‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 17 sur 328 · COMPOSITION DES HORACES · texte numérisé non relu

COMPOSITION DES HORACES

certainement désigné à l'attention des critiques, aussi hésitons-nous à croire qu'il ait figuré à cette exposition.

Le dessin d'une frise dans le genre antique, représentant un guerrier triomphant de son ennemi devant Minerve, Hercule et les Parques, avait été exécuté à Rome en 1780.

Le 93 août, avant l'ouverture du Salon, Vien avait présenté l’Ardromaque à l'Académie qui, sur ce morceau de peinture, avait conféré à David le titre d'académicien.

A cette même séance fut jugé le concours de peinture. Un tableau de Drouais aurait dû y figurer. David fondait de grandes espérances sur ce jeune artiste qui, malgré sa conception et son exécution faciles, n’était jamais satisfait de son travail. Ce fut ce défaut de confiance en lui-même qui lui enleva alors le prix; le sujet était la Résurrection du fils de la veuve. Impatient d’avoir l'avis de son maitre sur son tableau ‘presque terminé, il s'avisa, ne pouvant sortir la toile, d'en couper la moitié, de la rouler sous un large vètement et de la lui apporter en lui disant qu'il ne faisait rien de bon, ainsi qu'on pouvait s'en convaincre. À ces mots il découvre la partie qu'il tenait sous son manteau. « Mon ami, qu'avez-vous fait là? s’écrie son maitre. C’est le prix que vous donnez à un autre. Cest très bien. Il y a là des choses que vous ne ferez jamais mieux! — Quoi, monsieur, répondit Drouais, vous êtes content? en ce cas, c’est pour moi le prix : je n'en ambitionne pas d'autre, je suis charmé qu'un de mes camarades moins riche que moi en profite, nous aurons ainsi chacun le prix qui nous convient. » L'Académie, cette année, ne donna pas de premier prix.

Le 6 septembre, la nomination de David au titre d'académicien fut confirmée ainsi qu'il suit :

« En ouvrant la séance, le Secrétaire a fait lecture d’une lettre de Versailles, écrite à M. Pierre, Directeur, par M. le comte D'Angiviller, Directeur et Ordonnateur général des Bâtiments de Sa Majesté, dans laquelle il annonce que le Roi a confirmé l'élection que la Compagnie à faite dans son assemblée du 23 août dernier du sieur Jacques-Louis David, en qualité d'académicien, pour avoir séance dans ses assemblées et jouir des privilèges, prérogatives et honneurs attribués à cette qualité, à la charge par lui d'observer les statuts et règlements de l’Académie, lesquels il a promis en prêtant serment entre les mains de M. Pierre, premier Peintre du Roi, présidant l'assemblée comme Directeur. Les lettres de provision lui ont été délivrées sur-le-champ, en présence de l'assemblée, conformément au rèclement fait le 4 mai 1782, et le nouvel académicien a pris séance. »

Signé David au procès-verbal.

A cette époque, David travaillait à la composition de son tableau des Æoraces, Dans une étude très intéressante sur cet ouvrage, et à laquelle nous empruntons la plupart des détails suivants, Péron, son élève, raconte qu'étant au théâtre, le maître fut vivement frappé de la situation qu'offre le cinquième acte de la tragédie d'Horace de Corneille. T1 fit de cette scène, où le vieil Horace défend devant le peuple son fils qui vient d’immoler sa sœur, un dessin qui, bien qu'inachevé, renferme des beautés remarquables. Échauffé par ce travail, il développa l’idée de sa composition devant ses amis réunis chez M. de Trudaine. Sedaine, le poète Lebrun et l'architecte de Wailly discu-

tèrent la convenance de cet épisode au point de vue de la peinture, et furent d'avis que cette scène très émouvante au théâtre, perdrait tout son intérêt sur la toile. Ils lui conseillèrent donc de chercher dans le drame des Horaces un autre instant plus favorable à une conception pittoresque.

Ébranlé par l'opinion éclairée de ses amis, le peintre s'attacha à l'acte auguste et patriotique du père de famille faisant jurer à ses enfants de mourir pour le salut de Rome.

Après quelques essais pour la disposition de ses groupes, une figure de licteur dans l'enlèvement des Sabines du Poussin lui inspira la fière tournure de l'ainé des Horaces. Mais, excité par la poésie de Corneille et voulant rendre dans un mode antique cette action héroïque, il regrettait Rome où, disait-il, on peut seulement peindre des Romains.

Il tenait d'autant plus à réussir dans cet ouvrage que M. D'Angiviller l’avait compris parmi les artistes appelés pour le Salon de 1783, à recevoir des commandes de tableaux pour le Roi. Le Gouvernement, désireux de relever les arts, demandait pour chaque expocition douze tableaux d'une valeur de six mille livres aux artistes dont le talent lui semblait digne d'encouragement. David avait proposé le sujet d'Horace condamné à mort pour le meurtre de sa sœur et défendu par son père à l'instant où les licteurs viennent le saisir ; M.

prendre cet ouvrage. En 1784, il fut de nouveau désigné pour le Salon de 1785. Il offrit alors de traiter soit la défense d'Horace, soit le serment des Horaces entre les mains de

leur père. Cependant, éclairé par les observations de ses amis, il avait abandonné sa

ais ayant à terminer son morceau de réception à l'Académie, il n'avait pu entre-

première idée pour s'attacher de tout cœur à son second sujet. Peindre les Horaces à Rome était done son plus vif désir; mais les difficultés d’une telle

entreprise le préoccupaient vivement, lorsque son beau-père, ayant appris la cause de l'aspect soucieux de son gendre, l'engagea à disposer de lui en lui disant : « Travaillez pour la gloire, mon ami, moi je travaillerai pour l'argent. »

Une dernière circonstance le décida à accepter ses offres généreuses. Drouais venait de gagner le prix de Rome avec son tableau de la Canantenne, dans un concours qui fut un double triomphe pour David, car l’Académie décerna le prix mis en réserve l'année précédente à Gauffier, qui faisait aussi partie de son atelier.

L'heureuse fortune de faire ce voyage avec un homme qui avait su gagner son amitié, et dont le talent lui serait d’un utile secours pour l'exécution de son grand tableau, triompha de ses dernières hésitations. Il chargea le peintre Brenet de la direction de ses élèves. Il confia aux soins de M. et Mme Pécoul ses deux jeunes fils qui étaient nés, Louis-Jules, le 18 février 1783; le second François-Eugène, le 15 avril 1784.

I1 partit avec sa femme, Drouais, Wicar, le jeune Debret son parent et élève, et

l’ainé Charles-

deux autres personnes, formant en fout une société de sept voyageurs.

« Arrivé à Rome, nous dit Péron qui tenait tous les détails de Debret, David se mit à

l'œuvre, associant Drouais à ses travaux. Son premier soin fut de mannequiner toutes ses

n si haut degré. Drouais les des-

draperies avec ce goût tout particulier qu’il possédait à u cha son tableau en

sina sur le papier pour être transportées sur toile. Puis David ébau!

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