‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 162 sur 328 · LETTRE DE DAVID SUR LES PRÉROGATIVES DE PREMIER PEINTRE · texte numérisé non relu

LETTRE DE DAVID SUR LES PRÉROGATIVES DE PREMIER PEINTRE

Ces retards, qui pouvaient faire pressentir au peintre toutes les difficultés qu'il aurait à surmonter pour obtenir une rémunération régulière de ses travaux, ne pouvaient venir que de la lenteur des bureaux ; car il était alors assuré de la bienveillance de Leurs Majestés qui avaient bien voulu signer au contrat de mariage de sa fille Émilie Meunier du 9° d'infanterie légère, officier de la Légion d’honneur.

avec le colonel

C'est peu de temps après que se place une démarche de David qui demeure pour nous entourée d'incertitude et d’obscurité. Nous voulons parler d’une lettre adressée à M. de Fleurieu, contenant une pétition pour obtenir de Napoléon les prérogatives dont Louis XIV avait honoré Lebrun en le nommant son premier Peintre.

Cette lettre, publiée en 1846 par Soulié, conservateur du Musée de Versailles, dans la Bibliothèque du Constitutionnel, est ainsi rédigée :

« Ce 11 messidor an XIII (30 juin 1805).

» À 1. de Fleurieu, Intendant général de S. M. l'Empereur et Roi, conseiller d’État € grand-oficier de la Légion d'honneur, elc., elc. David, premier Peintre de Sa Majesté.

» Monsieur,

» En lisant le projet que j'ai l'honneur de vous prier de mettre sous les yeux de Sa Majesté, je me plais à croire que vous ne trouverez pas d’exagération dans mes demandes ; les fonctions qui y sont énoncées sont les mêmes qui, dans tous les temps, ont été attachées à la place de premier Peintre.

» Depuis Louis XIV, la direction générale des Arts et Manufactures a toujours été confiée au Surintendant général des Bâtiments ; Colbert travaillait avec le roi; Lebrun travaillait avec Colbert. Sous le rapport des arts, je serai, si Sa Majesté daigne accueillir ma demande, ce qu'était Lebrun; vous serez l'intermédiaire entre les artistes et le trône, et je serai leur interprète auprès de vous. Voilà, Monsieur l’Intendant général, la hiérarchie qui m'était tracée et que j’ai scrupuleusement observée.

» Votre assentiment à un projet qui a pour but de fixer mon état dans l’ordre actuel, me sera un présage heureux de l'accueil que Sa Majesté voudra bien lui accorder.

» J'ai l'honneur d'être, avec respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur, » DAVID. »

«A Sa Majesté l'Empereur des Français et Roi d'Italie. » Sire,

» Toutes les grandes choses qui ont illustré votre avènement au trône, cette réunion

étonnante de toutes les vertus que vous possédez, dont une seule eût suffi pour former un

héros, tout se perdrait dans l'obscurité des temps si les arts ne s’empressaient de payer à

leur tour, le tribut de reconnaissance qu'ils vous doivent. Vous leur avez légué toutes vos pensées, toutes vos actions ; c’est à l'histoire, à la poésie, à la peinture, à la sculpture et à l'architecture qu'appartient la mission honorable de les transmettre à la postérité. J’ose espérer que Sa Majesté jettera un coup d'œil sur un objet aussi important sous Le rapport de l'industrie et du commerce, et qui se lie essentiellement à tout ce qu'elle a fait pour la gloire et le bonheur de l'Empire. Il est réservé au siècle de Napoléon, d'éclipser ces siècles fameux, tant vantés jusqu'à nos jours. Les circonstances que votre génie a préparées sont favorables; vous ferez, Sire, pour la gloire des arts, ce que vous avez fait, aux yeux de l'univers, pour

la gloire des armes.

» Sire,

» Honoré par Votre Majesté d’une des plus éminentes places dans les arts, votre premier Peintre la supplie de vouloir bien en fixer les attributions, afin qu'il achève glorieusement, sous votre auguste protection, la révolution salutaire qu'il a opérée dans les arts.

» Pénétré de confiance en la bonté dont Sa Majesté a daigné me donner d'éclatants témoignages, j'ai l'honneur de lui soumettre le projet qui suit :

» ARTICLE PREMIER. — Le premier Peintre fera exécuter et dirigera, sous la surveillance de M. l’Intendant général de la maison de Sa Majesté Impériale et Royale, tout ce qui a rapport à l’art du dessin, peinture, sculpture et gravure dans les établissements de Sa Majesté, tels que le Musée Napoléon et celui de Versailles, les manufactures des Gobelins, de Sèvres, de la Savonnerie et de Beauvais.

» ART. II. — Le premier Peintre examinera les objets d’art dont on demandera l'expo gition au Louvre ou dans tel lieu que Sa Majesté ordonnera.

» ART. III. — Lorsque Sa Majesté voudra faire exécuter des tableaux, des statues, des gravures ou des tapisseries, M. l'Intendant général transmettra ses ordres au premier Peintre, qui, de concert avec M. l’Intendant, désignera les artistes dignes de remplir les vues de Sa Majesté.

» ART. IV. — Quand les artistes, d'après les ordres qu'ils auront reçus de M. l'Intendant par l'organe du premier Peintre, auront des travaux dont l'exécution exigera des avances de fonds, le premier Peintre en rendra compte à M. l'Intendant qui accordera les sommes qu'il jugera convenables, sur la demande qui en sera faite par le premier Peintre.

» ART. V.— Le premier Peintre sera chargé de présenter, à M. l'Intendant général, les tableaux, les statues, les dessins et, en général, tous les objets d'art dont il croira devoir proposer l'acquisition pour augmenter, compléter les collections impériales ou pour la décoration des palais de Sa Majesté.

» ART. VI. — Le premier Peintre, expert dans les connaissances de l'antiquité et dans la profession des arts dépendants du dessin, se concertera avec M. l'Intendant général pour présenter à Sa Majesté les plans sur les moyens les plus propres à l’encouragement des beaux-arts et à l'amélioration des manufactures que Sa Majesté à daigné prendre sous sa

protection immédiate.

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