demander un nouveau COnCOUrS. »

David, Percier et Legrand, impliqués spécialement dans cet article de Detournelle, envoyèrent immédiatement au Journal des Arts la réponse suivante :

«5 vendémiaire an X (27 septembre 1801).

» Aux auteurs du Journal des Arts.

» Citoyens,

» L'historien du concours a, dans la lettre insérée dans votre avant-dernier n°155 et qui termine son abrégé sur cette matière, avancé plusieurs faits qu'il importe d'autant plus de rétablir, que tels qu’ils sont présentés, ils montrent sous un jour faux et même perfide la conduite la plus loyale, et, nous osons dire, la plus généreuse.

» Nous devons à la vérité de réfuter des assertions aussi peu fondées ; Nous avons aussi de notre côté des preuves écrites que personne ne peut contester.

» Comment, lorsqu'on veut rassembler des matériaux pour servir à l’histoire, peut-on se permettre de hasarder, entre autres, un Paragraphe aussi injurieux que celui-ci :

« Lorsque le gouvernement eut arrêté le 29 ventôse, qu'il y aurait des colonnes dans » chaque département, élevées à la gloire des défenseurs de la patrie, il n’y eut pas d'abord » de concours de publié : le ministre invita par une circulaire les artistes distingués à lui

» envoyer des projets. Ne connaissant pas ceux qui pouvaient l'être, il consulta pour avoir » une liste un artiste de la plus grande réputation. Qu'il eût été facile à la bonne foi, à celui » qui devait n'avoir égard ni aux coteries, ni aux partis, de dresser un tableau des vrais » prétendants. Soit ignorance, soit oubli, soit malice, malgré un imprimé où existaient le » nom et la demeure de vingt-deux architectes couronnés dans les précédents CONCOUTS ; » malgré la facilité de pouvoir trouver ceux qui avaient des médailles et des prix de l’Aca- » démie d'Architecture, on n'envoya des lettres qu'aux amis et Connaissances. Cette manière » d'agir fit réclamer. »

» Eh bien, que l'on sache donc que cet artiste consulté fut chargé seul par le gouvernement des projets des colonnes départementales. « En vous concertant, dit textuellement » la lettre du ministre, en date du à germinal an VIII, avec deux artistes, dont je vous » laisse Je choix, pour me présenter sans délai la forme et les dimensions qu’il conviendrait » de donner aux colonnes des départements et à celle du département de la Seine. »

» La colonne nationale même y était comprise avec des données pa rticulières.

» Cette lettre que les convenances ne nous permettent point d'imprimer en entier, sans en avoir obtenu l'agrément du ministre qui l'écrivait alors, est encore terminée par cette phrase remarquable. « Je suis convaincu de l'intérèt avec lequel vous entreprendrez ce » travail important. Jamais vos talents, et ceux des artistes que vous vous adjoindrez, » n'auront une plus belle occasion de se développer. »

» Le peintre s’adjoignit en effet deux architectes, par une lettre du 11 germinal. Vous trois avaient assurément beau jeu pour faire accepter leurs projets, s'ils eussent eu leur intérèt en vue plutôt que le progrès de l'art. Voyons quel usage ils vont faire d’une si grande latitude !

» Sans doute ils vont donner carrière à leur imagination, couvrir la France entière de monuments de leur composition et se partager la gloire et les profits d’une si grande entreprise, où at moins en gratifier leurs amis et connaissances. Certes, ils le pouvaient, et plus d'un hardi frondeur eût autrement profité d’une telle occasion. Cependant voici un extrait littéral de ce que, d’un mouvement simultané, ils écrivent au ministre dans leur première réunion du 24 germinal :

« Nous étant réunis pour examiner avec attention toute l'étendue de la mission que » vous nous avez confiée, el considérant que nous pouvons, dans cette importante occasion, » en faisant le sacrifice de nos propres intérèts, contribuer de quelque manière à l'avantage » des arts en général, et procurer à un grand nombre d'artistes les moyens de se distinguer, » nous avons, en conséquence de ces principes, cru devoir vous soumettre les observations » suivantes :

» Pour ne pas resserrer, dans un cercle trop étroit, des idées qui peuvent ajouter » à la réputation d'artistes déjà connus, où établir celle des architectes qui ont, jusqu'ici, » manqué d'occasions, Sans retomber néanmoins dans les inconvénients qu'on à reconnus » être attachés au mode des concours proposés, et dont le résultat à toujours été nul

siez à tous les

» jusqu'à présent, nous pensons qu'il serait convenable que vous adress » architectes qui ont déjà fait preuve de talent, soit par des monuments érigés, soit par » des prix remportés, soit par des projets ingénieux (l), une invitation de vous faire » parvenir, dans le délai de trois mois, leurs projets pour les monuments à ériger, afin » qu'ils puissent être chargés de l'exécution de ceux que vous approuverez. »

» Ils observaient encore « que la plus grande latitude devait être laissée aux artistes,

» sur la nature et la forme du monument à ériger dans chaque département; que tous

ceux qui, sans avoir reçu des lettres, voudraient proposer leurs idées, seraient libres de

distinction, elles ne devaient pas être en trop grand nombre

{4} « Cependant ces lettres élant une marque

» pour remplir leur objet, et la voie des journaux suppléait. »

» le faire dans le délai prescrit, et que celles qui mériteraient d'être aceneillies, devraient » avoir également l'honneur de l'exécution ».

» Enfin ils terminaient en observant « que toutes leurs propositions avaient pour but » de faire tourner cette grande occasion à l'avantage commun, et de la diriger plus » sûrement vers la gloire de la République ».

» Elles furent acceptées, en effet, ce qui est attesté par cette phrase dans une autre lettre du 3 prairial : « Je vous remercie des détails dans lesquels vous êtes entrés et vous » verrez, par la circulaire que je vous envoie, que j'ai en grande partie adopté vos idées ».

» Que tout lecteur impartial prononce maintenant si une telle conduite peut être aussi indignement travestie qu'elle l'est dans le paragraphe cité, et si les artistes qui n'ont pas voulu la faire connaître alors, quoique assurément, et ils doivent le dire maintenant, l'histoire des arts de tous les temps fournisse pen d'exemples d’un plus noble désintéressement et d'un plus noble dévouement à la gloire de la patrie, si ces artistes donc méritent d’être ainsi calomniés ; qu’il juge, par ce seul trait, de l’impartialité de certains historiens et de la vérité de leur histoire lorsque, malgré tant de preuves écrites et signées dont on nous menace, des faits aussi importants s'y trouvent omis ou dénaturés de cette manière.

» Ces pièces manquaient certainement à l’histoire des concours. La justice, l'honneur, la vérité, nous forcent de les y joindre. Veuillez donc bien, citoyens, les consigner dans voire journal. Nous pourrions même, au besoin, en ajouter d’autres, si nous en avions le loisir ou la volonté; mais celles-ci doivent paraitre suffisantes et nous nous y tenons.

» Salut et considération.

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