‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 148 sur 328 · BANQUET OFFERT A VIEN · texte numérisé non relu

BANQUET OFFERT A VIEN

David en 1819, ne reparut qu'à la vente qui suivit son décès. Quant aux suppositions malveillantes qu’on essayait de répandre sur sa délicatesse, cette réponse de David les réfutait heureusement ; cependant les gens prévenus y demeurèrent attachés, entre autres Carnot qui, sur la fin de l'Empire, lui reprochait encore de lui avoir fait tort de sa souscriplion.

Cette lettre montrait une fois de plus que la carrière des Arts n'avait pas enrichi David.

Pendant la Révolution, il avait vécu de son lraitement de député, et après sa mise en

liberté, les portraits de Meyer et de Blauw avaient fourni à ses besoins les plus pressants. Depuis, il avait retrouvé dans la fortune de sa femme les ressources nécessaires pour travailler régulièrement aux Subines. Cest avec ce tableau qu’il pensa à se faire une meilleure position pécuniaire, et cette intention était, nous semble-t-il. aussi naturelle qu’honorable. Le succès répondit à cette tentative, mais excita l'envie d'artistes qui, n'ayant pas le talent reconnu de David, sentaient bien qu'ils ne pouvaient rencontrer que des déceptions en imitant sa conduite. IS aimèrent mieux grossir le nombre des mécontents et saisir tous les prétextes pour amoindrir le caractère d'un rival dont ils étaient obligés de confesser la supériorité.

David consacra les premières recettes de son exposition à l'acquisition d’une propriété rurale, dite la ferme de Marcoussis, située, dans le département de Seine-et-Marne, à Ozouer-le-Voulgis.

Le contrat de vente, passé le 8 brumaire an X, en régla le prix d'achat à 80,000 livres dont 26,000 furent payés comptant,

Quant au résultat total de l'expositon des Sabines, qui dura jusqu'au mois de floréal an XII, et ne cessa que quand David dut quitter le Louvre, certains biographes affirment qu'il dépassa 80,000 livr

s. Nous ignorons à quelles sources ils ont puisé des renseignemens aussi précis; nous préférons, pour notre compte, l'appréciation plus naïve de Delafontaine qui, du reste, se rapproche bien près du chiffre ci-dessus.

Il dit que, conformément à la promesse qu’il avait faite à ses élèves de les réunir chaque fois que la recette dépasserait 24,000 livres, David les avait, en effet, invités trois fois à diner ; ce qui indiquait un produit d'au moins 72,000 livres.

À cette époque les réunions amicales d'artistes étaient fréquentes; nous avons signalé celles qui célébrèrent le succès de Guérin; David pensa à en organiser une, en l'honneur de son maître Vien. Le 30 brumaire an IX (LL novembre 1800), les élèves et les amis de Vien et de David se trouvèrent au nombre à peu près de cent, dans les salons du petit hôtel de Noaille

se voyait entouré de guirlandes de fleurs et un dais de feuillage s'élevait au-dessus de la

s. Les appartements avaient été décorés pour cette fête des arts; le portrait de Vien

place qu’il occupait à table. David, assis à côté de son maitre, porta ainsi sa santé et celle de Me Vien :

« Au citoyen Vien, notre maitre! Puisse-{-il, nouveau Diagoras, voir briller au salon » d’Exposition les ouvrages de sa cinquième génération.

» À Madame Vien! dont les soins, les grâces et les vertus nous ont conservé jusqu'ic

» et nous conserveront encore le père de la peinture. »

Les yeux de ce respectable vieillard se remplissaient de larmes en écoutant la poésie

qu'avait composée et que lisait le fils ainé de David, alors âgé de seize ans. Delécluze, le poète de l'atelier, avait aussi écrit quelques vers de circonstance qui obtinrent un grand succès et dont on redemanda la lecture. Après un discours de Gautherot, sur le but moral des beaux-arts, M!° Maillard, de l'Opéra et M" Porta, la femme de ce compositeur que David avait ramené de Rome, chantèrent quelques morceaux de musique italienne, qui était alors très goûtée en France, et pour laquelle David était passionné. Le bon Vien, extrème-

ment ému des preuves d'affection que lui prodiguaient si cordialement les jeunes artistes,

s'écriait en les embrassant . «Il faut que je meure de plaisir aujourd'hui, ou je vivrai cent

ans! » Tous applaudirent à cette expression de bonheur et l’écoutèrent respectueusement,

quand, s'animant au récit de ses efforts pour relever les arts, il ajouta : « Oui, mes enfants,

quand j'embrassai la peinture, je vis qu'elle s'é garait dans de faux systèmes. Je me dis, il faut que cela change, et cela sera. J’ai combattu, j'ai persévéré et cela a été. »

Cette fête, dans laquelle David était heureux de témoigner sa reconnaissance au maître dont il se considérait toujours comme l'élève, rappelait au publie, souvent prompt à s'égarer dans son enthousiasme, que l’école, dont les succès étaient alors éclatants, était sortie de Vien, qui le premier avait ramené l’art à la nature. Il avait eu aussi le bonheur de rencontrer parmi ses disciples un talent qui, s’emparant de ses principes, les avait

établis sur des bases plus larges et plus solides; qui avait enfin, par son autorité morale,

e maintenu l'école dans la bonne voie qu’elle aurait promptement abandonnée, si elle n'avait eu pour guides que les autres élèves ou les imitateurs de Vien.

Les Sabines terminées, David s'était attaché à la composition d’un fait héroïque emprunté à l'histoire de la Grèce. Il avait entrepris de peindre, ainsi que nous l’avons dit déjà, Zéonidas et les Spartiales au passage des Thermopyles.

On sait qu’une lecture, une conversation, un incident suffisent pour enfanter une idée dans le cerveau d’un artiste. David, qui fréquentait beaucoup le théâtre, avait peut-être

ion de sa composition dans une pièce de Zéonidas, qui fut

ressenti la première impre représentée à cette époque; et les grands travaux qu'il avait proposés aux Consuls, pour honorer les soldats de la République, avaient encore échauffé son imagination.

Delécluze nous dit dans son ouvrage, que son maitre entretenait souvent ses élèves des projets de tableaux qui l'occupaient, et qu’en cette circonstance il leur donna ce mème sujet de Zéonidas, pour le concours mensuel d'esquisses qu'ils faisaient entre eux.

Tous peignirent Zéonidas, entrainant ses compagnons au combat, ou expirant sous le nombre de ses ennemis.

David avait choisi un autre moment. Comme dans les ZZoraces, il abandonnait le fait matériel et dramatique, qui se présente le premier à l'esprit, pour l'instant où ses héros, animés de l'amour de la patrie, prennent la résolution de sacrifier leur vie. Il aspirait à faire pénétrer dans Pâme du spectateur les pensées de Léonidas se préparant à combattre et à mourir. En effet, ce n’est pas toujours quand le sang coule que l'homme montre sa plus grande force morale, ce noble don de Dieu, qui le fait le roi de la création.

C'est quand, après avoir médité et envisagé son sort, n’écoutant que la voix du devoir,

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