‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 151 sur 328 · SOMMARIVA, VISCONTI · texte numérisé non relu

SOMMARIVA, VISCONTI

» Secrétaire général.

» CLAVENA. »

Ce sujet était digne de tenter le pinceau d'un artiste. IL fut malheureusement abandonné et remplacé par la commande d’une répétition du Passage du mont Saint-Bernard.

David toujours épris de son art s’éloignait peu de son atelier, où il travaillait avec son élève Langlois dont il avait déjà utilisé le talent pour l'achèvement de ses Sabines, et il évitait tout ce qui pouvait le distraire de son grand ouvrage.

Aussi, quoique très flatté de la confiance que lui montrait le premier Consul en venant le matin le prendre pour visiter les travaux de Paris, il regrettait le temps que ces courses lui faisaient perdre. Si à ce désir de travail, on joint les ennuis qu'il avait rencontrés pour s'être occupé des colonnes nationale et départementales, on comprendra facilement comment il fut amené à prier un jour Bonaparte de le rendre aux travaux de son atelier. Il Jui recommanda, pour le remplacer, les architectes Percier et Fontaine dont il avait pu apprécier le talent et le désintéressement.

Ses bons rapports avec le premier Consul ne furent pas rompus par cette franchise. Celui-ci estimait trop la valeur du temps pour en vouloir à qui s’en montrait économe Aussi voyait-il volontiers David aux Tuileries. D'abord dans les fêtes qu’il y donnait et pour lesquelles il avait fait reprendre l’ancienne étiquette et l'habit de cour, que l'artiste portait avec une noble aisance. C'était, du reste, le costume des membres de l’Institut, mais ayant la forme ample et étoffée de l'habit français, sans cette broderie d’un vert que nous connaissons, car il l'avait modifiée en y mêlant des feuilles d’un ton plus rompu.

C'était le plus souvent à l'heure du déjeuner que David était reçu par le chef de l'État. Il

choisissait ce moment pour l'entretenir de ceux de ses amis qui méritaient sa sollicitude ; il lui parla ainsi de l'honorable pauvreté de Ducis. Bonaparte, qui estimait son talent et ses vertus, le porta immédiatement pour le Sénat. Le poète tragique déclina cet honneur. Le premier Consul ne se montra pas froissé de ce refus et fit à Ducis, après un rapport favorable de l'Institut, une pension de 6,000 francs et s'intéressa au sort des membres de sa famille. Un autre jour David lui apprit que M. de Valfort, son professeur à Brienne, vivait tristement aux Invalides. Aussitôt, Napoléon alla rendre visite à son vieux maitre et

lui assura une position digne de son savoir et de son caractère.

Le peintre se délassait en allant au théâtre, aux Bouffons pour entendre de la musique italienne et à la Comédie-Française à laquelle il avait ses entrées. Cette faveur lui avait été ainsi donnée comme marque d'estime, le 10 prairial an VII, par les acteurs du Théâtre de

la République.

« Les comédiens français réunis en société au Théâtre de la République, jaloux des suffrages des artistes justement célèbres, vous prient, citoyen, d’agréer votre entrée à leur théâtre.

» Salut et fraternité.

» Larochelle, Dazincourt, Ve Suin, Dugazon, Duval, Caumont, Talma .»

Il entretenait des relations d'amitié

avec quelques-uns d’entre eux. Grandmesnil et Monvel étaient ses collègues

à l’Institut. Plus que tout autre aussi, il

avait contribué à Ja réforme des costumes dans la tragédie, e

t c'était à son inspiration que

les tuniques à paniers, les culottes à la romaine avaient été abandonnées pour le péplum et 1

a toge. Il avait réglé en Chénier. Il avait dessiné la lorsque dans la tragédie d'Agis et Cléome tra, pour la première fois sur la scène franc:

février 1799 la mise en scène de Catus Gracchus, tragédie de

cuirasse et le manteau de Larive, ne, celui-ci mon-

aise, un héros vêtu à peu près comme un Grec. Mais c’est surtout avec Talma qu'il s’occup

a de cette importante question. Celui-ci venait souvent le consulter. David lui conseilla,

pour l'étude du costume, de s’en rapporter l'Antiquité expliquée de Dom Montfaucon, ce bénédictin qui da réuni {ous les documents antiques existant ments, Talma devint

à ins quinze gros volumes à de son temps. Grâce à ces précieux renseigne assez instruit en cette matière pour être

à son tour consulté par l'artiste, et ce fut lui qui trouva la vérit

able coupe de la toge romaine. Aussi recevait-1l les encouragements de David qui, plusieurs fois en le voyant en sc paraissait une statue descendue de son piédestal ».

D’ennuyeuses mépris

ène, s'écria « qu’il lui

S provoquées autour de son nom venaient quelquefois le troubler

dans ses travaux. Elles étaient dues à la fécondité de ce David, graveur du roi de Prusse.

qui, avons-nous déjà dit, avait autrefois offert à Assemblée nationale un Zowrs XVZ

entrant dans la salle des séances, œuvre que quelques biographes ont

attribuée au peintre des Æoraces. T1 continuait à produir

e une foule de compositions sur les évé et fatiguait son crayon à suivre les exploits de Bonapar sait induisaient souvent le public en erreur. D bilité de semblables confusions et

nements du jour te. Son nom, les sujets qu'il chois

avid avait déjà eu à dégager sa responsaà propos d’une estampe publiée en Angleterre en 1809, il avait fait insérer dans les journaux l'avis suivant :

«12 germinal an X. » Au rédacteur du Moniteur universel.

» Il paraît, sous le nom du citoyen David, une estam

pe gravée en Angleterre qui représente Vérus endormie sur le lit de Mars. Cette

estampe n’est point faite d’après

le citoyen David qui n’a jamais traité ce sujet. Pour prévenir

toute supercherie de ce genre, le public est averti qu’il ne paraitra désormais, d'après les ouvrages du citoyen David avouée de lui, qu’elle ne soit signée : « David, membre de l’Institut. »

Mais notre graveur n'en continuait pas moins son commerce annonç

aucune estampe

ant le Triomphe de la République francaise, les honneurs du triomphe décernés à Bonaparte ;

enfin /e Portrait du premier Consut à la bataille de Marengo,

avec une souscription ouverte pour

cette dernière gravure. Plusieurs souscripteurs s’adressèrent à David qui fit paraître l'avis suivant dans les Mouvelles des Arls :

« Le citoyen David, peintre et membre de l'Institut, a l'honneur de prévenir le public

que plusieurs citoyens, induits en erreur, se sont adressés à lui pour prendre part à une souscription ouverte pour la gravure du portrait du premier Consul.

» ILest vrai qu’il a fait le portrait équestre du général Bonaparle franchissant le mont Saint-Bernard, mais il ne l’a point fait graver et n’a formé aucune souscription à ce sujet. [L observe que quand il lui est arrivé d'annoncer quelques-uns de ses ouvrages, il a toujours eu l'attention d'ajouter à sa signature le titre de peintre et de membre de l'Institut, pour prémunir par ce moyen le public contre toute erreur et l'empêcher de se méprendre à la vue d’un nom commun à plusieurs artistes. »

Cet avis n’arrêta pas son infatigable homonyme ; car, en septembre 1803, il annonçait encore Bonaparte donnant la paix à l'Europe, estampe gravée par David, associé à l'Académie royale de Peinture et Sculpture de Berlin.

L'Institut prenait aussi à David une partie de son temps. C'était la seule réunion d'artistes dont il eût consenti à faire partie. En effet, au mois de novembre 1800, le bruit se répandit que l’Académie de Peinture, Sculpture et Architecture allait être rétablie sous le nom de Société libre des Arts du Dessin. Un groupe de douze artistes, parmi lesquels on citait Vincent, Regnault, Gérard, devait en se renforçant par l'élection composer cette société. Cette idée avait obtenu l'appui de Chaptal, alors ministre de l'Intérieur, qui pria par lettre David de se réunir à ses collègues.

Celui-ci, le 7 frimaire an IX (28 novembre), déclina la demande du ministre.

David peintre, au ministre de l'Intérieur.

« Citoyen Ministre,

» Vous m'invitez par lettre en date du {°° frimaire à me réunir le 15 de ce mois à un nombre d'artistes désignés pour former une Société libre des arts du dessin. L'expérience nous à suffisamment démontré que la décadence des arts, tant en Italie qu’en France, n'est due qu'à ces mêmes réunions d'artistes. Du moment que j'ai été convaineu de cette vérité, je m'empressai de donner ma démission du titre et des prérogatives d'académicien à la ci-devant Académie de Peinture; je lui renvoyai mon diplôme. Dès ce moment je cessai de faire corps avec ceux qui la composaient. Depuis, dans un rapport à la Convention nationale, je développai les inconvénients de semblables associations. Vous pensez bien, citoyen Ministre que fidèle à mes principes, je n'irai pas aujourd'hui démentir un acte que j'ai cru nécessaire pour le progrès des arts dont je n'ai cessé aussi de m'occuper.

». D’après ces considérations, citoyen Ministre, je ne puis accepter l'offre que vous me

faites, etje croirai avoir suffisamment rempli ma {âche en continuant de donner mes soins à mes élèves qui ont mis en moi toute leur confiance. » Vien, Vincent, Pajou, Julien, Houdon suivirent l'exemple de David, et refusèrent

de faire partie d'une Société où bien des artistes, comme Prud’hon, n'étaient entrés que par condescendance. Leur refus recut l'approbation de tous ceux qui n'élaient pas disposés à servir les intérêts d'une pelite coterie artistique.

La seule circonstance où, en dehors de l’Institut, son nom se trouva mêlé à ceux de ses confrères, fut la souscription ouverte par l'architecte Harou, pour élever un monument à la mémoire du Poussin.

Cet édifice, situé au pied du mont Gaillard aux Andelys, devait présenter l'aspect d’un temple antique, à l'ombre d’un bois sacré.

La souscription devait être de 20,000 livres. Le maitre s’inscrivit un des premiers avec Chaudet, Bervic, Espercieux, Gérard, Grétry, Méhul, Legouvé, Lenoir, Percier, Talma et d’autres, pour rendre un hommage public au peintre philosophe, au père de l'École française.

David suivait donc régulièrement les séances de la Classe des beaux-arts, et faisait souvent partie de ses Commissions. Nous avons déjà vu qu'il avait été parmi les membres désignés pour l'étude de la colonne Vendôme. Il avait été précédemment nommé membre de deux Commissions, dont la première, chargée de la médaille frappée pour luniformité des poids et mesures, adopta, pour honorer et rappeler le Système métrique, cette légende qui reçoit tous les jours une consécration nouvelle :

À tous les temps, à tous les peuples.

Parmi les médailles commémoratives de lExpédition d'Égypte, celle qui relatait la bataille d'Héliopolis fut l'objet du travail de la seconde Commission, dont David faisait partie.

Les membres qui la composaient furent les seuls qui adoptèrent l'effigie de Kléber à la place de celle de Bonaparte; le revers de la médaille représentait le site de la bataille, l'aiguille d'Héliopolis, un trophée d'armes turques, un léopard et un crocodile, qui fuyent à la vue de ce trophée, et pour légende : {4 Foi des traités vengée.

Nous retrouvons encore son nom parmi les membres chargés soit de former la collection des portraits des membres de l'Institut, soit d'examiner les travaux d'Higmore et de Salvage sur la perspective et l'anatomie.

Dans ses attributions, la Classe des beaux-arts, qui venait d'obtenir la création de deux prix, de gravure et de composition musicale, et l’exemption pour tous les prix de Rome du service militaire, comprenait aussi l’Académie de France à Rome, que Suvée avait réorganisée et établie dans la villa Medicis.

Cependant, tous les lauréats ne faisaient pas encore le voyage d'Italie; il n'était accordé qu'à une année sur deux. Ceux d’entre eux qui restaient à Paris recevaient une indemnité de 1,000 francs et pouvaient reconcourir l’année suivante. Cet état dura jusqu'à l'arrêté du 3 pluviôse an XI (23 janvier 1803).

David considérait comme un devoir d'assister aux séances dans lesquelles on traitait du choïx du sujet pour les prix de Peinture et de Sculpture; puis du classement des concurrents; enfin du jugement définitif. Il avait à représenter les nombreux élèves de son atelier qui prenaient part à ces concours. L'année 1800 vit son triple triomphe, car ses

élèves Granger et Ingres obtenaient les deux prix de Peinture, et Tieck le second prix de Sculpture.

L'année suivante, le grand prix de Peinture et celui du torse étaient décernés à Ingres. En 1803, Rouget recevait le second prix. En 1804, ses élèves Dupuis, Odevaere, Rouget, Dominique et Caminade concouraient pour le prix qu’emportait Odevaere. La nouvelle génération, élevée par les soins du maître, cueillait alors ses premiers lauriers.

Les aînés de l'atelier, comme Gérard, Girodet, Isabey, Hennequin, Gros, continuaient à soutenir l'éclat de l’école dans les expositions publiques.

Au salon de l'an VIII, nous retrouvons les noms d’une grande partie des élèves.

Girodet n'avait envoyé que des portraits et quelques dessins pour le Aacine de Didot.

L'ouvrage le plus important du Salon était le tableau d'Hennequin : les Remords d'Oreste. La gravure de Morel, d’après la répétition du Zélisaire, rappelait seule le talent de David.

A Ja fin du Salon les artistes s'adressèrent au ministre de l'Intérieur pour obtenir, comme les années précédentes, des prix d'encouragement d'autant plus précieux que l'état de la France faisait espérer qu’ils seraient mieux payés que ceux pompeusement

décernés par le Directoire. Ils rédigèrent la pétition suivante :

« 15 brumaire an IX (6 novembre 1800).

» Citoyen Ministre,

» La majeure partie des artistes, qui ont exposé au Salon public de cette année, ont cru devoir se réunir et vous écrire afin de savoir de vous ce qu'ils doivent espérer à la fin de cette Exposition, qui doit être terminée dans peu de jours, et si, comme les autres années dont celle-ci est l’heureux résultat, un jury décernera des travaux, en récompense de leurs pénibles et nobles efforts.

» Déjà le public et les hommes éclairés ont porté leur jugement sur leurs productions ; mais ce jugement a besoin d’ètre consacré par le gouvernement. S’il ne l'était pas, vous ne pouvez en douter, l'Europe entière accuserait la France d’être stérile en génies et en talents, et le fruit de tant de privations serait anéanti pour la gloire nationale et peut-être pour quelques siècles. Mais, citoyen Ministre, vous ravirez ce triomphe à nos ennemis, vous ajouterez à votre propre gloire celle de la reconnaissance éternelle des artistes et de leurs nombreux amis.

» Veuillez, citoyen Ministre, nous accorder une réponse et V’adresser à l'administration du Muséum. »

Ne recevant pas de réponse à cause du départ de Lucien Bonaparte pour Madrid, où

il était nommé ambassadeur, les artistes renouvelèrent leur demande auprès de Chaptal, son SuCCesseur.

« 30 brumaire an IX.

» Citoyen Ministre,

» Quelques jours avant la fin du Salon, les artistes qui y avaient exposé leurs ouvrages

adressèrent une pétition à votre prédécesseur ; mais soit les vastes attributions de son

ministère, soit les préparatifs de son voyage, notre demande ne produisit aucun effet ; sous Son successeur, nous espérons obtenir ce que sans doute, il eût consenti de faire s’il en eût eu le temps.

» Permettez, citoyen Ministre, que nous

ajoutions quelques vérités à celles que nous avons eu la faveur de lui transmettre dans no tre

pétition, persuadés que vous les accueillerez et que vous y aurez égard.

» Rien n’est plus favorable au développement du expositions publiques et générales. C'est là que par le re

approchement et les comparaisons l’on cesse, comme l’a dit un sa e critique, d’être le « premier de son atelier ». Les hommes , gs que,

génie que les concours et les

de génie y trouvent leurs récompenses, ceux qui sont faits pour en avoir le développement

du leur, le commerce son premier aliment, le gouvernement sa gloire, et la postérité la si on le détruit, tout est perdu. Plus de rivalité, plus d'idées grandes et sublimes, plus d’encour. commerce ef de gloire pour la patrie : la postérité ce

» Oui, citoyen Ministre,

vénération des peuples. Le principe reconnu,

agements pour les arts, plus de sse de nous rien devoir.

nous savons qu'une sordide vénalité va s’intr quelques artistes justement découragés; que déj particulières que le gouvernement doit détruire en venant au secours des artistes, prêts à se livrer au plus affreux découragement. Il n’

oduire chez à les journaux retentissent d'expositions

appartient qu'à vous, citoyen Ministre, de sentir l'importance de notre demande et de tout ranimer.

É » Nous vous prions de convoquer un jury ou commission qui, comme les années précédentes, décernera des prix d'encouragement prochain vous devra sa splendeur et les artistes

» Salut et respect. »

à ceux qui les ont mérités, et le Salon leurs triomphes.

A cet appel si bruyant des artistes, le ministre répondit par la lettre suivante :

« 3 frimaire an IX.

» À l'Administrateur du Musée.

» J'ai arrêté,

citoyen, qu’une commission d'artistes examiner:

dans le dernier Salon, et m'indiquerait ceux dont les auteurs méritent des encouragements.

aux artistes qu’elle peut intére » Vous inviterez en mème temps chacun d’eux

ait les ouvrages exposés

Je vous invite à donner avis de cette décision

pa

à vous envoyer, d'ici au 15 de ce mois, une liste de onze artistes qu'il désirerait avoir Pour examinaleurs. Vous réunirez ensuite Le Conseil d'administration du Musée pour qu’il choi

sIsse parmi ceux désignés par les concur-

voix. Je désire qu’au nombre des examinafeurs se trouvent au moins deux architectes et deux graveurs ,»

ren(s, les onze artistes qui auront réuni le plus de

Conformément aux instructions ministérielles, les

artistes se réunirent et choïsirent leur jury qui, cette année, n'eut

à sa disposition qu'une somme de 40,000 francs, il est vrai, mais en numéraire. Les travaux d'encouragement

auxquels, par décision du ministre, pouvaient prétendre les artistes qui avaient déj

à obtenu des prix, furent ainsi

répartis : Hennequin et Meynier eurent chacun 6,000 francs; l'un pour ses Æemords d'Oreste, l'autre pour son Zlémaque dans l'ile de Calypso. Broc, élève de David, pour son Apelle, reçut un encouragement de 3,000 francs; le reste de la somme fut distribué en différents prix de moindre valeur.

Au Salon de 1801 (an IX), l'atelier de David occupe une place plus importante. Nous y retrouvons les noms de ses élèves : Berthon, Broc, Delafontaine, Forbin, Granet, Gautherot, Naigeon et Richard. Girodet n'avait pas exposé, mais Gérard envoya, à la fin du Salon, un portrait de Wadame Bonaparte qui fut très goûté du publie. Gros paraissait avec celui du Général Bonaparte à Arcole, exécuté d’après nature, une Saplo à Leucate et une miniature sous le titre de : Zableau de famille.

11 revenait alors d'Italie, ayant supporté les horreurs du siège de Gênes; il y avait neuf ans qu'il avait quitté la France, où il était presque oublié. 11 se faisait connaître à ce Salon par des ouvrages qui ne présageaient pas encore le peintre qui devait jeter un si grand éclat sur l'école française. Cependant le portrait du Général Bonaparte révélait un artiste doué d'une grande liberté de facture et d’un sentiment profond de la vie et de la couleur ; qualités peu communes dans l'école de David et qui obtinrent toute l'approbation du maitre.

Comme en 1800, le ministre de l'Intérieur disposa, en faveur des artistes, d’une somme de 40,000 francs. Une commission de quinze membres, choisis par les exposants qui donnèrent le premier rang à David, en fit la répartition.

Cette libre manifestation des sentiments d'estime que les artistes professaient pour David était la meilleure des réponses à toutes Les criailleries qu'avait provoquées, avons-nous déjà dit, son exposition payante des Sabines et du Saint-Bernard. Elle lui prouvait que si sa tentative de conquérir la liberté pour les arts avait excité la malignité de ses détracteurs, elle n'avait diminué en rien, auprès de ses confrères, l'honorabilité de son caractère.

Les plus grands prix, accordés at Salon de l'an IX, furent seulement de 3,000 francs. Le premier fut décerné à Crépin, pour son Combat de la Bayonnaise, prenant à l'abordage la frégate anglaise l'Embuscade; les deux autres prix furent donnés à Lejeune, capitaine du génie, pour la Batuille de Marengo, et à Meynier, pour sa Muse Lrato écrivant sous la dictée de l'Amour.

Cependant, outre le jury du Salon, le ministre avait nommé une commission dont Vincent, David, Gérard, Meynier faisaient partie, pour qu’on lui désignât trois tableaux et trois statues à acquérir pour l'État. Le choix des commissaires se porta sur le tableau de Guérin, Phèdre et Hippolyte, qu'il avait envoyé au dernier Salon; sur l’'Zndymion de Girodet, exposé au Salon de 1793, et sur une Yarine de Taunay.

A ce moment, le monde des Arts était vivement préoccupé du concours pour la Bataille de Nazareth, ce brillant fait d'armes accompli par l'armée d'Égypte, le 19 germinal an VIT (8 avril 1799).

Le premier Consul, se rappelant les promesses faites devant Saint-Jean-d’Acre par le général de l'armée d'Orient, et voulant donner une marque de satisfaction particulière aux

trois cents braves qui, commandés par Junot, avaient, dans ce combat, repoussé trois mille

cavaliers, pris cinq drapeaux et couvert de morts le champ de bataille, ordonna qu'il serait proposé une médaille de 12,000 francs pour prix du meilleur tableau représentant celle action mémorable. Le tableau devait avoir au moins ving À l'exposition des esquisses peintes, dé lement l'attention

t-quaire pieds de longueur.

posées par les concurrents, quatre attirère : celles d'Hennequin, de Gros, de Caraffe et chargée de prononcer le jugement ét

nt principade Taunay. La commission ait composée de Vien, Moitte, Vincent, Chaudet, es; de Monge, Toulongeon, Regnault, Pajou, Jul l'Institut ; Junot, Andreossy, Robert, Vernet «

David, désignés par les artis

ien par et Hue par le ministre de l'Intérieur.

La lutte ne s'établit qu'entre Hennequin et Gros ; Hennequin, déjà distingué par

d'importants ouvrages qui, tels que Ze 40 Août e

t Zes Remords d'Oreste, avaient obtenu les premières récompenses du Salon, étail

Soulenu par le parti républicain dont il partageait les opinions; Gros, nouvellement revenu d'Italie, n'é

tableaux

tait connu que par se des derniers Salons. On le savait honoré de la SyMmpathie du premier Consul et de l'amitié de David. Quand le Jugement qui lui accordait le prix fut publié, les plus vives criliques commencèrent à l’attaquer, et on accusa aussitôt les artistes qui faisaient partie de la commission de la plus basse jalousie contre Hennequin, dont ils redoutaient le talent. Cet artiste lui-même, excité Par toutes ces réclamations, déclara publiquement qu'il exécude Vazareth, et pour éveiller l'intére Journaux un avis demandant les

s'étaient trouvés à ce combat. Car, disait-il :

terait quand même, et à ses frais, son esquisse ten sa faveur, il fit insérer dans les portraits des militaires qui € IL est bien juste que le soldat qui contribue si fort au gain des batailles trouve, parmi $es Contemporains et la postérité, des amis justes et reconnaissants. »

Un journal ajoutait que, depuis trois mois déjà, on entendait prédire l'injustice qui venait de frapper Hennequin pour Gros, « ressort innocent d'une faction coupable ». On allait jusqu'à ne donner à Gros que

« On à dit, écrit Detournelle dans le

voler l'exécution des quatre {:

e Wroisième rang et à lui préférer l’esquisse de ( > Journal des Arts,

Caraffe.

que l'intention de David était de

1bleaux ; cet artiste aurait bien mérité en faisant une semblable proposition, car il ne res

€ aux juges que cette re

Ssource pour éviter la honte

nequin du prix qui lui était acquis. »

s'est chargée de prononcer sur la déc

devait leur donner une prompte e Au Salon de 1802, le nombre des ouvrages envoyés par les élè

plus considérable. Outre les noms déj

d'un jugement qui à dépouillé Hen La postérité

sion des juges, et le Salon de 1804 Léclatante revanche.

ves de David devient

à connus du publie, l'atelier y était représenté par des

nouveaux venus, {els que Grandin, Ingres, Mme Mongez, Odevaere et Péron. G

érard et

Girodet, qui venaient d'être chars

"ar Percier de la décoration de la Malm ait du Général Murat, le second, l’Apothéose morts pour la Palrie pendant la guerre de la Liberté.

Get hommage de Girodet à N lait « les ombres des héros français morts pour la Patrie, conduites par la Victoire, venant habite Sian et de ses valeureux guerrier:

Paix et de l'Amitié. »

aison, avaient exposé, le premier, un portr des héros français

apoléon Bonaparte représen

r l'Élysée aérien, où

les ombres d'Os $ s'empressent de leur donner la fête de 1

Ce tableau, dont l'action se passait dans une atmosphère de fantaisie éclairée d’une lumière imaginaire, devait peu satisfaire l'esprit droit et positif de David. Aussi, en voyant ces guerriers modernes mêlés aux héros d'Ossian d’un ton si incertain et si vaporeux, les avait-il appelés des personnages de cristal. Et tout en reconnaissant les difficultés que l'artiste avait dû vaincre, il termina la visite qu'il était allé faire à Girodet, dans son atelier au Louvre, en lui disant : « Ma foi, mon bon ami, il faut que je vous l’avoue, je ne connais pas cette peinture-là; non, je ne la connais pas du tout. » Et l'auteur put reconnaitre, par

la froideur du public, la valeur de l'opinion de son maitre.

Un autre de ses élèves, Isabey, gagnait les applaudissements de la foule avec deux dessins qui sont devenus populaires : le Général Bonaparte à la Malmaison et la Revue passée, dans la cour des Tuileries, par le premier Consul. Carle Vernet et lui, qui avaient exécuté ensemble cette dernière composition, avaient eu l'intention d'en faire une exposition particulière dans l'hôtel de Coigny.

A la fin de l'Exposition, Gros avait envoyé un Portrait du premier Consul décernant un sabre d'honneur.

Il n’y eut pas de Salon en 1803 ; seulement, à propos de la Paix d'Amiens et du rétablissement des Cultes, le gouvernement décréla un grand concours auquel il convoqua les peintres et les sculpteurs. David fut nommé le premier de la commission choisie par le ministre de l'Intérieur, et dont faisaient partie Vincent, Meynier, Girodet, ete. Les œuvres présentées à l’examen du jury étaient d’une faiblesse excessive, les artistes les plus distin- : aussi quelques prix insignifiants furent seule—

gués ayant négligé d'envoyer des esquis

ment distribués entre les concurrents.

C'est avec l'Exposition de 1804 que commence la période éclatante de l’école de David; Gérard, cependant, n'avait pas exposé, et Girodet n'avait envoyé que des portraits. Mais un brillant génie se révélait dans les arts. Gros venait de doter la France d'un nouveau chefd'œuvre, la este de Jaffa. K justifiait ainsi, d'une manière éclatante, le choix du jury de Nazareth. La commande de cette toile gigantesque, où Junot jouait le principal rôle, avait été retirée, et la Visite du général Bonaparte à l'hôpital de Jaffu, L'une dimension de moitié inférieure, lui avait été demandée comme compensation. Son rival, Hennequin, avait aussi abandonné le Combat de Nazareth pour peindre la Bataille de Quiberon. En cette circonstance son talent l'avait trahi, car il n’avait produit qu'une œuvre très incomplète et de beaucoup inférieure à ses précédents ouvrages. Il ne fut plus, dès lors, question d’injustice ou de partialité révoltante pour le jury et pour David. N’avaient-ils pas su, au contraire, discerner un véritable talent et lui fournir l’occasion de se montrer?

L'’enthousiasme du publie éclata en applaudissements quand les élèves de David apportèrent une palme magnifique pour décorer le tableau de Gros. Les artistes se réunirent

pour offrir à l’auteur, comme autrefois à Guérin, un nombreux banquet aux Champs-

ent cette fète de l'atelier, et Girodet lui-même célébra

Élysées. David et Denon prési

er

dans ses vers le triomphe de son camarade. Gros, d'un seul coup, conquérait le premier rang parmi les peintres français aux acclamations de la foule et à la grande joie de

son maitre.

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